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Couverture du n° 602, « Pour un droit à l’erreur »

« Je préfère me tromper maintenant que le jour J. » Cette phrase d’élève, parmi d’autres que l’on retrouve dans les articles de ce dossier, dit beaucoup de ce que nous avons voulu interroger : la place, aujourd’hui, de l’erreur dans nos classes, et plus largement dans l’éducation. Qu’elle surgisse dans une copie, un comportement, lors d’un mouvement d’EPS, dans un projet artistique ou au détour d’un choix d’orientation, elle n’est jamais anodine. Elle pèse parfois lourd, elle est souvent redoutée, mais elle peut aussi devenir une alliée précieuse, à condition de la regarder autrement.

De fait, on a longtemps enseigné comme on corrigeait : en traquant la faute. De l’élève inattentif à l’insuffisamment préparé, l’erreur a servi de révélateur facile de la mauvaise volonté ou du manque de capacité. Heureusement, la culture professionnelle a quelque peu évolué. Les enseignants d’aujourd’hui le savent : c’est en se trompant que l’on apprend.

Loin d’être un simple raté ou une anomalie, l’erreur est un moment fertile, un indicateur précieux de ce que l’élève comprend (ou pas), de ce qu’il essaie, de là où il en est. C’est une fenêtre sur les mécanismes cognitifs, mais aussi un levier pour ajuster, relancer, complexifier la pensée.

Nos auteurs et autrices le rappellent dans ce numéro : même si l’école est revenue sur les associations faute-erreur, sanction-culpabilité, cette vision persiste, nourrie par les attentes scolaires, familiales, sociales et institutionnelles actuelles (Parcoursup, contrôle continu minoré par rapport aux épreuves terminales aux examens, etc.). Pourtant, quand on prend le temps d’écouter les élèves, on découvre que leurs tâtonnements, leurs suppressions dans un brouillon, leurs gestes approximatifs ou leurs justifications maladroites sont souvent des signes d’intelligence en acte. Les ratures comme les faux départs disent quelque chose de l’apprentissage en train de se faire.

Les contributions réunies ici dessinent une autre manière de penser et de pratiquer. Elles montrent qu’il est possible d’intégrer l’erreur comme ressource, non comme stigmate. Dans une salle de sciences où l’expérience ne donne pas le résultat attendu, dans un cours de langue où une approximation ouvre sur une discussion, dans un entrainement sportif où le corps cherche et ajuste, l’erreur devient un moteur. Loin de détourner des savoirs, elle ouvre des chemins pour y accéder autrement.

Mais les textes ne s’arrêtent pas au geste pédagogique. Ils explorent aussi ce que l’erreur dit des relations éducatives. Se tromper, c’est s’exposer au regard de l’autre. Or, quand ce regard est bienveillant, quand il prend en compte la fragilité, il permet à l’élève de grandir, d’oser, de se confronter à la complexité sans crainte de l’humiliation. Plusieurs témoignages montrent combien un climat de confiance transforme l’essai raté en étape constructive.

On comprend alors que l’erreur est au cœur d’un enjeu éthique : apprendre ensemble à accueillir la faillibilité comme constitutive de notre humanité.

À travers ces articles, c’est tout un panel d’expériences et une pluralité de pistes qui se donnent à lire : des enseignants qui bricolent de nouveaux dispositifs, des élèves qui revendiquent le droit d’essayer, des chercheurs qui revisitent l’histoire des conceptions pédagogiques, des praticiens qui interrogent la pression sociale, les logiques (sic) institutionnelles ou encore les remises en question vertigineuses causées par les nouvelles technologies. Chacun à sa manière nous invite à déplacer notre regard, à considérer que se tromper, c’est aussi chercher, comprendre, grandir.

Ben Aïda
Professeur des écoles et formateur
Céline Walkowiak
Professeure de lettres en collège

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Couverture du n° 602, « Pour un droit à l’erreur »