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David Dumont : « Le séparatisme scolaire est aujourd’hui bien en marche »

Logo de la FCPE

Logo de la FCPEFace à l’aggravation des inégalités sociales et à la montée du séparatisme scolaire, la FCPE avait consacré son colloque national de décembre 2024 à la pauvreté et à ses répercussions à l’école – colloque qui a inspiré notre dossier de janvier 2026, « École et pauvreté ». Entretien avec David Dumont, secrétaire général adjoint de la fédération, sur les enjeux politiques soulevés et les revendications des parents d’élèves pour une plus grande mixité sociale et scolaire, qui offrirait les mêmes chances à tous les enfants.
Pourquoi la FCPE a-t-elle souhaité organiser un colloque, en décembre 2024, sur la question de la pauvreté et de son retentissement à l’école ?

Tout d’abord, la fédération souhaitait renouveler son colloque annuel pour les responsables départementaux, car c’est toujours l’occasion de pouvoir réfléchir collectivement et de se nourrir d’expertises sur un sujet lié à notre projet éducatif.

Dans un contexte de pression budgétaire, de renforcement de la précarité, de démantèlement de l’école publique et d’absence d’ambition pour les politiques publiques éducatives, il semblait incontournable de traiter cette question de l’impact de la pauvreté sur l’éducation en général, et dans l’école publique en particulier.

Cet engagement contre les inégalités scolaires et sociales est dans notre ADN politique : il oriente l’ensemble de nos revendications. C’est la colonne vertébrale de notre projet éducatif.

Nous avions suivi de près les travaux de l’ancien Dgesco, Jean-Paul Delahaye, en 2015, avec son rapport sur la question de la grande pauvreté et de la réussite scolaire. Quasiment dix ans après, nous pensions que faire un focus sur ce sujet était essentiel, pour en mesurer les évolutions. Nous avons donc décidé de prendre comme fil rouge les travaux de Jean-Paul Delahaye – avec son accord – pour nous questionner, avec différents acteurs politiques, militants associatifs de l’éducation populaire, enseignants, parents d’élèves, autour de quatre tables rondes :

  • sur le financement des politiques éducatives ;
  • sur les réalités sociales des élèves dans la continuité éducative ;
  • sur le projet éducatif global ;
  • sur le séparatisme scolaire.
Qu’en avez-vous retenu ?

Sur un plan personnel, cette journée est venue confirmer ce pourquoi je me suis engagé dans cette fédération et dans d’autres mouvements d’éducation populaire depuis plus de trente ans. Malgré des alternances politiques qui ont permis de renouer avec un contrat social, les acquis sociaux et les ambitions républicaines sont mis à mal pour ne laisser la place qu’aux projets conservateurs et réactionnaires, aux orientations libérales et libertariennes dangereuses pour le maintien du commun. Cela m’a donc confirmé qu’il ne fallait rien lâcher, que les victoires acquises ne le sont jamais de manière irréfutable.

Pour notre fédération, c’était l’occasion de faire un bilan de l’évolution de cette question de la grande pauvreté, même si celle-ci ne nous était pas inconnue, puisque nous sommes régulièrement alertés, interpellés par l’ensemble de nos bénévoles qui voient au quotidien le fossé se creuser. Cette journée a aussi permis de questionner différents acteurs de terrain, de prendre connaissance du champ des possibles, avec des choix politiques ambitieux pour réduire ces inégalités croissantes et qui renforcent toujours un peu plus le déterminisme des populations les plus éloignées de l’éducation.

Le constat est sans appel ! Les différents évènements et faits d’actualité sont venus confirmer que le séparatisme scolaire est aujourd’hui bien en marche, qu’au nom d’une école libre, l’enjeu de mixité sociale n’était plus une priorité. Les catégories favorisées ne veulent pas se voir imposer cette obligation républicaine de brassage social nécessaire à la cohésion nationale. La fédération poursuit son engagement pour que demeure l’obligation d’une mixité sociale et scolaire et permettre à chacun de se nourrir de l’autre, et cela, quelles que soient ses origines.

