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Evemarie : « Mon école idéale à moi laisserait aux élèves une grande place pour s’exprimer »

Photo Barbara Cabot

L’autrice de bande dessinée Evemarie a connu dans les années 1990 une scolarité compliquée, comme beaucoup d’élèves qui ne rentrent pas dans les cases, avant de partir en Belgique faire du dessin dans une école d’arts. Dans sa nouvelle bande dessinée intitulée L’école est finie ! (Robinson, 2026), elle choisit le prisme de l’humour pour décrire les mécanismes qui ont mené aux situations de violence ou de décrochage scolaire qu’elle a vécues. Dans cet entretien, Evemarie revient sur les éléments déclencheurs de la création de cet album et sur sa vision de l’école idéale.
Qu’est-ce qui vous a décidée à faire ce livre ? Est-ce l’affaire Bétharram et les révélations sur d’autres écoles qui ont suivi ?

C’est une succession d’événements, en fait. J’aime bien faire rire mes lecteurs, je fais régulièrement des petits strips dessinés sur Instagram. Quand j’ai entendu parler des sévices physiques à Bétharram, ça m’a rappelé des épisodes de ma scolarité que j’avais un peu occultés – je ne parle pas des viols, ça c’est autre chose. J’ai donc posté des strips à ce sujet et ça a déclenché une sorte de tsunami, j’ai eu des retours de gens connus et inconnus, puis j’ai été contactée par un éditeur qui m’a proposé d’en faire un livre. Mais j’ai choisi un angle plus large : je parle de toute ma scolarité et pas uniquement de la partie glauque, qui représente en fait moins d’un tiers du livre.

Pourquoi ce parti pris de la légèreté apparente alors que ce que vous racontez était très difficile ?

Je préfère rire, même de ce qui n’est pas drôle, depuis toujours, c’est plus sympa que d’en pleurer. C’est un trait de caractère chez moi depuis le plus jeune âge – même si je n’avais pas beaucoup de place pour rigoler au collège… C’était aussi mon choix pour La Boule aux nichons, un précédent livre sur le cancer du sein. C’est risqué d’utiliser l’humour sur des sujets graves, mais quand on parle de soi, je pense qu’on a le droit de choisir comment on en parle. Et en ce moment, je vois pas bien l’intérêt de proposer autre chose que des lectures drôles pour parler de choses lourdes. Ce serait trop triste de les traiter au premier degré. Pour ça, il suffit d’allumer les infos et on est servi !

Vous parlez aussi beaucoup de l’ennui que vous avez ressenti au collège. Est-ce que c’était l’ennui ou la maltraitance qui était pire, pour vous ?

J’ai toujours préféré m’ennuyer, ça laisse beaucoup de place à l’imagination. Alors que les soucis avec la hiérarchie coupent tout élan de créativité. L’ennui, c’est une porte ouverte sur des tas de possibilités, le dessin, la musique, le divertissement. Ça permet aussi de se créer un imaginaire solide.

Est-ce qu’on peut aller jusqu’à dire que c’est bien que les enfants s’ennuient à l’école ?

C’est bien que les enfants s’ennuient, mais à l’école, je ne suis pas sûre ! On est là pour apprendre des choses. Mais mes amis profs me donnent à penser que ça a bien changé, ils sont tous là par vocation et cherchent le plaisir des élèves. J’ai l’impression de parler de deux univers complètement étanches et étrangers l’un à l’autre quand je parle avec eux de ma scolarité.

Dans la bande dessinée, vous ne citez pas le nom du collège privé où vous étiez, mais vous l’avez révélé depuis : vous avez changé d’avis ?

En réalité, je ne l’ai pas spécialement révélé, mais ça s’est su. Et puisque cela ne vient pas de moi, ça ne me pose aucun problème. Ces gens me terrifient encore totalement. On a tous encore une part d’enfant en nous, et ces gens sont toujours en poste. Je ne voulais pas dénoncer quelque chose, mais parler de l’école des années 1990 pour les gamins qui étaient un peu hors des clous. Je suis convaincue que d’autres élèves présents au même moment que moi dans cet établissement n’auraient pas les mêmes expériences à raconter. Être d’une famille bourgeoise ou pas, être bon élève ou non, être externe ou interne ou semi-pensionnaire, ça changeait beaucoup de choses !

Est-ce que vous pensez avoir quand même appris des choses avant le lycée, avec le recul ?

Oui, bien sûr ! J’ai appris plein de choses dont je me sers encore probablement encore aujourd’hui. Lire, l’histoire, les langues étrangères, etc. Je ne suis pas rentrée dans le détail dans la bande dessinée, parce qu’elle ne fait que 120 pages et puis ça n’était pas le projet.

Quelle serait votre école rêvée ou idéale ?

Elle serait en Belgique !

Mon école idéale à moi – mais qui ne peut pas convenir à tout le monde – laisserait aux élèves une grande place pour s’exprimer. Il n’y aurait pas de pression, parce que ça ne sert à rien pour certains élèves.

À Saint-Luc1, où je suis partie étudier dès la fin du collège, on étudiait toutes les matières, mais on avait des heures en plus – de dessin pour ma filière, mais il y avait d’autres filières. On continuait donc à apprendre les matières traditionnelles, mais l’accent était mis sur ce qu’on avait envie de faire plus tard. Il y avait des horaires et un emploi du temps, des notes et un jury final, mais dans la joie.

Il n’y a pas d’obligation, pour que les élèves travaillent, à ce que ça se fasse dans la douleur. C’est là-bas que j’ai découvert que la scolarité pouvait être fun, au moins pour ceux qui savent ce qu’ils veulent faire après. Moi, j’ai eu cette chance – ou cette malchance – d’avoir su depuis toujours ce que je voulais faire, depuis mes 5 ans, où je lisais déjà de la bande dessinée.

Propos recueillis par Cécile Blanchard

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Sur notre librairie

Couverture du numéro 506 des Cahiers pédagogiques, « À l'école de la bande dessinée ».

Notes
  1. Une école d’arts en Belgique accessible dès le secondaire, NDLR.