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Carcassonne en RN
Dans la cité médiévale de l’Aude, l’élection d’un maire du Rassemblement national lors des élections municipales de mars 2026 a engendré un certain nombre de craintes au sein de la communauté éducative. Des craintes confortées par les tentatives d’intimidation dudit élu envers des lycéens et associations qui souhaitaient manifester contre l’extrême droite le 29 avril. L’analyse d’une des membres de cette communauté éducative… ou doit-on dire communauté instructive ?Un maire RN (Rassemblement national) a été élu à la tête de Carcassonne, la ville dans laquelle j’enseigne. On savait que c’était possible. La déflagration n’en reste pas moins violente.
Jusque-là, la mairie était dirigée par un maire divers droite, pour lequel l’éducation n’était pas une grande priorité. Le budget par élève, par exemple, n’a pas augmenté d’un centime en dix ans, malgré l’inflation, l’envol du prix du papier et surtout l’inadaptation des bâtiments aux pics de chaleur.
La mairie finançait tout de même un accès gratuit à des expositions dans les différents musées de la ville et à une représentation théâtrale par an pour les élèves en élémentaire, le tout assorti de la gratuité des transports intramuros. Elle mettait également à disposition des écoles des Etaps (éducateurs sportifs) et des infrastructures sportives, permettant aux élèves de découvrir et de pratiquer la natation, la gymnastique, la course d’orientation, le VTT, le tir à l’arc, le kayak, etc.
Une situation en demi-teinte donc, qui se traduirait, dans un bulletin scolaire old school, par « des idées vraiment intéressantes, mais pourrait largement mieux faire ».
Alors, qu’attendre de la nouvelle municipalité dans le domaine scolaire ? Un mois après les élections, il ne s’est pas encore passé grand-chose… si ce n’est le changement de dénomination. L’adjointe à l’éducation est devenue adjointe à l’instruction. Parce que, je cite, « l’éducation est donnée par la famille ». Est-ce juste un mot qui change ?
Je ne débattrai pas ici de la différence entre instruction et éducation, ce serait trop long, ce n’est pas mon propos et je ne suis pas spécialiste du sujet. Il est juste intéressant de rappeler qu’en France, la dénomination « instruction publique » a été remplacée par « éducation nationale » en 1932, avec un bref retour en 1940-1941.
Depuis le résultat des élections, on entend dans la bouche des enseignantes et enseignants, animatrices, animateurs, parents d’élèves, un certain nombre de craintes : les cantines continueront-elles à proposer un menu sans porc ? Les conditions d’accès à la cantine, au périscolaire, vont-elles être durcies ? Les tarifs augmentés ? Les mamans voilées ont-elles du souci à se faire ? Les écoles seront-elles traitées à égalité, quelle que soit leur localisation, l’origine des élèves accueillis, les projets menés ? Y aura-t-il un tri idéologique des projets soutenus par la mairie ? Les représentations théâtrales seront-elles maintenues ? Sans censure ? Les activités sportives également ? Les associations de quartier pourraient-elles perdre leurs subventions, comme cela a déjà été le cas pour l’antenne carcassonnaise de la Ligue des droits de l’Homme ou les journaux locaux, accusés de « manquer de neutralité » ?
S’il est trop tôt pour répondre à ces questions, l’inquiétude est là. On peut, en attendant et pour se faire une idée, lire le programme « instruction » du maire. On y retrouve, en vrac, beaucoup de mesures qui, en réalité, existent déjà : les vacances apprenantes, l’aide aux devoirs, la participation des élèves aux cérémonies, les drapeaux aux frontons des écoles, les visites de musées et d’expositions, les échanges intergénérationnels, la priorité aux produits locaux dans les cantines.
Le maire n’est-il pas au courant de l’existence de tout cela (ça serait inquiétant) ou mise-t-il sur la méconnaissance des électeurs (ça ne serait pas très honnête) ? On voit également des propositions qui ne relèvent a priori pas de la municipalité, comme soutenir les AESH ou accompagner les élèves handicapés. Alors si on retire le déjà-existant et ce qui est du ressort de l’État, que reste-t-il ?
L’expérimentation du port de l’uniforme ? Indépendamment de ses implications, plus que discutables à mon avis, c’est un gouffre financier. L’État en a d’ailleurs abandonné cette année l’expérimentation, et donc le financement à 50 % (loi de finances pour 2026). L’équipe municipale s’étant pour sa part engagée à faire des économies, sur qui le cout reposerait-il alors ?
La réhabilitation du bâti scolaire et la modernisation des équipements ? On ne peut qu’être d’accord ; tout cela a été largement délaissé et il y a de quoi faire. Mais quid des adaptations pour limiter l’impact des pics de chaleur, alors que le nouveau maire affiche fièrement ses positions climatosceptiques ? Quant au budget que cela nécessiterait, au conseil municipal du 30 avril 2026, pas un centime de plus pour les bâtiments scolaires.
L’amélioration des conditions de travail des Atsem ? Là encore on approuve, mais… affaire à suivre !
Au-delà de cette liste de promesses, floues, inutiles ou sans faisabilité, chacune et chacun attend de voir, pour beaucoup avec plus d’anxiété que d’espoir, ce qu’il va se passer concrètement pour les écoles de Carcassonne, et s’il va falloir se battre pour le respect de l’égalité, de la solidarité, de la laïcité, de l’éducation émancipatrice et de la liberté pédagogique. L’expulsion des syndicats de leurs locaux, annoncée lors de ce même conseil municipal, pour avoir osé soutenir une manifestation organisée par des lycéens, donne le ton.
Si le pouvoir de la municipalité en matière scolaire reste relativement limité (mais loin d’être nul), ce sont l’habituation aux entorses à la liberté, les risques d’autocensure et la peur qui se diffuse qui sont à craindre.
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