Depuis deux siècles

Publié le Lecture : 14 min Par Bruno Poucet

L’histoire de la discipline montre comment, non sans tensions parfois, elle a évolué pour répondre aux mutations de la société et par conséquent aux objectifs fixés à l’école.

Trois paradigmes (ensemble des pratiques, des contenus, des finalités, des normes d’un enseignement, fixés par les autorités compétentes et par la pratique des acteurs) sont présents sur les deux siècles écoulés dans l’enseignement de la philosophie depuis son institutionnalisation en 1809 en France : un paradigme aristocratique jusque dans les années 1860, puis un paradigme méritocratique jusqu’en 1960, un paradigme démocratique enfin.
Le paradigme aristocratique est le paradigme premier, celui de l’Ancien Régime. Contesté un temps par la Révolution qui avait instauré dans les écoles centrales un enseignement de la logique, l’enseignement traditionnel est réintroduit dans les lycées napoléoniens. C’est un paradigme de l’excellence : il s’agit de former les cadres dirigeants de l’Empire, puis de la monarchie.
Les élèves, qui sont une infime minorité (environ 1 600 dans le public et autant dans les établissements privés), rédigent le cours de leur professeur en en restituant le contenu à partir des notes prises en classe et souvent récitent le contenu résumé d’un manuel écrit par ce même professeur. Il y a un dogme à apprendre, une vérité à s’approprier. Pour se présenter aux épreuves orales du baccalauréat (il n’y a pas d’écrit dans la discipline), il suffit d’apprendre les réponses du manuel – par souci d’équité, chaque examinateur doit poser obligatoirement la question prévue par le programme et tirée au sort.

Répondre aux attentes de la société

Ce paradigme a été contesté progressivement par de nouvelles pratiques pédagogiques. Charles Bénard, professeur au lycée Charlemagne à Paris, est ainsi le défenseur d’une nouvelle technique d’écrit : la dissertation, qui figure, à partir de 1866, à l’écrit du baccalauréat…

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