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Les arts plastiques pour repenser la relation pédagogique

Les retours d’expériences vécues en formation d’arts plastiques racontent en quoi les enseignements artistiques peuvent être le support de développement de compétences psychosociales pour les élèves… comme pour les enseignants.

Souvent qualifiée par les enseignants de moments de vie de classe, je cite : « porteurs de multiples bienfaits », la pratique artistique est perçue comme un facteur d’équilibre, d’épanouissement et de développement de la personnalité de l’élève, d’expression de la créativité, des émotions. Ce domaine permettrait alors aux enseignants d’explorer dans leur classe des approches différentes « dont on a entendu parler », comme « développer les compétences psychosociales de ses élèves », « aider les élèves à avoir davantage confiance en eux » et, en prolongement, « les aider à grandir ».
Cela favoriserait les interactions entre les élèves, leur permettrait d’exprimer leurs émotions pour créer1, d’apprendre mutuellement à mieux se connaitre, ce qui favoriserait le vivre-ensemble dans la classe.

Des enseignants témoignent donc en formation qu’ils expérimentent ce concept dans leur classe. D’autres disent qu’ils aimeraient faire de même mais qu’ils n’ont pas une idée précise de ce dont il s’agit pour se lancer. Les questions fusent : « Quels outils, supports pour essayer ? » ou « J’ai entendu parler du cartable des compétences psychosociales, de quoi s’agit-il ? »

Dans les pratiques

Les temps de formation permettent aux enseignants de se lancer et de partager avec le groupe ce qu’ils engagent dans leur classe, même si parfois les approches énoncées bousculent, interrogent voire font polémiques. Développer dans sa classe les compétences psychosociales (CPS) nécessite d’acquérir des notions théoriques et pratiques renforcées et de trouver « la bonne posture », comme l’énonce une enseignante qui témoigne que développer les CPS dans sa classe a contribué à améliorer les capacités d’écoute des élèves. Pour cette enseignante, il ne s’agirait pas de permettre simplement aux élèves d’exprimer leur ressenti mais véritablement d’apprendre à s’écouter et à mieux communiquer.

Il s’agit bien alors d’outiller les enseignants qui souhaitent se lancer pour qu’ils puissent intégrer ces différents questionnements afin de mettre en œuvre les CPS dans leur classe, voire au sein de l’établissement, le passage de « dans ma classe » à « dans mon école et ensemble » ayant été énoncé comme très difficile à opérer…

Mon expérience d’enseignant et de formateur m’incite ici à envisager, pour en effet se lancer, un engagement collectif2 dans la mesure où chacun devient petit à petit personne ressource pour le collectif à partir de ce qu’il expérimente dans sa classe.

Une traduction artistique

Trois enseignantes de CP, CE1 et CE2 partagent en formation le projet qu’elles ont développé dans leur école. Il s’agit pour elles de s’appuyer sur les six émotions primaires – peur, joie, tristesse, surprise, colère et dégout – que les élèves associeraient à des couleurs puis à des tableaux puis à des musiques. Elles souhaitent au terme de ce travail réaliser un tableau photo collectif à partir de feuilles de couleurs que les élèves tiendraient au-dessus d’eux, représentant leur ressenti. Elles sont fières de tous ces « petits bricolages » qu’elles ont conçus pour lancer le projet et qu’elles adapteront en fonction des réactions des enfants et « de comment le projet évoluera ».

Petit à petit ces enseignantes sont passées de l’élaboration d’ateliers d’arts plastiques à la conception de supports d’une réflexion partagée sur les enjeux du développement des CPS à l’école, associant tout à la fois la prise en compte du bienêtre de l’élève et la question du climat scolaire propice aux apprentissages. De ce point de vue, durant les ateliers, elles ont remarqué que les élèves s’exprimaient plus aisément, étaient plus attentifs et plus à l’écoute.

Un renouvèlement relationnel

Une enseignante a exprimé le fait, après cette expérience menée, qu’elle entrevoyait que développer dans sa classe les CPS nécessitait d’engager une nouvelle forme de relation avec ses élèves et même « de savoir modifier sa posture ». Lorsque nous échangeons avec ces enseignantes, elles soulignent que les compétences psychosociales ne peuvent pas être plaquées ou enseignées de façon magistrale voire que « dans ces moments-là il est important de cheminer avec eux ! ». De même, elles expliquent le choix de cette entrée par les arts plastiques par l’impact constaté de l’éducation artistique et ses diverses formes sur les compétences sociales des élèves. Ils ont davantage confiance en eux, ils communiquent ou coopèrent plus facilement entre eux, voire « ils ont plus d’empathie les uns pour les autres3 ».

L’approche permet à ces enseignantes de se réapproprier les différents concepts de bienveillance, d’empathie, de transversalité des apprentissages. Elles se sont aussi interrogées sur la façon dont on communique avec les familles à propos de ces projets. De ce point de vue, une enseignante a prolongé la réflexion en évoquant la question « de la légitimité » de la place donnée aux compétences psychosociales dans leur enseignement et que cela participe « à faire bouger les lignes de leur pratique professionnelle ».

Des effets certains

Ce que je retiens de ce travail partagé et accompagné, c’est que cela a amené les enseignantes impliquées dans ce projet à innover (comme elles le disent elles-mêmes), et qu’elles ont attaché de l’importance au fait que les élèves construisaient des compétences qui leur permettaient de passer de la verbalisation des émotions à « se montrer à l’écoute », et de se construire d’autres représentations de la relation aux autres élèves.

Entendre les enseignants lors de ce travail d’accompagnement s’orienter petit à petit vers l’expression de la recherche « du potentiel des élèves et leurs ressources individuelles et collectives » est enrichissant. L’expérience montre aussi qu’il est important lorsque l’on souhaite développer les CPS chez les élèves que le projet et les ateliers proposés ne soient pas construits au hasard mais bien élaborés à partir de savoirs et de savoir-faire. Cela implique une démarche de réflexivité dans la pratique qui est mobilisée.

Luc Taralle
Professeur des écoles en retraite et ex-conseiller pédagogique départemental arts plastiques (Vendée)

À lire également sur notre site

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Les arts plastiques se mettent au vert !, par Mélie Jouassin

Compétences psychosociales : des projets fertiles en arts plastiques, par Anne Bernex (accès payant)

L’art sur un fil, portrait de Joëlle Gonthier par Monique Royer


Sur notre librairie

Couverture du numéro 604 : « Enseigner les compétences psychosociales »

Notes
  1. Voir Isabelle Capron Puozzo et Luc Taralle, « Enseigner la créativité : et si c’était contagieux ? », Cahiers pédagogiques n° 569, « Enseigner la créativité ? », mai 2021.
  2. Luc Taralle, « S’engager collectivement », Cahiers pédagogiques n° 591, « Organiser le travail de la classe », février 2024.
  3. Il est intéressant de consulter en prolongement de cette analyse des enseignantes : Ellen Winner, Thalia R. Goldstein et Stéphan Vincent-Lancrin, L’art pour l’art ? L’impact de l’éducation artistique, OCDE-La recherche et l’innovation dans l’enseignement, 2014 : http://dx.doi.org/10.1787/9789264183841-fr.