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Le plan de travail mieux que la feuille de route : un exemple en SVT en collège

On ne peut pas apprendre à la place des élèves. Dès lors, enseigner nécessite de trouver un équilibre entre transmettre et accompagner. Une enseignante de sciences de la vie et de la Terre utilisait une feuille de route pour guider ses 6e, avant de trouver un autre outil plus satisfaisant : le plan de travail.

Je suis enseignante de sciences de la vie et de la Terre (SVT) et cela fait maintenant cinq ans que j’ai mis en place des feuilles de route dans mes classes. Cette démarche est née après plusieurs années de travail sur l’acceptation de l’erreur par les élèves comme un levier de progression. J’ai souhaité alors me donner les moyens de mieux gérer l’hétérogénéité des apprentissages. La feuille de route m’a semblé être l’outil le plus simple à mettre en œuvre.

La première étape a été de donner du temps aux élèves pour réaliser leur travail. Ceux qui pouvaient accomplir une tâche en quinze minutes ne devaient pas être pénalisés par des camarades ayant besoin de trente minutes, et inversement. La feuille de route correspondait à ces besoins individuels.

Les premiers défis

La mise en place de ce dispositif n’a pas été sans difficultés. Il fallait concilier les contraintes spécifiques à ma discipline, comme les expériences nécessitant une préparation matérielle importante, avec les besoins des élèves et mes choix pédagogiques. J’ai donc fait des ajustements pour aider les élèves à progresser à leur rythme, maintenir l’ordre logique des tâches pour donner du sens aux apprentissages et favoriser l’autonomie et la motivation des élèves.

Feuille de route niveau 6e

Les élèves se mobilisent selon leur feuille de route grâce à plusieurs documents mis à leur disposition : des livrets d’aides, des supports d’autocorrection et des bilans pour les guider et les rassurer sur ce qu’ils doivent apprendre.

Les bénéfices observés

L’autonomie montrée par les élèves dans ce cadre est indéniable. Ils me semblent devenir plus actifs, comprendre mieux leurs erreurs et progresser dans leurs acquis et dans leur relation à l’effort.

Un bilan de fin de travail a été réalisé pour visualiser les progrès des élèves et identifier les axes d’amélioration au dispositif. Il en est ressorti que cette façon de travailler les aiderait à devenir précis et critiques, tout en comprenant mieux comment progresser. Il apparait également comme très valorisant, certains élèves prenant conscience de leurs réussites !

Les retours sont généralement très positifs. Si certains élèves expriment au départ des craintes face à l’autonomie demandée, leur attitude change dès la seconde feuille de route. Ils disent se sentir plus en sécurité, apprécier de savoir à l’avance ce qu’ils doivent faire, et certains s’engagent même dans des travaux « pour aller plus loin ».

Les élèves plus fragiles ne se sentent pas stigmatisés, car chacun travaille à sa manière, sans être en décalage avec ses camarades. Toutefois, quelques-uns expliquent avoir besoin de plus de structure et demandent un cadre plus imposé. J’ai donc adapté le dispositif, avec un étayage en début de cours, où je rappelle les notions essentielles, et un rappel en fin de séance des compétences travaillées et des tâches à finaliser.

Mais ne plus être un élève spectateur passif reste parfois déstabilisant pour certains. Leur engagement varie, et ils prennent plus de temps que d’autres pour gagner en autonomie et en motivation.

Une prise de conscience

La feuille de route me semblait l’outil parfait pour ma façon de fonctionner. Sa mise en pratique m’a demandé des efforts pour surmonter certaines difficultés et blocages.

Le plus grand défi était celui de renoncer à tout contrôler (vérification du travail réalisé, correction des activités), à autoriser mes élèves à faire des choix pour leurs apprentissages. En somme, j’ai appris à lâcher prise. Mais je reste vigilante sur des éléments qui me semblent essentiels. Ainsi, je vérifie régulièrement le travail de chaque élève. Avec le temps, je constate que je les connais mieux, dans leurs réussites et leurs difficultés.

La gestion de classe n’est pas toujours évidente. Cela me demande d’accepter plus de bruit, sans toutefois laisser s’installer du désordre. Ce n’est pas toujours facile, surtout en fin de journée !

Un point très négatif pour moi restait présent : la difficulté à motiver et organiser les élèves dans leur travail personnel. C’est pour cela que j’ai modifié la feuille de route en plan de travail. La grande différence ? Inclure le travail personnel des élèves ainsi qu’un contrat d’autonomie (sous forme de niveaux).

Le plan de travail en 6e et son contrat d’autonomie

Ce nouveau plan de travail m’a demandé de prévoir des exercices d’entrainement variés et leur correction, avec leur mise en ligne pour que les exercices soient disponibles en classe et à la maison.

Les retours sur le plan de travail

À ma grande surprise, mes élèves de 6e ont accueilli ce nouveau plan de travail avec enthousiasme. La prise en main semble avoir été rapide et utile : « Je trouve que c’est mieux car maintenant j’arrive à me repérer. J’ai de meilleures notes ! » « J’aime ce plan de travail, car il m’apporte plus d’organisation. » « C’est très utile ! Quand je suis perdue, je sais quoi prendre pour m’aider. Je sais par quoi commencer. Ça m’aide à me repérer et à être autonome. »

De mon côté, je pensais que la feuille de route suffirait. Mais le plan de travail s’est révélé beaucoup plus puissant. Avec des règles claires, les élèves savent ce qu’on attend d’eux et se sentent soutenus dans leur travail, en classe comme à la maison. Ils ont un sentiment de sécurité qui, je m’en rends compte maintenant, leur manquait avec la feuille de route. L’autonomie s’est développée, et le contrat d’autonomie s’est révélé un levier puissant : certains élèves agités se sont posés pour progresser.

Quelques élèves avec des difficultés pour se mettre au travail ont paniqué, soufflé : « Il y a trop de travail ! » Cependant je me suis rendu compte qu’ils ont réalisé des efforts supplémentaires. D’autres n’ont malheureusement pas travaillé davantage mais sont devenus plus calmes en classe.

Un nouvel écueil

L’organisation du cours reste complexe. Anticiper chaque étape, vérifier le travail en classe et à la maison, organiser les exercices et leur correction… c’est un nouveau suivi, et trouver mes repères prend du temps. Il est parfois difficile de savoir quelle posture adopter, à quel moment et avec qui. Pourtant, toutes ces attitudes sont essentielles ; il me faut simplement apprendre à les doser.

Je dois encore trouver un moyen d’augmenter la motivation des élèves à revoir les notions précédentes afin d’améliorer leurs résultats grâce à une évaluation de seconde chance proposée dans le plan de travail. Cette évaluation ne peut être réalisée qu’après un travail d’entrainement. Pour l’instant, aucun élève n’a souhaité saisir cette opportunité…

Un nouvel écueil est apparu. Celui des méthodes de travail pour apprendre. Certains élèves ont réalisé des exercices d’entrainement, mais leur travail n’a pas été réellement bénéfique : lors de l’évaluation, ils n’ont pas su les refaire. Ils semblent trop se reposer sur la correction, en pensant : « J’ai compris, je n’ai donc pas besoin de refaire. »

Mais le climat plus serein en classe me permet désormais de réfléchir à la mise en place explicite d’outils de coopération, ce qui aura un effet sur le développement de compétences psychosociales.

Valérie Cilia
Enseignante de SVT, collège de la Gardonnenque, Brignon (Gard)

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Couverture du numéro 576 - Former les élèves à la coopération