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Un raid multisports en collège pour prévenir le harcèlement

Utiliser les moments de vie ordinaires comme autant de situations d’apprentissage. Ce n’est pas nouveau – Freinet puis la pédagogie institutionnelle se sont appuyés sur ce principe – mais c’est toujours exaltant. C’est ce que les élèves de l’option raid multisports du collège d’Aspet (Haute-Garonne) expérimentent. C’est aussi l’occasion de travailler en creux la question du harcèlement en milieu scolaire, et plus généralement des microconflits.

La question du harcèlement en milieu scolaire fait l’objet de beaucoup d’attention. Elle peut même sembler trop médiatisée, au point de laisser croire que ces situations sont bien plus fréquentes qu’elles ne le sont en réalité. Au point aussi où la charge politique du mot harcèlement parasite le travail au quotidien dans nos établissements.

Mais ces conflits, constitutifs de la vie ordinaire d’un établissement scolaire, peuvent être considérés comme l’objet d’un apprentissage. Ce changement de focale est un levier évident pour nous, professionnels des apprentissages. Reste alors à se demander quoi faire et comment.

Le collège dans lequel nous exerçons est un petit collège du piémont pyrénéen d’où partent un certain nombre de sentiers de randonnée qui sont autant d’opportunités de travailler en pédagogues et en éducateurs. D’un mot, on dira qu’on fait avec notre environnement immédiat. Monter une option raid multisports (discipline sportive composée d’au moins trois sports de nature non motorisés) à destination des élèves de 4e et de 3e a donc été une évidence à nos yeux.

La stratégie du collectif

L’idée consiste à développer chez nos élèves un certain nombre de compétences sportives, physiques mais également sociales et citoyennes puisque, dans leur organisation, les épreuves de raid multisports sont collectives. De manière très concrète et pour le dire trop vite, c’est le temps du dernier de l’équipe, obligatoirement mixte et hétérogène, qui compte.

Aussi les élèves qui participent à ce type d’épreuve (course d’orientation, VTT, trail, biathlon, canoé, ski, par exemple) ont-ils tout intérêt à être collectifs et à développer des stratégies pour que l’ensemble de l’équipe arrive en même temps. Les uns portent les sacs de ceux qui sont en difficulté, les encouragent, les poussent, les tractent… et s’appuient sur les compétences des autres (lecture d’une carte, appréhension d’un terrain de course, résolution d’énigmes, compréhension de consignes, etc.).

Ce sens de l’équipe et de la complémentarité constitue autant de compétences sociales et citoyennes et, pour nous, enseignante d’EPS et CPE, c’est l’occasion de mettre de l’apprentissage dans des activités qui ne sont pas stricto sensu disciplinaires.

Un minitrail handisport

C’est loin d’être anodin dans un système qui est, historiquement, marqué par le clivage entre le pédagogique et l’éducatif, et dont l’existence même du corps de CPE et de l’équipe vie scolaire – une situation qu’on ne retrouve dans aucun autre pays – témoigne. Ce n’est d’ailleurs qu’en 1982 que la circulaire qui règlemente l’activité des CPE précise, parmi ses missions, « la collaboration avec le personnel enseignant ».

Alors quand l’opportunité s’est présentée de travailler avec Jonathan Naboulet, un jeune homme tétraplégique qui, avec une bande de copains, participe à des trails, dont les 101 kilomètres du CCC (Courmayeur, Champex, Chamonix) de l’Ultratrail du Mont-Blanc (ou UTMB), nous avons sauté sur l’occasion !

Nous avons mis les élèves en situation de faire un minitrail avec la joëlette de Jonathan, un fauteuil roulant handisport. Des élèves qui tractent, d’autres qui poussent, d’autres qui équilibrent, des ouvreurs… chacun a mis la main à la pâte ! Que cette activité ait pu se faire le jour dédié à la lutte contre le harcèlement en milieu scolaire n’en avait que plus de sens encore.

Des super copains portés par la différence

Les élèves avaient été préparés en amont (reconnaissance du terrain, travail de course de fond, entretien avec Jonathan et ses copains en présentiel au collège, découverte du trail, des problématiques sociales et environnementales liées à ces grandes manifestations sportives, etc.) pour qu’ils puissent être en situation de réussite, garantie selon nous de l’acceptation non contrainte de l’altérité. L’idée est en effet que les élèves puissent côtoyer et vivre l’altérité, en l’occurrence le handicap, pour pouvoir l’accepter mais être les acteurs heureux de la solidarité.

Car nous avons voulu sensibiliser nos élèves à la différence, celle-là même qui peut déclencher les moqueries, les regards obliques, les insultes. Ils ont vu que Jonathan est entouré d’une bande de copains soudée et portée par ces projets de trails et ultratrails, et dont l’amitié va bien au-delà de ces seules activités sportives.

Lors de cette journée, les élèves du raid ont été ces super copains portés par la différence. Ils se sont acquittés de leurs tâches avec sérieux mais, plus encore, avec beaucoup de plaisir. Or, on sait combien le plaisir à apprendre favorise l’acquisition de savoirs et de compétences. Il nous semblait en effet pertinent de leur montrer quoi faire pour être solidaires plutôt que de pointer les choses à ne pas faire.

D’un mot, on a voulu qu’ils expérimentent, de manière à leur apprendre à être des acteurs heureux de la solidarité.

Céline Savin
Professeure d’EPS
Gilles Gaujarengues
CPE

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