
La montagne, combien d’enjeux ?
Si la géographie est pour vous la description fastidieuse du relief des pays ou de leurs ressources à apprendre par coeur, vous allez être étonnés : en réalité c'est bouillonnant de questions et de débats de société. Mais concevoir ainsi cette discipline demande un peu de formation.

Depuis le temps – Les autres, c’est nous
Mars 1992. Quando cantano, quando piangono, gli altri siamo noi. Siamo noi, siamo noi. Quando nascono, quando muoiono, gli altri siamo noi. In questo mondo, gli altri siamo noi. Gli altri siamo noi. « Quand ils chantent, quand ils pleurent, les autres, c’est nous. C’est nous, c’est nous. Quand ils naissent, quand ils meurent, les autres, c’est nous. Dans ce monde, les autres, c’est nous. Les autres, c’est nous », chante Umberto Tozzi de sa voix éraillée et délicieusement sirupeuse. Le clip vidéo de la chanson montre un monde de solidarité humanitaire et de respect qui fait fondre. Au même moment, les murs de nos villes sont couverts d’affiches publicitaires signées Oliviero Toscani pour Benetton qui montrent, l’une, l’agonie d’un sidéen, l’autre, un bateau de réfugiés albanais, dont le message trouble, entre discours humanitaire antiraciste (« united colors ») et démarchage publicitaire, scandalise. Une éthique qui ne sert que ses propres intérêts n’a rien d’une éthique. Le dossier des Cahiers pédagogiques du mois interroge dans le même sens les intentions éthiques que recouvre le terme respect. C’est ainsi qu’Yves Péron, le coordonnateur du dossier, présente le double texte que je vous propose ici : « Ce texte est extrait d’une brochure intitulée “Le respect de la personne dans l’éducation scolaire”, résultat d’un travail collectif du club philo du lycée de Joigny d’avril 85 à mars 87. Cette activité dans le cadre du foyer socioéducatif, ouverte à tous (enseignants, non-enseignants, élèves), aboutit à l’écriture d’une présentation du projet dans le cadre d’une journée portes ouvertes. Les élèves, comme certains extraits, à la suite du texte de synthèse, le montrent, ont fait leur ce projet. »

Entre le télescope et le microscope
Les constellations font l'objet de nombreux dossiers et mémoires de la part des candidats au certificat d'aptitude aux fonctions de formateur, et leur lecture montre qu'il existe une très grande diversité de mises en œuvre de ce dispositif.…

La négociation, la morale et le droit
Mai 1998. C’est le grand début de l’euro. Mais non pas le foot ! L’euro, la monnaie : la première pièce a été frappée. C’est l’aboutissement de longues négociations. La négociation est partout : le ministre de l’Éducation…

Passage souterrain
Février 2000 « Le train 2110 arrivant de Strasbourg entre en gare au quai 6, direction Luxembourg, correspondance pour Reims au quai numéro 1, départ 19 h 20, changement à Verdun, Grill express et café, voiture en queue du train. Et veuillez emprunter le passage souterrain », chante Brigitte Fontaine sur un magnifique riff en boucle d’Areski Belkacem. Voilà, c’est facile : on donne toutes les informations toujours dans le même ordre, on les fait tourner en boucle et chacun sait ce qu’il a à faire, ce qu’il peut faire. Appelons cela la méthode SNCF. En matière d’enseignement, c’est sans doute un peu plus compliqué, et plus encore quand il s’agit d’éduquer l’intelligence ! « L’intelligence, ça s’apprend ? » tel est le sujet du dossier du mois des Cahiers pédagogiques, coordonné par François Simon, qui, dans l’éditorial, interroge la vogue des dispositifs, outils et méthodes d’« éducabilité cognitive » : « L’éducation cognitive peut se voir reprocher d’avoir transformé en recette contre l’échec scolaire les outils qu’elle a élaborés à l’intention de ceux que l’on peut appeler des “déprivés culturels”. Elle peut aussi susciter la défiance à l’égard de dispositifs dont on craint que ceux qui les ont conçus ne se constituent en chapelles. »

