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Un coup de pouce pour réussir

Couverture du numéro 603, « École et pauvreté »

Couverture du numéro 603, « École et pauvreté »L’université Bourgogne Europe développe un dispositif de plus en plus complet pour que la précarité ou la pauvreté de certains étudiants révélées par le confinement lié à l’épidémie de covid ne soit pas un frein aux études universitaires.

Avec son slogan « un coup de pouce pour la réussite de vos études ! », la commission de solidarité étudiante (CSE) de l’université Bourgogne Europe (UBE) a été créée pour « la réussite de toutes et tous dans la sérénité ». Elle veut que les étudiants n’abandonnent pas leurs études en raison de difficultés financières.

Depuis quatre ans, plus de 1 200 étudiants ont bénéficié de son soutien, 170 personnes se sont mobilisées et quatre-vingt-dix partenaires ont rejoint ce dispositif (institutions, entreprises, ONG, fondations, associations). Les étudiants peuvent se présenter spontanément au centre de solidarité pour rencontrer des accompagnateurs sociaux. Grâce à la mobilisation des personnels universitaires ou d’étudiants, des situations complexes peuvent aussi être signalées (étudiants dormant dans une voiture, malaise en raison d’une sous-alimentation, arrêt des études car obligation de travailler, rupture familiale, etc.). Tout un système de repérage existe avec un réseau de référents qui sont des relais pour les accompagnateurs sociaux.

D’autres personnels de l’UBE sont engagés dans la recherche de fonds ou de collaborations, font jouer leurs réseaux ou offrent bénévolement leurs services. La CSE s’inscrit dans une dynamique collective entre engagements et partenariats. Sortir les étudiants de situations d’urgence et proposer des solutions pérennes en les rendant autonomes, telles sont les ambitions de la CSE.

Une commission née en période de covid

Alertée par les ONG (Secours populaire, Restos du cœur, Croix-Rouge) sur l’afflux d’étudiants lors des distributions alimentaires dès le début du covid, l’UBE a réagi au printemps 2020 en nommant une chargée de mission pour traiter cette urgence. Celle-ci rejoint un groupe de travail du département de la Côte-d’Or regroupant toutes les ONG impliquées dans les distributions alimentaires. Le Secours populaire propose de centraliser l’aide aux étudiants à l’université pour éviter les déplacements des étudiants et en toucher un plus grand nombre. Les premières distributions alimentaires sont organisées par une équipe de bénévoles (personnels et étudiants).

Dès l’été, l’équipe organise une épicerie pour maintenir l’aide alimentaire. En effet, il était impossible de trouver un job et les étudiants internationaux sont coincés en France. Les premiers étudiants accueillis parlent également de logement, de santé, de démarches administratives. L’équipe commence à dresser la liste des besoins, à prioriser les urgences. C’est ainsi qu’est né le guichet unique de solidarité qui s’étoffe avec le recrutement d’une volontaire en service civique.

Un guichet unique avec dix dispositifs

La réponse d’urgence devient peu à peu une action structurée, durable, et soutenue par la gouvernance universitaire : création des statuts, attribution de locaux et recrutement d’accompagnateurs sociaux, collaboration avec les services de l’université et le Crous. En effet, on réalise que cette précarité n’est pas liée uniquement à la pandémie. Elle s’installe dans la durée.

La première année, nous avons accompagné une cinquantaine d’étudiants et, cette année, près de 450. En moyenne, ils avaient moins de 120 € par mois pour vivre. Et dix dormaient dans la rue cette année avant notre intervention. En moins de trois mois, beaucoup retrouvent leur autonomie avec un suivi resserré par les accompagnateurs sociaux. Le point crucial est de trouver des solutions de logement quitte à payer des dettes (loyers et charges) et à déménager les étudiants vers des logements moins couteux. Les solutions sont variées : familles d’accueil, conventions avec des structures comme les bureaux du cœur dans des entreprises, prise en charge financière d’étudiants par une fondation locale, logement étudiant du Crous et si nécessaire quelques jours à l’hôtel pour ne pas être à la rue. En traitant d’abord les urgences – se loger, se nourrir – il s’agit de leur faire reprendre pied rapidement en les mettant d’abord en sécurité. La suite est de garantir l’accès à leurs droits (CAF, bourses) et leur offrir des emplois cumulables avec leurs études pour subvenir à leurs besoins grâce à un réseau d’entreprises partenaires.

