Archive d’étiquettes pour : inégalités

,

La mission grande pauvreté

Après avoir été Directeur général de l'enseignement scolaire au ministère de l'Education nationale, Jean-Paul Delahaye s'est vu confier par la ministre une mission sur « grande pauvreté et réussite scolaire ». Il fait le point sur ses travaux avec nous.
, ,

Les classes sociales et l’école

Les études de mobilité montrent que la classe ouvrière est reproduite largement à partir d’elle-même (70 % environ des fils d’ouvriers sont ouvriers), de la classe paysanne et de la petite bourgeoisie ; les classes moyennes à partir d’elles-mêmes et, assez largement, des classes supérieures et ouvrières ; les classes supérieures à partir d’elles-mêmes et des classes moyennes. Si l’on impute non pas à des qualités psychologiques des individus (les aptitudes, les motivations, les désirs), mais à des déterminations structurelles (l’organisation de la production économique, les fonctions du système d’enseignement) la sélection qu’opère l’école, on voit que la question de la démocratisation doit être retraduite en ces termes : par quels moyens l’école joue-t-elle son rôle de conservation sociale ?De nombreuses recherches ont mis en évidence que, à leur arrivée à l’école primaire, les enfants se différenciaient déjà fortement selon leur classe d’origine. Basil Bernstein a pu montrer qu’en Angleterre (mais ces résultats sont surement généralisables), il existe de grandes différences dans l’apprentissage de la langue entre les enfants des classes populaires et ceux des classes moyennes. Non seulement les conditions de l’apprentissage de la langue sont, selon Bernstein, différentes, mais la forme même de la langue apprise : celle des enfants de classe moyenne leur permet de se différencier du groupe, de prendre conscience de leur propre individualité, d’exprimer des nuances et facilite l’usage de l’abstraction. Comment s’étonner dès lors de leur meilleure adaptation ultérieure à l’école, si l’on reconnait là justement les caractéristiques de la langue de l’école et des instituteurs, membres eux aussi des classes moyennes ? L’élève de classe populaire dont la langue est syntaxiquement plus simple, et qui n’explique pas verbalement les nuances et l’intentionnalité dans les relations à autrui, doit, pour s’adapter, acquérir péniblement le code qui permet de répondre aux demandes de l’école et, en quelque sorte, de réussir une véritable acculturation.Bien loin de n’agir que dans les premières années de scolarisation, cet effet d’héritage culturel joue encore un rôle important, même dans l’enseignement supérieur. Les travaux effectués par le Centre de sociologie européenne ont mis en évidence l’importance des savoirs et des dispositions à l’égard du savoir qui, tout en n’étant jamais explicitement transmis par l’école, jouent un rôle déterminant dans la réussite scolaire. Parmi les conclusions les plus importantes de ces recherches, on peut retenir :1. La réussite scolaire des élèves dépend fortement de la familiarité avec la culture, familiarité qui n’est produite, dans l’état actuel de l’enseignement, que par l’application diffuse dans les familles cultivées. Cette relation est démontrée en particulier par le fait que le niveau de diplôme du père (ou de la mère) est plus fortement lié statistiquement à la réussite scolaire que, par exemple, le niveau socioéconomique.2. Cette relation entre réussite scolaire et niveau culturel dépend en grande partie du caractère explicite de l’enseignement. Les techniques et méthodes de travail ne sont pas systématiquement enseignées à l’école, ce qui désavantage les élèves des classes populaires qui ne les possèdent pas naturellement (c’est-à-dire par le seul fait de la familiarité avec la culture scolaire) comme les élèves des classes supérieures.3. L’analyse des critères implicites du jugement des enseignants (par exemple aux examens) montre l’importance de ceux qui réalisent les valeurs des classes supérieures (distanciations, désintéressement, brillant et habileté d’expression). D’une manière générale, l’école dévalorise ce qui est proprement scolaire (d’où la fréquence d’annotations dépréciatives reprochant à un travail d’être scolaire), et valorise ce qui ne peut être acquis au cours d’un apprentissage extrascolaire, c’est-à-dire, d’abord dans la famille : ce sont donc les élèves originaires des familles non cultivées (donc des classes populaires) qui sont condamnés à être scolaires et dépréciés par l’institution.Ces analyses permettent de comprendre le rôle que joue l’école dans la reproduction de la structure sociale. En affirmant l’égalité (formelle) de chaque élève devant l’enseignement qui lui est offert, en sélectionnant préférentiellement par examens et concours, l’école fonde l’idéologie qui la justifie, et, traitant de manière égale des individus inégaux vis-à-vis d’elle, accomplit son rôle de différenciation sociale. Ainsi elle ne justifie jamais mieux la structure de la classe que quand elle ne semble poursuivre que ses propres fins (la sélection des meilleurs selon ses propres critères), transformant ainsi des différences sociales en différences scolaires. En ce sens, l’inadaptation apparente de l’école au monde moderne (programmes démodés, etc.) est plus fonctionnelle qu’il n’y parait : elle contribue à fonder l’illusion de l’autonomie de l’école et de l’action de ses agents. La diffusion parmi les enseignants du secondaire et, surtout du supérieur, de l’idéologie du don, qui interprète en termes d’aptitudes innées, et subsidiairement, de mérite individuel, et différences de réussite scolaire, montre que ce rôle de conservation sociale reste très souvent dissimulé aux agents mêmes de l’institution, ce qui s’explique partiellement par les critères selon lesquels les enseignants eux-mêmes ont été sélectionnés.Nous voudrions, à titre de conclusion, mettre le lecteur en garde contre certaines lectures fautives, mais fréquentes, des travaux de sociologie de l’éducation dont nous avons rendu compte. En premier lieu, on ne saurait imputer à la volonté des agents de l’institution scolaire, et, d’abord, des enseignants, le rôle de conservation sociale de l’école. Comme les agents des autres institutions sociales, les enseignants ne sont pas, le plus souvent, en situation de percevoir immédiatement toutes les fonctions de l’institution qu’ils servent.En second lieu, la mise en évidence de la fonction de conservation sociale remplie par l’école ne signifie pas que celle-ci conserve et reproduise à elle seule, en toutes circonstances, la structure de classe : l’affectation des travailleurs aux différents emplois ne dépend pas exclusivement de l’institution scolaire, puisqu’un nombre considérable de cadres moyens et supérieurs ne possède pas les diplômes qui correspondent formellement à leur emploi. L’école n’est pas non plus le seul agent d’inculcation idéologique ; la famille et, dans une mesure variable les églises, les partis politiques, les relations de travail jouent également un rôle important.
,

