Pour parler des violences et de la maltraitance
DECLENCHEUR. J’étais néotitulaire la première fois que j’ai recueilli la parole d’une élève victime d’abus sexuels graves. Avec du recul, je réalise que dans d’autres circonstances, j’aurais pu passer à côté de son appel au secours. Nous étions au CDI, en demi-groupe, c’était un peu avant les vacances de Noël. J’avais décidé de faire des lectures de contes avec mes 6es, les élèves étaient assis face à moi en demi-cercle et j’ai commencé ma lecture : « Il était une fois un homme qui avait sept filles. » Une petite a murmuré : « Moi je sais pourquoi il a sept filles. » Un signal d’alarme a retenti dans ma tête. J’ai demandé à ma collègue documentaliste de poursuivre la lecture et suis sortie avec l’élève. La suite, vous la devinez. L’enfant était victime d’abus sexuels. Il y a eu d’autres cas dans ma carrière, mais une constante demeure dans la libération de la parole : elle avait pour origine une lecture. Il est plus facile pour un élève de dire « ce que vit ce personnage, je le vis aussi » que de raconter son histoire directement. J’espère qu’à travers les titres qui suivent, les victimes puiseront la force de demander de l’aide et de dénoncer leurs agresseurs.
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Publié le 28 août 2022
11 min