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Démarrer l’année avec la recherche

Ange Ansour est la fondatrice de l’Afper (Association française pour l’éducation par la recherche) et sa directrice. Elle évoque ici le passionnant programme proposé aux classes pour une rentrée placée sous le signe de la recherche en sciences, un projet qui prend en septembre une ampleur particulière.
Pouvez-vous nous présenter l’Afper et ses objectifs ?

L’Afper œuvre pour initier les jeunes aux enjeux, méthodes et éthiques de la recherche scientifique, mais surtout pour leur apprendre à délibérer sur des fondements scientifiques et à arbitrer avec humanisme face aux enjeux de l’anthropocène. L’association est née de la volonté de chercheurs et d’éducateurs de travailler ensemble au service des jeunes. Elle est présidée par Roland Lehoucq, astrophysicien au CEA (Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives).

On connait sans doute davantage le programme Savanturiers-École de la recherche. Depuis 2023, deux autres programmes sont nés, avec toujours les mêmes objectifs. Le premier, Science Camps, engage les jeunes avec la recherche pendant les vacances scolaires, au cœur des campus universitaires.

Le second, la Rentrée en sciences, est une déclinaison du programme Savanturiers mais qui peut être adoptée par un plus grand nombre d’enseignants. L’objectif est de rendre l’initiation à la recherche plus accessible.

Qu’est-ce que la Rentrée en sciences ?

Le principe, c’est de proposer aux enseignants, du CP à la terminale (et même au-delà avec des classes préparatoires) de transformer les premières heures de classe en un laboratoire, avec la mission de relever un défi lancé par un chercheur ou une chercheuse autour de son travail actuel. Chaque défi est composé d’une vidéo du chercheur et d’un dossier pédagogique et scientifique. Le CNRS (Centre national de la recherche scientifique) est partenaire officiel de la Rentrée en sciences.

L’an passé, plus de 70 000 élèves de 1 600 établissements, dont les trois quarts en REP ou zone rurale, ont pu découvrir quelques champs de recherche actuels.

Pouvez-vous donner des exemples de ces défis ?

L’an passé, les élèves ont pu travailler sur les émotions des IA, le système solaire, ou la génétique du surimi.

Cette année, nous proposons onze défis concernant des domaines très divers : la modélisation des résultats en physique, l’étude des marqueurs de la langue sur les réseaux sociaux, l’ADN, l’environnement et aussi l’histoire (la Peste noire avec Patrick Boucheron). Parmi les thèmes, je citerais « Ne confondez pas météo et climat » ou « La mémoire peut-elle être affectée par l’environnement ? ». Les chercheurs appartiennent à divers laboratoires, principalement du CNRS.

Comment cela se passe concrètement ?

Dans la démarche de recherche, la première étape est de partir d’une problématique, et celle-ci est directement proposée par le chercheur dans la vidéo. Les enseignants disposent d’un dossier pédagogique et scientifique solide, qui comprend des éléments de contextualisation scientifique, les étapes de travail de classe et les supports pour les élèves, par exemple la trame du poster scientifique où les résultats sont restitués. Les défis sont adaptés au niveau d’enseignement. Un défi nécessite entre trois et six heures de travail de classe et porte sur un ou plusieurs points du programme.

Toutefois, la maternelle n’est pas concernée cette année, parce qu’elle exige un traitement spécial.

Quels sont les retours des enseignants ?

Par voie de questionnaire, les collègues ont analysé l’intérêt des défis, globalement jugés utiles et appropriés. En revanche, nous n’avons constaté aucune demande majoritaire pour aborder tel ou tel domaine. Ce qui intéresse les collègues, c’est vraiment le format et la possibilité d’avoir accès à un instrument qui les aide en classe pour traiter des sujets actuels de recherche scientifique.

Quelle répartition entre les niveaux d’enseignement ?

L’année dernière, c’était, je dirais, 60 % de classes de primaire 40 % de classes du second degré. Ce qui est vraiment intéressant, c’est de pouvoir naviguer entre des mondes différents : celui de l’école et celui de la recherche et c’est ce qui nous guide dans le choix des défis.

Quel est l’intérêt pour les chercheurs ?

Nous savons combien les chercheurs sont pris, y compris sur le plan administratif. La Rentrée en sciences leur permet d’ouvrir leur laboratoire à l’école, de faire connaitre les travaux de leurs doctorants et leurs propres travaux avec un minimum d’investissement en termes de temps pour eux, c’est-à-dire quelques heures.

Pourquoi ce choix de la rentrée ?

Il n’y a pas de travaux de recherche sur l’importance de la rentrée scolaire et ses effets selon la façon de l’envisager, mais, en revanche, il y a une surmédiatisation de celle-ci. Il est ainsi pertinent de montrer combien l’école est ou doit être un lieu de savoir dès les premiers jours.

Sur le plan pédagogique, on déplore souvent l’insuffisance du niveau en sciences et le manque des vocations. Chacun des défis représente un travail rigoureux, mais aussi joyeux, stimulant, qui permet d’enclencher l’année scolaire sur un contrat pédagogique clair à la fois engageant et ambitieux pour les élèves

Quelles sont les modalités ?

Il y a beaucoup de souplesse et de liberté pour utiliser les défis selon les objectifs de chaque enseignant pour sa classe, et il est même possible de les utiliser à tout moment de l’année.

Deux jours de campus de rentrée, les 25 et 26 aout à Paris ou en ligne, proposent une formation et une prise en main de ces défis, sont ouverts à tous les enseignants.

Pour s’inscrire, deux moyens :

Dans les inscrits, note-t-on souvent des enseignants d’un même établissement ?

Il y a une grande variabilité, de la classe seule, à l’établissement jusqu’à la circonscription. La souplesse du format permet à des collègues d’un même établissement de travailler plus ou moins en concertation et parfois en interdisciplinarité sans surinvestissement majeur.

Pour nos collègues, ces défis sont un moyen pour donner aux élèves quelques clés pour comprendre notre monde d’aujourd’hui, un monde de nature très techno-scientifique. In fine, c’est un moyen de surmonter la peur des lendemains de plus en plus présente aussi bien chez les élèves que chez les enseignants.

Propos recueillis par Jean-Michel Zakhartchouk

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