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Jérôme Rosinski, professeur des écoles, aborde les sciences comme une porte d’entrée sur de multiples apprentissages et disciplines. Géographe de formation, il incite ses collègues à se lancer sans crainte dans une approche scientifique où l’erreur est une clé pour apprendre et la curiosité une motivation pour explorer. Portrait. Un article de notre hors-série numérique n°58, « Enseigner la science aujourd’hui ».

Pour Jérôme Rosinski, l’enseignement des sciences doit se faire le plus naturellement possible. Il privilégie une démarche d’investigation en partant « d’un questionnement par rapport au monde qui nous entoure, complexe et beau ». Un évènement peut constituer le point de départ : l’éruption du volcan Anak Krakatoa ou encore le déplacement d’immenses icebergs au Groenland. D’observations en classe naissent également des questions. « Un questionnement qui interroge nos représentations ou met en lumière notre ignorance est un puissant levier d’apprentissage. » Le « ça flotte, ça coule », déjà vu en maternelle, est revisité, en allant plus loin, en plaçant un coton au fond d’un gobelet puis en constatant qu’il reste sec après immersion, l’élève se frottera alors à de nouveaux concepts. L’important est de récolter un « pourquoi, comment ça se fait ? », de le dérouler, « de mettre en appétit ».

LA GENÈSE DES SAVOIRS

L’étape suivante est la formulation d’hypothèses raisonnables à envisager. Une phase d’investigation permet de les étayer pour obtenir ou non une validation. La structuration des réponses passe par une production d’écrit ou une présentation à l’oral pendant laquelle les autres élèves écoutent, évaluent l’argumentation. L’enseignant est là pour reformuler, cadrer le débat pour éviter qu’il ne devienne incontrôlable et ensuite, pour comparer les hypothèses et les résultats avec le savoir établi. « J’aime bien montrer que le savoir n’est pas parachuté, que ce n’est pas une opinion ou une croyance, qu’il s’appuie sur des preuves. »

Jérôme Rosinski raconte l’histoire des sciences et la genèse des savoirs, un cheminement de faits avérés. Il saisit l’occasion du voyage de Thomas Pesquet pour expliquer les découvertes qui ont amené cet évènement-là. Il explique comment on a découvert que la Terre était ronde. Il a d’ailleurs déposé une  candidature au Centre national d’études spatiales pour participer aux expériences menées par  l’astronaute. En 2017, sa classe avait mené des travaux sur la mission Proxima, en travaillant sur la cristallisation, la germination des végétaux, avec une comparaison entre les résultats sur Terre et dans l’espace. Il a déjà prévu avec la même approche un travail sur le blob.

Les sujets d’investigation sont multiples, variés, trouvent des ramifications dans d’autres disciplines, œuvrent pour la maitrise du langage oral et écrit, s’appuient sur des tableaux, des représentations graphiques, des calculs. « On voit que les sciences se basent en partie sur les mathématiques en s’interrogeant sur la manière dont les scientifiques les utilisent comme levier à la compréhension du monde. » La recherche de la raison d’une panne favorise le travail sur la causalité, la construction de phrases complexes en utilisant des connecteurs de façon concrète. « Voir des élèves en difficulté avec la langue française utiliser des “donc” et des “alors” de façon appropriée est un beau moment. »

ESPRIT DE RECHERCHE, ES-TU LÀ ?

Les séquences sont préparées en laissant des marges de manœuvre aux élèves pour qu’ils travaillent en équipe, cherchent ensemble, trouvent parfois des solutions imprévues. Des hypothèses peuvent se révéler incorrectes ou une question mal posée, l’erreur est alors explorée en revenant en arrière. « Le processus d’erreur est un processus normal d’apprentissage. On peut rappeler une erreur pour se référer à la façon dont la solution a été trouvée pour que l’élève sente que s’il a dépassé ce petit problème en sciences, il peut le faire dans d’autres disciplines. Nous enseignons des attitudes, pas seulement des savoirs. » Jérôme Rosinski a initié un cahier d’expériences pour garder des traces de ce chemin d’apprentissage avec des photos et des textes qui témoignent des représentations initiales, du cheminement, des hypothèses, des validations, de tout ce qui a été appris. Ce cahier sera enrichi tout au long de leur scolarité en primaire et pourquoi pas après.

Au-delà de l’enseignement des sciences, ces traces portent le témoignage de la formation de futurs citoyens éclairés. « L’esprit scientifique a une importance vitale pour notre société. Si le raisonnement n’est pas basé sur du factuel, si on ne fait pas la différence avec les croyances, toute sorte de croyance au-delà des religions, il y a un risque pour la démocratie. Et le risque est encore plus grand avec le phénomène d’autopublication sur internet et la multiplication des écrans. »

PROFESSEUR ET VIDÉASTE

Jérôme Rosinski encourage ses collègues à se lancer sereinement, à s’appuyer sur les multiples ressources existantes : La main à la pâte, les maisons pour la science, les partenaires scientifiques présents dans les départements, les mallettes pédagogiques. Bien connaitre sa classe est important pour expliquer les choses de façon adaptée, mettre en place des observations qui feront mouche, être concret, rebondir pour dépasser les représentations. « Il ne faut pas que la science à l’école ne soit qu’une discipline mais une manière de questionner le monde et de le découvrir de façon objective et concrète. » Les sciences le passionnent depuis tout petit, une passion développée autour de l’astronomie. « Dans notre quotidien, on vit dans notre petit monde, en levant les yeux, on perçoit l’univers entier. » Le fil de la science est celui de la curiosité que chacun peut attraper pour s’interroger, cheminer par les faits, développer son esprit critique et l’enseigner.

Jérôme Rosinski partage sa passion et ses initiatives avec des vidéos pour Substratum, la chaine YouTube qu’il a créée et Billes de sciences, la chaine YouTube de La main à la pâte [lire p. 16]. Sur l’ENT (espace numérique de travail) de son école, il met en ligne des vidéos et sur son blog des flashcodes associés aux cours. Les élèves peuvent les regarder à la maison, partager leurs nouvelles connaissances avec leur famille. « Pour moi c’est idéal : pouvoir reformuler, faire découvrir à l’autre. Pour l’élève, c’est une fierté, une source de motivation. Les sciences dans la vie de tous les jours rendent le monde plus tangible, plus explicite. » Et les sources pour les enseigner et les apprendre sont infinies, favorisant croisement des disciplines et développement de l’esprit critique.

Monique Royer
Ingénieure pédagogique, SupAgro, Montpellier

 


Sur notre librairie :

 

Hors-série numéro 58 – Enseigner la science aujourd’hui

Dossier coordonné par David Jasmin et Laurent Reynaud

Pourquoi et comment enseigner la science aujourd’hui ? Cette question s’éclaire d’un jour nouveau à la lumière des développements technologiques, des évolutions sociétales et des enjeux environnementaux qui se présentent à nous.
Un dossier en partenariat avec la fondation La main à la pâte.