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Aménager les situations de classe et coenseigner en formation : une piste prometteuse ?
Portées par le désir de dépasser les limites du tutorat traditionnel, des enseignantes formatrices explorent depuis 2023 de nouvelles formes d’accompagnement en classe du premier degré. Dans le cadre d’une recherche collaborative menée à l’Inspé de Bordeaux, elles expérimentent le coenseignement comme levier d’apprentissage des étudiants ou enseignants novices, identifiant quatre modalités d’action. Des séquences qui peuvent être également utilisées dans d’autres contextes de stages.À l’origine du projet, des tutrices PEMF (professeures des écoles maitresses formatrices) ou MAT (maitresses d’accueil temporaire) cherchent à dépasser les limites qu’elles éprouvent vis-à-vis du tutorat traditionnel, principalement basé sur des visites de classe et des entretiens post-visite. Plusieurs publications de recherche soulignent par ailleurs ces limites, pointant le fait que l’accompagnement soutient effectivement la réflexivité enseignante mais moins la capacité à agir en classe, comme l’indiquent par exemple les travaux de Sébastien Chaliès1.
À partir de septembre 2023, une équipe se constitue autour de la question commune suivante, engageant ainsi une recherche collaborative : comment aménager les situations de classes via du coenseignement à des fins d’apprentissage et de développement professionnel en tutorat ? Cette recherche s’appuie sur des travaux scientifiques comme ceux de Philippe Tremblay2, ou ceux de Cécile Berterreix3.
Dans un premier temps, le groupe réunit quatre PEMF, quatre MAT, une formatrice à l’Inspé (Institut national supérieur du professorat et de l’éducation) et deux chercheuses, également formatrices à l’Inspé de l’académie de Bordeaux.
Depuis deux ans, une trentaine de situations de classe aménagées entre tutrice et étudiant ou enseignant novice ont fait l’objet de captations vidéo, servant de support pour des entretiens d’autoconfrontation des tutrices et des novices, et pour certaines, de leurs élèves. Ainsi, des phases de séances ont été analysées sous trois prismes : celui de la tutrice, celui de la novice et celui d’un ou de plusieurs élèves.
De nombreux paramètres sont en jeu dans ces situations de classes aménagées : la répétition de certaines phases, le doublement ou triplement des ateliers, l’alternance sur les mêmes contenus entre tutrice et stagiaire dans la conduite de la classe, la possibilité de microconcertation entre tutrice et stagiaire, etc.
Après deux années de recherche, quatre modalités typiques d’accompagnement en situation de classe ont été formalisées par l’équipe, du fait de leurs effets bénéfiques sur les apprentissages et sur le vécu des enseignants et étudiants novices engagés en formation : le séquentiel macro, le séquentiel micro, le tandem et le souffleur. Dans les faits, une modalité n’est jamais utilisée seule en classe. Ce sont plusieurs modalités combinées qui sont convoquées par les tutrices avec leur stagiaire au cours d’une même séance.
Ces situations de formation et de travail sont déployées dans différents contextes, avec des professeurs des écoles fonctionnaires stagiaires dans leur classe ou dans celle de leur tutrice ou leur tuteur, avec des étudiants en master MEEF (Métiers de l’enseignement, de l’éducation et de la formation) premier degré, lors de leur stage d’observation et de pratique accompagnée dans un contexte de classe partagée, celle de leur MAT.
Tout d’abord, un objectif de formation a conjointement a été défini, à savoir solliciter la parole des élèves lors d’un temps de correction collective. La situation suivante a été aménagée en ciblant une phase précise de la séance mettant en jeu cet objectif de formation.
Après un temps de copréparation, la novice et la tutrice ont conduit la classe alternativement dans cette même phase de la séance (d’où la dénomination de séquentiel micro) auprès de l’ensemble des élèves. Pendant que la novice mène, la tutrice a prélevé des informations sur sa conduite de classe. À son tour, la tutrice a mené et a donné à voir une forme de pratique qui peut potentiellement conforter, enrichir et compléter les actions de la novice. La situation offre la possibilité à la novice de s’y essayer juste immédiatement après, et éventuellement, de faire évoluer sa pratique.
Dans cet exemple, la situation a conduit progressivement la novice à circuler dans la classe pour prélever des productions d’élèves, choisir des réponses diversifiées et signifiantes et les hiérarchiser. Cela lui a permis d’organiser un temps de correction structurée et dialoguée, afin de faire émerger les propriétés mathématiques recherchées par les élèves.

De manière complémentaire au tutorat traditionnel, ces modalités d’accompagnement restent fondées, tant du point de vue théorique qu’au vu des résultats obtenus. Elles pourront être utilisées dans d’autres contextes de stage, y compris dans ceux engendrés par la réforme de la formation initiale des enseignants, qui prendra effet à la rentrée 2026 (stages de master 1 ou 2 MEEF avec les futurs élèves fonctionnaires et fonctionnaires stagiaires).
Sur la base de cette recherche en cours, un premier scénario de formation à ces situations destinées aux PEMF, aux MAT et aux conseillers pédagogiques a été conçu pour être déployé pendant l’année 2025-2026 dans trois départements de l’académie de Bordeaux par les tutrices et les chercheuses du projet.
De plus, à cette rentrée 2025, ce projet s’étend et intègre désormais le réseau des LéA-IFÉ sous l’acronyme Impact (Innovation des méthodes et pratiques pour l’aménagement des situations de classe pour le tutorat), avec pour objectif d’élaborer et de stabiliser un scénario de formation adossé à une plateforme de vidéoformation pour former des tutrices et des tuteurs à ces modalités.
À lire également sur notre site
Les visites éclairs, un levier de développement professionnel ?, par Mylène Ardid et Richard Étienne (accès payant)
Apprendre en situation de travail, oui, mais comment ?, par Marine Pelé-Peycelon
« On peut identifier les avantages tirés du coenseignement pour les enseignants », entretien avec Quentin Magogeat
Sur la librairie
Notes- Sébastien Chaliès, « L’utilité du tutorat pour de jeunes enseignants : la preuve par 20 ans d’expérience », Recherche et formation n° 61, 2009, 85-129.
- Philippe Tremblay, « Les types de microconcertations et les gestes professionnels d’ajustement en contexte de co-enseignement intensif au Québec », Éducation et socialisation n° 66, 2022.
- Cécile Berterreix, Construire un territoire apprenant : une voie possible pour optimiser la formation initiale et continue des enseignants du premier degré ? Étude des retombées collectives et individuelles d’un dispositif de formation de type « constellation », thèse, université de Montpellier, 2024.