Fiche-outil : Lire un album en EMC
À l'origineUn travail avec des étudiants pour organiser une discussion interprétative autour de la lecture d'albums d'éducation morale et civique (EMC) à l’école, du cycle 1 au cycle 3. Et une méthode qui surgit là où je…

Deux sortes de savoirs
La dynamique de la création des ZEP (zone d'éducation prioritaire), des Mafpen (mission académique à la formation des personnels de l'Éducation nationale) et de la rénovation des collèges a rendu urgents la réflexion et l’outillage des enseignants en matière de différenciation. Les Cahiers pédagogiques, sous l’impulsion de Philippe Meirieu et de Jean-Michel Zakhartchouk, s’engagent dans une publication exceptionnelle, celle d’une série de quatre dossiers consacrés à la pédagogie différenciée. Nous reviendrons dans les mois qui viennent sur ce riche feuilleton. Le dossier double 244-245 en constitue le second épisode intitulé « différenciation et interdisciplinarité ». L’article de Jean-Pierre Astolfi situe la problématique de la différenciation dans celle plus large d'une réflexion sur les savoirs qui annonce ce qui sera, quelques années plus tard, l’un de ses plus grands livres : La saveur de savoirs (éditions ESF, 2008).

Souvenez-vous !
À quoi ça sert d’apprendre l’histoire aujourd’hui ? Comment une prise en compte de l'historiographie peut-elle contribuer à chercher des résonances avec l'actualité de notre monde ?

Les mauvais choix
Avril 2000.Étienne Daho chante « Quand on veut offrir ce que l'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut vraiment pas » ; ce n’est pas au ministère de l'Éducation nationale qu’il s’adresse. Pourtant, celui-ci pourrait l’entendre. S’il savait écouter. C’est ce que beaucoup d’acteurs du système éducatif reprochent à celui qui s’en est pris à eux en lançant, dans une formule qui lui colle à la peau, qu’il allait « dégraisser le mammouth ». La dénonciation des lourdeurs de la bureaucratie est un motif que Claude Allègre utilise pour acquérir les faveurs de l’opinion publique, ainsi en septembre 1997 : « Je ne critique pas les professeurs, qui trouvent souvent sur le terrain des réponses aux problèmes. Je critique la rigidité du système, qui empêche d'offrir une cohérence à ces réponses. »Peut-être ce mélange de démagogie et de volontarisme est-il le résultat d’une lecture un peu rapide de l’œuvre de Michel Crozier, le sociologue, qui, depuis des années, tente de définir le « phénomène bureaucratique » et de proposer quelques principes pour en sortir. Il écrivait, en 1963 : « Nous rejetons trop facilement nos difficultés sur des épouvantails abstraits comme le progrès, la technique, la bureaucratie. Ce ne sont pas les techniques ou les formes d’organisation qui sont coupables. Ce sont les hommes qui, consciemment ou inconsciemment, participent à leur élaboration. »Le dossier des Cahiers pédagogiques consacré à la question « L’administration tue-t-elle la pédagogie ? » s'ouvre par un entretien avec Crozier. La première question que lui posent Michèle Amiel et Pierre Madiot est la suivante : « Nous pensons que l’école est conçue selon un modèle hiérarchique, vertical, qui entre en contradiction avec sa mission : si nous examinons les relations entre la pédagogie et l’organisation scolaire, votre réflexion sur le fonctionnement des systèmes et la place des acteurs nous intéresse. » Voici sa réponse. J’y ai ôté leurs autres interventions qui, parfois, apportaient un peu de contradiction. Au lecteur de les restituer en discutant avec l’auteur, à la lumière des débats d’aujourd’hui.YANNICK MÉVEL