La fédération a-t-elle poursuivi ses travaux, affiné ses revendications ?

La fédération revendique depuis des décennies, bien avant les dernières crises économiques, que la scolarité soit gratuite. En 1997, la FCPE rassemblait l’ensemble des acteurs de la communauté éducative pour réaffirmer que la gratuité devait rester une priorité car dès sa formation, l’école de la République avait été conçue comme obligatoire et gratuite pour atteindre ses objectifs. Des efforts essentiels des collectivités sur leurs compétences sont constatés, mais les inégalités se creusent par les orientations politiques qui considèrent l’éducation comme une charge…

La FCPE revendique la liberté de choisir son école publique. À ce titre, dans son projet éducatif, elle réclame un financement de l’État réservé à l’école publique. L’ensemble de la communauté éducative reconnait qu’il faut des moyens à la hauteur des enjeux pour garantir la réussite de toutes et tous.

L’école française est profondément inégalitaire et les enfants des catégories populaires sont les premiers sacrifiés. La généralisation de l’accès au bac ne signifie pas une plus grande égalité des chances, au contraire, l’origine sociale des élèves détermine fortement leur orientation.

Que propose la FCPE pour réduire cette inégalité des chances ?

La FCPE, dans ses vingt mesures pour l’école, en appelle à des actions destinées à rétablir une équité entre élèves. Cela passe notamment par :

  • des enseignants absents remplacés dès la première heure ;
  • une restauration scolaire accessible à tous ;
  • la création d’un pôle médico-social sur tous les territoires ;
  • une carte scolaire qui garantit la mixité sociale et scolaire ;
  • un financement de l’État réservé à l’école publique ;
  • une gratuité de la scolarité plus effective ;
  • l’expérience de la mobilité pour tous.

L’enfant n’est pas seulement un élève. De ce fait, le temps scolaire doit s’intégrer dans une réflexion globale sur ses rythmes de vie. L’école n’occupe, en effet, qu’un temps restreint de la vie d’un enfant. Et pourtant, elle détermine l’ensemble de son emploi du temps, dans une très large amplitude horaire incluant le transport, la garderie, la restauration scolaire, l’étude et les devoirs…

Le respect des rythmes de l’enfant influence grandement les conditions de travail et d’acquisition des connaissances. Il revient donc à un projet global d’aménagement du temps de prendre en compte l’amplitude scolaire, en intégrant l’ensemble de ces moments qui sont aussi des moments éducatifs.

Enfin, la FCPE milite pour un droit aux vacances et à des loisirs de qualité. Dans son projet éducatif, elle prône l’école publique comme « un lieu d’enrichissement mutuel par la mixité sociale, culturelle, de genre ». À ce titre, notre fédération revendique des politiques publiques ambitieuses pour favoriser la mixité sociale et scolaire dans un système de sectorisation qui doit évoluer et définir des critères clairs au service de l’intérêt général.

Les pouvoirs publics prennent-ils en compte cette question de la pauvreté ?

L’accumulation des crises économiques et sanitaires n’a fait que renforcer les difficultés sociales des parents et des élèves qui décrochent toujours plus, en silence, car la pauvreté ne se brandit pas comme un étendard. Au contraire, elle est très souvent étouffée, discrète, et l’attention des différents acteurs éducatifs n’est pas toujours à la hauteur pour répondre à une véritable inclusion sociale scolaire.

La FCPE revendique une école publique pour toutes et tous, mais il convient de dire que celle-ci l’est de moins en moins, par l’absence de concentration de moyens en fonction des territoires, par le manque de persévérance nationale dans le maintien d’un service public à la hauteur des enjeux. Il faudrait une meilleure formation des enseignants et une prise en compte des milieux sociaux et des réalités sociales des élèves, qui sont aussi, et avant tout, des enfants.

Propos recueillis par Cécile Blanchard

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Couverture du numéro 603, « École et pauvreté »