La CSE propose aujourd’hui dix dispositifs : logement, alimentation, soutien administratif, transport, numérique, santé. Une boutique solidaire fournit vêtements, linge de maison, produits d’hygiène, etc. S’y ajoutent des aides pour trouver un job étudiant, un accompagnement pédagogique, des activités sportives et culturelles, ainsi que trois évènements annuels pour rompre l’isolement. Un réseau de parrains et marraines veille sur les jeunes dans un esprit intergénérationnel.

Au-delà de l’urgence

En 2023-2024, parce que la précarité économique peut impacter la réussite académique, les choix d’orientation et d’études et l’insertion professionnelle comme le rapportent des personnels de l’UBE, dont des chercheuses de l’Institut recherche en éducation (Irédu), la CSE entre dans une nouvelle phase, avec l’ambition d’agir en amont des abandons et de favoriser l’accès à des emplois qualifiés en lien avec leurs diplômes.

Une équipe mixte CSE/Irédu s’attèle à la construction d’un OpenLab (nommé Espoir), en saisissant l’opportunité d’un appel à projet régional et en se tournant vers des partenaires privés, des fondations ou ONG. Implanté en septembre 2024, ce tiers-lieu propose un accompagnement pédagogique déployé avec des enseignants-chercheurs, des administratifs, des étudiants et des citoyens engagés ; des ressources pédagogiques dans le cadre d’une boutique solidaire et un accompagnement sur le marché du travail à court et moyen termes.

Cet accompagnement sur le marché du travail a été pris en charge par un chef d’entreprise inquiet que la précarité étudiante se combine avec des difficultés d’accès à un stage, une alternance ou un premier emploi. Mobilisant son réseau professionnel, il travaille avec une agence digitale construisant la plateforme « Talents gagnants1 » et mettant en valeur les étudiants auprès des chefs d’entreprises de la région avec un partenariat avec les organisations patronales (Medef et CPME) et l’association régionale des DRH.

Les difficultés rencontrées par les étudiants ne sont pas invisibilisées mais la philosophie est tout autre avec des slogans comme « Ils viennent de loin, vous irez loin » ou encore « Leur parcours atypique ? Votre richesse d’équipe ! ».  Chaque étudiant bénéficie d’un suivi individuel et collectif avec un coach professionnel bénévole, ainsi que d’une série d’appuis spécifiques : photos pour leur CV par un mécène photographe professionnel, ateliers sur les codes entreprises animés par des DHR eux aussi bénévoles, simulations d’entretiens avec les étudiants du master GRH (gestion des ressources humaines), dons de tenues adaptées pour les entretiens, ateliers « préparation de CV » de l’université, etc. Lancée en mai 2025 avec une vingtaine d’étudiants, cette action avait déjà permis à cinq d’entre eux de trouver une entreprise début juin.

Perspectives et futurs projets

Le 25 juin 2025, la CSE a fêté ses quatre ans avec l’ensemble des acteurs ayant contribué à faire vivre notre projet. La prochaine rentrée est celle du déploiement dans tous les territoires de l’UBE (Auxerre, Chalon-sur-Saône, Le Creusot, Mâcon et Nevers).

Une nouvelle étape s’amorce avec la création d’un groupement d’intérêt public (GIP), destiné à structurer durablement l’action solidaire avec les partenaires publics, privés et associatifs déjà engagés et de nouveaux dont les onze établissements du nouvel établissement public expérimental de la métropole dijonnaise. Ce futur GIP permettra de nouveaux dispositifs pour agir de manière préventive et durable (prêts d’honneur, bourses au mérite ou soutiens pour les publics de l’ASE…). Comment aussi désormais appeler à une réflexion sur les causes structurelles de la précarité étudiante, pour développer des réponses préventives, en complément des mesures réparatrices ?

Cathy Perret
Responsable réussite étudiante, Commission de solidarité étudiante (CSE), Irédu, université Bourgogne Europe
Vanessa Vaizant
Responsable de la CSE, vice-présidente déléguée au handicap, à l’inclusion et aux solidarités, université Bourgogne Europe
Francis Contat
Coordinateur relations entreprises CSE

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Couverture du numéro 603, « École et pauvreté »


Notes
  1. https://talentsgagnants.u-bourgogne.fr/.