Faire parler, faire raconter, écouter
Mai 1988. George Michael inonde les ondes « Teacher / There are things that I don't want to learn » (« One more try »). Ce n’est qu’une chanson. Mais elle résonne comme un avertissement : peut-être une alerte sur le risque de noyer la parole des professeurs et, avec elle, la distinction entre croire et savoir, l’autorité des autorités, sous l’équivalence des discours ? Ou bien la revendication d’un peu d’autonomie de penser, d’un peu de silence et d’écoute de la part de ceux qui, même s’ils ont quitté l’estrade, parlent trop ?En voilà deux, de ces grands parleurs, Bernard Defrance et Michel Serres, philosophes qui, lors d’une conversation, en février 1988, ont envisagé la place de la parole des élèves dans la classe. Dans la rubrique « Faits et idées » des numéros 264-265 des Cahiers pédagogiques, le premier explique : « Ce qui devait être un entretien pour notre dossier sur la philosophie s’est progressivement transformé en une conversation que nous publions dans son entier, en feuilleton. » Six épisodes tiendront les lecteurs en haleine de mai 88 à janvier 89.La publication de cette conversation n’en restituait qu’une partie de la richesse. Bernard Defrance écrivait : « Michel Serres rit souvent, comment traduire ce rire dans la transcription ? La voix enfle parfois aussi. Il faudrait inventer un système pour noter, comme on le fait pour la musique ou la danse, les accents, l’accent, la musique du verbe. » Nous ajoutons un second appauvrissement. Dans la conversation, chacun digressait, revenait sur un sujet abordé plus tôt, commentait les propos de son interlocuteur. La lecture de l’intégralité de la conversation montrait une construction conjointe d’une pensée que la réduction en extraits gomme largement. C’est de cela qu’il s’agit dans le dossier des Cahiers pédagogiques que vous avez entre les mains.YANNICK MEVEL

« Un professeur, il va essayer de vous consoler, mais bon… »
L'auteur confronte pour leur formation des enseignants à des paroles d’élèves recueillies lors d'entretiens filmés dans des collèges et des écoles. Une activité qui suscite des interrogations fortes autour du rapport au savoir et la relation entre professeur et élèves.

L’histoire bégaierait-elle ?
FEVRIER 1986. La Cinq, première chaine de télévision privée française, commence à émettre. L’un des propriétaires est Silvio Berlusconi. Au nom de la liberté d’expression, la gauche française ouvre la voie à une télévision entièrement tournée vers le divertissement, la publicité et le profit. La vulgarité des programmes inquiète. Comme à la radio en 1981 (« N'ayez pas peur, Ce sera tout à fait comme à la radio, Ce ne sera rien, Juste pour faire du bruit », avait chanté de façon prémonitoire Brigitte Fontaine en 1969), l’espoir des télévisions locales et alternatives sombre, vendu à la loi du marché. « Qu’est devenu le projet culturel de la gauche ? », se demandent alors bien des électeurs de gauche pourtant plutôt séduits par les innovations de Jack Lang. Les élections législatives arrivent dans le mois qui vient, la désillusion annonce une nette victoire de la droite. Les Cahiers pédagogiques s’interrogent aussi et consacrent le dossier du mois à la question « 81-86 : qu’est-ce qui a changé dans l’école ? », sans savoir précisément quel sera le résultat du vote. Jacques George y signe un article où il reprend l’histoire des Cahiers pédagogiques et des classes nouvelles : « 45-81-86… L’Histoire bégaie-t-elle ? ». Aujourd’hui, il suffirait d’ajouter deux dates : 2012-2017. Même motif, même punition ? À l’heure où j’écris ces lignes, je n’ai aucune idée de la réponse : juste le constat de quelques concordances des questionnements et de la continuité des positions du CRAP-Cahiers pédagogiques telles qu’elles étaient exprimées dans l’éditorial du dossier. Le résultat de l’élection présidentielle de 2017, que mes lecteurs connaissent, oriente leur lecture dans un sens que j’ignore aujourd’hui, mais je sais qu’il leur fera penser, une fois encore : « Depuis le temps… »YANNICK MÉVEL