Loi sur le séparatisme : « Ce texte est une régression »

Pour Rozenn Merrien, présidente de l’Andev (Association nationale des directeurs et des cadres de l’éducation des villes et des collectivités territoriales), le projet de loi confortant le respect des principes de la République et de lutte contre le séparatisme ne fait qu’exacerber les tensions et les amalgames, au détriment des élèves des territoires particulièrement visés.
,

Créer une culture alimentaire par les jeux

Dans les écoles classées REP (réseau d'éducation prioritaire) d'Angers, des ateliers périscolaires sur l’alimentation bousculent les idées reçues des élèves tout en offrant des moments d'échanges interculturels.
,

Se poser des questions, est-ce du vrai travail ?

Comment installer une posture réflexive chez les élèves pour la réalisation de leurs tâches ? Les techniques de l’entretien d’explicitation apportent une réponse en offrant un espace de verbalisation centré sur l’action.
,

Mini-dossier – Sans cesse remettre la mixité sur le métier

Faire vivre la mixité (de genre, sociale, ethnique), lutter contre les discriminations sont des objectifs plutôt consensuels ou, du moins, très largement partagés, qui semblent parfois même une évidence. Pourtant, ça n’est pas toujours…
,

Priorité mixité. Oui, mais comment ?

Cette année, je prends mes marques au sein d’un collège en tant que CPE (conseillère principale d’éducation) stagiaire. Dès mon arrivée dans l’établissement, l’équipe de direction et mes collègues CPE m’ont dit que la priorité…
,

Paroles qui blessent, paroles qui soignent

Fortement marquée par une scolarité difficile, une ex-décrocheuse devenue professeure s’attache à ne pas reproduire les blessures subies et à s’entretenir réellement avec les élèves, c’est-à-dire accepter de tout écouter et de tout discuter.
, , ,

La colle, combien de tubes ?

Dans une agglomération économiquement très défavorisée, certaines écoles publiques demandent aux familles des listes de fournitures étonnantes. Elles sont prévues pour que le matériel dure toute l'année, ce qui donne, pour un niveau…
, ,

« Tout le monde a compris ? »

L’un des enjeux des apprentissages fondamentaux en mathématiques est de faire travailler les élèves en classe, en leur laissant le temps de chercher, réfléchir, se tromper. C’est en classe que l’enseignant peut s’assurer que tout le monde a compris et non en vérifiant le travail à la maison.
,

Troubles arithmétiques

Que faire pour nos élèves en grande difficulté ? Des recherches montrent que les interventions ciblées sur des difficultés spécifiques sont souvent efficaces.
Couverture du n° 574, « Ce qui s'apprend en EPS »
,

Les filles sont-elles des garçons imparfaits ?

Scandaleuse question, évidemment ! Et pourtant n’est-ce pas ce que, implicitement, donnent à entendre de nombreuses pratiques ? Ou comment apprendre par corps en luttant contre les stéréotypes.