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Evemarie : « Mon école idéale à moi laisserait aux élèves une grande place pour s’exprimer »

Photo Barbara Cabot
C’est une succession d’événements, en fait. J’aime bien faire rire mes lecteurs, je fais régulièrement des petits strips dessinés sur Instagram. Quand j’ai entendu parler des sévices physiques à Bétharram, ça m’a rappelé des épisodes de ma scolarité que j’avais un peu occultés – je ne parle pas des viols, ça c’est autre chose. J’ai donc posté des strips à ce sujet et ça a déclenché une sorte de tsunami, j’ai eu des retours de gens connus et inconnus, puis j’ai été contactée par un éditeur qui m’a proposé d’en faire un livre. Mais j’ai choisi un angle plus large : je parle de toute ma scolarité et pas uniquement de la partie glauque, qui représente en fait moins d’un tiers du livre.
Je préfère rire, même de ce qui n’est pas drôle, depuis toujours, c’est plus sympa que d’en pleurer. C’est un trait de caractère chez moi depuis le plus jeune âge – même si je n’avais pas beaucoup de place pour rigoler au collège… C’était aussi mon choix pour La Boule aux nichons, un précédent livre sur le cancer du sein. C’est risqué d’utiliser l’humour sur des sujets graves, mais quand on parle de soi, je pense qu’on a le droit de choisir comment on en parle. Et en ce moment, je vois pas bien l’intérêt de proposer autre chose que des lectures drôles pour parler de choses lourdes. Ce serait trop triste de les traiter au premier degré. Pour ça, il suffit d’allumer les infos et on est servi !
J’ai toujours préféré m’ennuyer, ça laisse beaucoup de place à l’imagination. Alors que les soucis avec la hiérarchie coupent tout élan de créativité. L’ennui, c’est une porte ouverte sur des tas de possibilités, le dessin, la musique, le divertissement. Ça permet aussi de se créer un imaginaire solide.
C’est bien que les enfants s’ennuient, mais à l’école, je ne suis pas sûre ! On est là pour apprendre des choses. Mais mes amis profs me donnent à penser que ça a bien changé, ils sont tous là par vocation et cherchent le plaisir des élèves. J’ai l’impression de parler de deux univers complètement étanches et étrangers l’un à l’autre quand je parle avec eux de ma scolarité.
En réalité, je ne l’ai pas spécialement révélé, mais ça s’est su. Et puisque cela ne vient pas de moi, ça ne me pose aucun problème. Ces gens me terrifient encore totalement. On a tous encore une part d’enfant en nous, et ces gens sont toujours en poste. Je ne voulais pas dénoncer quelque chose, mais parler de l’école des années 1990 pour les gamins qui étaient un peu hors des clous. Je suis convaincue que d’autres élèves présents au même moment que moi dans cet établissement n’auraient pas les mêmes expériences à raconter. Être d’une famille bourgeoise ou pas, être bon élève ou non, être externe ou interne ou semi-pensionnaire, ça changeait beaucoup de choses !
Oui, bien sûr ! J’ai appris plein de choses dont je me sers encore probablement encore aujourd’hui. Lire, l’histoire, les langues étrangères, etc. Je ne suis pas rentrée dans le détail dans la bande dessinée, parce qu’elle ne fait que 120 pages et puis ça n’était pas le projet.
Elle serait en Belgique !
Mon école idéale à moi – mais qui ne peut pas convenir à tout le monde – laisserait aux élèves une grande place pour s’exprimer. Il n’y aurait pas de pression, parce que ça ne sert à rien pour certains élèves.
À Saint-Luc1, où je suis partie étudier dès la fin du collège, on étudiait toutes les matières, mais on avait des heures en plus – de dessin pour ma filière, mais il y avait d’autres filières. On continuait donc à apprendre les matières traditionnelles, mais l’accent était mis sur ce qu’on avait envie de faire plus tard. Il y avait des horaires et un emploi du temps, des notes et un jury final, mais dans la joie.
Il n’y a pas d’obligation, pour que les élèves travaillent, à ce que ça se fasse dans la douleur. C’est là-bas que j’ai découvert que la scolarité pouvait être fun, au moins pour ceux qui savent ce qu’ils veulent faire après. Moi, j’ai eu cette chance – ou cette malchance – d’avoir su depuis toujours ce que je voulais faire, depuis mes 5 ans, où je lisais déjà de la bande dessinée.

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