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Canicule : tous ensemble pour que l’école fasse sa transition écologique

C’était une excellente illustration de ce que vivent élèves et enseignants dans les classes cette semaine : la conférence de presse présentant le rapport adopté par le Conseil supérieur de l’éducation en mars 2026 sur « L’école actrice de la transition écologique » s’est déroulée ce mardi 23 juin 2026 dans des locaux non climatisés, où les éventails étaient bien utiles ! L’occasion de présenter les quarante recommandations du rapport, en insistant sur le fait que cette semaine de canicule est « perdue » pour l’enseignement.

Le 26 mars 2026, le Conseil supérieur de l’éducation (CSE) adoptait à l’unanimité (avec de rares abstentions et refus de vote) le rapport de sa commission spécialisée sur la transition énergétique. Ce rapport était présenté ce 23 juin 2026 par un large collectif d’organisations syndicales de personnels de l’Éducation nationale, d’organisations lycéennes et étudiantes et d’associations.

Une démarche et un travail inédits pour ces organisations, qui ont su dépasser leurs divergences pour produire ce rapport ensemble. « Quand on met l’avenir en premier on arrive à faire du commun », a rappelé un des intervenants de la conférence de presse.

Présidée par un représentant des lycéens, Gustave Bernard (Renouveau lycéen), la commission spécialisée, après dix-huit mois de travail, fait dans ce rapport quarante recommandations concernant aussi bien le bâti scolaire que les programmes d’enseignement et la formation des enseignants, sous le titre « L’école actrice de la transition écologique ». Nous avions déjà rendu compte de ce rapport dans le n° 605 des Cahiers pédagogiques.

Adaptation, rénovation, sécurité

Dix-huit des recommandations portent sur la nécessité de réaliser un état des lieux du bâti scolaire, sur l’adaptation et la rénovation de ce bâti et sur la clarification des conditions de sécurité des élèves et des personnels.

La première recommandation porte sur la création d’un Observatoire national de l’adaptation du bâti scolaire au climat et à l’écologie, avec pour mission de rédiger un cahier des charges contraignant intégrant « un volet végétalisation et biodiversité, un volet confort thermique d’été et d’hiver, un volet gestion de l’énergie, de l’eau et des déchets, un volet commande publique, et un volet accompagnement à la maitrise d’usage ».

La recommandation 5 comprend l’instauration de l’obligation de réalisation d’un diagnostic de performance énergétique par les propriétaires des bâtiments scolaires avant 2023.

Les intervenants ont fait valoir que l’évaluation des bâtiments ne relève pas du court terme et qu’un tel état des lieux aurait dû être fait depuis longtemps. Ils dénoncent le fait que l’on soit aujourd’hui incapable de dresser une carte des établissements qui ont été adaptés au changement climatique.

Mais à l’évidence, majoritairement, le bâti scolaire reste inadapté au changement climatique : volets défaillants, vitres brisées dans des salles de classe qui atteignent parfois plus de 40 °. Le rapport prône donc sans surprise des financements supplémentaires de l’État pour la rénovation des bâtiments (recommandations 6 et 7). Il met également en avant l’intérêt d’une mutualisation des bonnes pratiques entre collectivités sur cette question (recommandation 8) et demande l’implication systématique des personnels et des usagers et usagères des bâtiments dans les projets de rénovation (recommandation 11).

Le rapport comprend également des préconisations pour les examens, afin d’assurer la sécurité des candidats et candidates et des personnels (recommandations 16 à 18 bis). Les organisations syndicales ont notamment revendiqué et obtenu la fin des épreuves l’après-midi pour la session 2026 du baccalauréat général et technologique, mais elles souhaitent que cette règle soit étendue aux épreuves de bac professionnel et au brevet, pour écrits, oraux et épreuves en atelier. Et elles recommandent que « les dates d’examen soient avancées au plus tôt dans l’année lorsque cela est possible, notamment pour les oraux » (recommandation 18 bis).

Du bricolage dans l’urgence

Face à la canicule de cette semaine, les organisations dénoncent une gestion au jour le jour : « À la rentrée, on remet le sujet de la canicule sous le tapis jusqu’à la prochaine. On ne peut pas mettre en place des aménagements contre la canicule durant la canicule. » Une improvisation qui leur rappelle la période covid : absence de cadre national, des directives venant des préfets, des collectivités territoriales ou des chefs d’établissement, au cas par cas. Alors que cela fait des années que les organisations syndicales alertent.

Les recommandations 13 et 13 bis portent ainsi sur la mise en place de « plans canicule » opérationnels, pour protéger élèves et personnels contre les risques liés à la chaleur. Ces plans devraient être définis au niveau national et adaptés au niveau académique, activés localement, afin de permettre aux préfets et aux chefs d’établissement de garantir la continuité du service public et de l’accueil des élèves, avec des adaptations prenant en compte les besoins des élèves et personnels en situation de handicap.

Pour l’instant, le constat est fait de l’absence de politique et de budget volontaristes : la législation n’établit pas de température au-delà de laquelle il n’est plus possible de travailler, et chaque niveau local réinvente tout et ne sait pas ce qu’il se passe à quelques kilomètres. On ne sait pas par exemple, s’il est possible d’ouvrir les fenêtres la nuit pour rafraichir, au risque d’une intrusion.

Et le droit de retrait des personnels est très difficile à faire valoir, puisqu’il faut justifier un danger immédiat.

Un rapport pour l’avenir

Pour assurer la diffusion de ce rapport, que le ministère n’a pour l’instant pas publié sur son site public, la rapporteure et le président ont prévu une « tournée de rencontres » avec partis politiques et parlementaires pour présenter les recommandations. Pour l’instant, ils ont été auditionnés par le cabinet du ministre mais n’ont pas rencontré le ministre lui-même.

Les autres préconisations du rapport portent sur la formation des personnels (enseignant et non enseignant), sur l’engagement citoyen des élèves, sur les programmes et la pédagogie à mettre en œuvre pour éduquer au changement climatique. Car « on ne peut défendre et protéger que ce que l’on connait. Il faut présenter aux élèves l’ensemble des débats écologiques et économiques avec tous les enjeux », a affirmé un des intervenants.

Exprimant leur crainte que le sujet de l’adaptation de l’école retombe une fois la canicule passée, les organisations ont bâti scolaire toutefois souligné que le Code de l’éducation fait obligation au ministre de rendre des comptes sur les suites données à ce rapport six mois après le vote du CSE. Et de rappeler que ce qui cause l’écoanxiété, c’est l’inaction.

Léane Cras et Cécile Blanchard

Consulter le rapport

« L’école actrice de la transition écologique »


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