, ,

You can’t say we never tried

Septembre 1973. Le 11 septembre, le président Allende est tué lors du coup d’État militaire du général Pinochet à Santiago du Chili. Dans le monde entier, les progressistes sont en larmes. Cela n’a rien à voir, mais au même moment, les Rolling Stones chantent « Quand est-ce que ces nuages sombres disparaitront ? », tandis que Keith Richards égrène un arpège limpide qu’il renouvèle tout au long du morceau comme une fugue.Il peut arriver que les lecteurs réguliers de cette rubrique éprouvent à sa fréquentation la sensation qu’au bout du compte, « depuis le temps », rien ne change vraiment, tant certains des textes qui y sont repris pourraient, au prix d’une actualisation du style, passer pour des textes écrits aujourd’hui. Ce sera encore le cas cette fois. À la rentrée 73, le dossier principal des Cahiers pédagogiques est consacré à « l’audiovisuel », un minidossier l’accompagne qui traite de la principale innovation de la rentrée, l’introduction des 10 %, définie par une circulaire du mois de mars. Le ministre démocrate-chrétien Joseph Fontanet l’a imposée au Président Pompidou, beaucoup plus conservateur sur les questions scolaires, au prix d’un rabotage de son premier projet et à la condition que cela se fasse sans augmentation du budget. Au nom de la fédération des CRAP, Jean-Louis Bergeret, secrétaire général, expose la position nuancée du mouvement. L’un des contributeurs du dossier, Henri Bareil, développe un point de vue plus critique. La lecture de ces deux textes pourrait nous faire penser que, décidément, l’histoire bégaie. À moins qu’elle nous invite, en poursuivant l’écoute d’« Angie », à chanter avec Mick Jagger : « Tu ne peux pas dire que nous n’avons jamais essayé. »
, ,

Anticipation

Nous y sommes. Nous sommes dans ce futur que George Orwell nous avait annoncé glaçant. Ouf ! Le ministère de l’Éducation n’est pas devenu ministère de la Vérité contrôlant et confondant divertissement, information, éducation et beaux-arts. Les manifestations contre le projet Savary d’un grand service public de l’éducation ont détourné cette anticipation et jouent des peurs du contrôle étatique. À la télévision, Yves Montand anime une émission intitulée Vive la crise !, dans laquelle l’avenir est présenté sous le soleil radieux du marché triomphant. Au cinéma, le monde froid et inhospitalier de Dune, adapté de Franck Herbert par un David Lynch peu inspiré, montre un avenir sans espoir.
Couverture du numéro 534, Enseigner les langues aujourd'hui
, ,

Ceci n’est pas une poire

Mai 1979. « In the Navy, come on, protect the motherland… In the Navy, in the Navy » chantent les Village People. Alors que le groupe a réalisé un clip promotionnel pour l’US Navy, une campagne de presse parvient à le faire interdire…
, , ,

Un homme dans l’espace : la science n’est plus ce qu’elle était !

Avril 1961. Le lieutenant Youri Gagarine, à bord de la capsule Vostok 1, effectue le premier vol orbital autour de la Terre. À son retour, il est fêté en héros de l’Union soviétique et de la science mondiale. Jeannette Vermeersch, cadre…
, ,

Comme un roman

Janvier 1992. C’est l’hiver. Ni chaud ni froid, pas même pluvieux. En attendant, sans véritable enthousiasme, les JO d’Alberville qui auront lieu en février, on peut toujours aller au cinéma où sort le dernier film de John…
, ,

C’était vraiment bien !

émoignage d'un participant de cette belle manifestation qu'a été la première Biennale internationale de l'éducation nouvelle. Plus de 300 participants, cinquante-quatre ateliers, des tables rondes, des conférences, et beaucoup de convivialité.
, ,

La complexité ou la mode

Janvier 1995. À la télévision, la journaliste Arlette Chabaud demande à Jacques Chirac s’il maintient sa candidature à l’élection présidentielle qui aura lieu en mai. C’est que les sondages le donnent largement perdant ! Chirac semble passé de mode. Pourtant, il l’emportera. Certains prétendent que ce candidat sans programme a été porté par le succès médiatique de sa marionnette des Guignols de l’info : de « putain deux ans ! » à « mangez des pommes ! », cette marionnette aurait renversé le regard des électeurs sur l’homme : de l’ambitieux ringard au brave type sympa. Et de dénoncer là une dangereuse dérive de la politique et des médias. Au cœur de leur temps, comme il se doit, les Cahiers pédagogiques interrogent également, dans le dossier du mois, les « modes et dérives en pédagogie ». Jacques André et Cécile Delannoy, qui coordonnent le dossier, l’ouvrent ainsi : « Souffler dans le sens du vent “antisciences de l’éducation”, qui souffle parfois fort dans les milieux journalistiques, dans certains cabinets ministériels, dans les milieux universitaires, dans certains milieux politiques, ce serait céder aussi à une mode ! » Ne pourraient-ils pas écrire exactement les mêmes mots aujourd’hui ? Et l’article signé par Michel Tozzi que nous reproduisons ici, ne pourrait-il pas servir à interpréter certains effets de langage d’aujourd’hui autour des neurosciences, et certains engouements remplis de confusion sitôt qu’est prononcé le nom magique de Maria Montessori ? Michel Tozzi nous rappelle ce qui fait l’objet du dossier que le lecteur a aujourd’hui entre les mains : chaque dérive procède d’un renoncement paresseux à la pensée complexe.Yannick Mével
Couverture du numéro 542, « Bienveillants et exigeants »
, ,

La théorie des dominos

Juillet 1949. Tandis que Luis Mariano chante « c’est magique », l’Assemblé nationale ratifie le traité de l’Atlantique Nord. Celui-ci participe de la politique d’endiguement par les États-Unis qui craignent qu’après les pays…
Couverture du numéro 542, « Bienveillants et exigeants »
, ,

Veiller à bien former

Comment, au cours de la formation des futurs enseignants, faire passer l’idée des bienfaits de la bienveillance ? C’est parfois délicat, car il faut d’abord la faire vivre pour que le professeur puisse l’incarner à son tour.
, ,

La texture du temps

Mars 1994. La jeunesse est dans la rue. Contre le CIP (contrat d'insertion professionnelle). Le Premier ministre Édouard Balladur n'y voit que le retour cyclique des manifs de printemps. À la fin mars, il sera contraint de renoncer au projet. Mais la droite y reviendra, c'est cyclique. Il aurait pu s'en douter : en cherchant dans le dictionnaire un synonyme de cycle, il aurait trouvé « révolution » !Jean-Claude Fontaine, le coordonnateur du dossier des Cahiers pédagogiques du mois, « Enseigner par cycles à l’école primaire », présente ainsi la question : « L'école vit à l'heure des cycles. “Encore une réforme ? Non, une révolution.” Mettre l'enfant au centre du système éducatif dans le cadre d’un projet d'école qui tend à réaliser les objectifs nationaux en tenant compte des circonstances locales, quel programme ! » Voilà trois ans que l’école élémentaire a été réorganisée en cycles, c’est le moment de faire le point et d’engager des perspectives et des débats : à quelles conditions les cycles donnent-ils le temps d’apprendre aux élèves ? Le temps de différencier aux enseignants ? Claude Thélot, alors responsable de la Direction de l’évaluation et de la prospective, est interrogé dans le dossier : « Faut-il consacrer le maximum de temps aux connaissances de base dans la pratique de la classe ? » Il répond : « Je crois qu’il y a un aspect temps consacré à tel ou tel apprentissage, mais ce qui compte surtout, c’est la texture de ce temps. »Le premier article du dossier, que nous reproduisons ici, situe la mise en place des cycles dans la longue durée d’un siècle d’innovation pédagogique et se termine par un rendez-vous fixé « dans trente ans ». Son auteur nous pardonnera d’être un peu en avance : nous sommes entrés dans un nouveau cycle !YANNICK MÉVEL
, ,

Les objectifs selon Suzanne Citron

Novembre 1976. « Rue-toi, Rue-toi dans la rue, Rue-toi dans les brancards » chante pour la première fois en concert Jean-Louis Aubert. Dans Politique Hebdo, Michel Foucault semble lui répondre : « Il y a bien des années maintenant qu'on ne demande plus à l'intellectuel de jouer ce rôle. Un nouveau mode de “liaison entre la théorie et la pratique” s'est établi. Les intellectuels ont pris l'habitude de travailler non pas dans l' “universel”, l'“exemplaire”, le “juste et le vrai pour tous”, mais dans des secteurs déterminés, en des points précis où les situaient soit leurs conditions professionnelles de travail, soit leurs conditions de vie. Ils y ont gagné à coup sûr une conscience beaucoup plus concrète et immédiate des luttes. » Dans les Cahiers pédagogiques, Suzanne Citron illustre très exactement cette définition du rôle des intellectuels, en même temps qu’elle affiche toute l’énergie d’une révolte qui n’a jamais cessé de l’animer. Pourtant, le thème du dossier, « Pédagogie par objectifs », pourrait sembler un objet technique un peu froid, bien éloigné de la passion dont elle était porteuse. Suzanne Citron a été un peu moins de dix ans membre du comité de rédaction des Cahiers, elle y a écrit quelques textes forts. Finalement assez peu. Mais elle a beaucoup contribué à la réflexion collective. À l’heure de saluer son départ, c’est un texte d’un collectif qu’elle animait que nous offrons au lecteur, qui y lira une conception des objectifs plus proche des compétences d’aujourd’hui, et un exemple d’analyse d’un concept dont la rigueur et la vigueur préfigurent son magnifique essai de contremanuel d’histoire, L’histoire des hommes, paru chez Syros en 1996, et nous rappellent qu’il n’est pas de pédagogie sans conscience politique.
, ,

Professeurs, vous êtes vieux

Mars 1969. Cette fois vraiment, ils s’ennuient. Les Français. La radio leur joue la boucle de violons de l’orchestration du refrain de l’Irlandais David McWilliams et ses paroles à aller vous noyer dans la Lagan : « Watched by a…