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Au-delà de la réforme du collège

Quelle interdisciplinarité à l’école ?

Yves Lenoir

15 juillet 2015

Yves Lenoir est un universitaire québecois qui fait autorité en matière d’interdisciplinarité. Il travaille en effet sur le sujet depuis de longues années au sein de la Faculté d’éducation de l’Université de Sherbrooke. On peut consulter une vidéo où il répond à des questions sur les liens possibles et souhaitables entre monde de la recherche et pratiques enseignantes. Il nous propose ici une contribution de fond sur l’interdisciplinarité, à l’heure où, avec la mise en place des EPI, celle-ci doit être véritablement pensée, en évitant les dérives et malentendus.


Pour lire l’intégralité de ce long article, vous pouvez suivre ce lien ou télécharger le texte en PDF.

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En voici quelques grandes lignes :

La réalité naturelle, humaine et sociale dans laquelle nous vivons est complexe, ce qui exige de recourir à différents savoirs disciplinaires pour l’appréhender. Dès lors, à moins de croire au miracle, il importe d’être conscient que les liens que les élèves établiront pour cerner cette réalité ne se feront pas tous seuls ; ils requièrent la médiation active de l’enseignant ou, mieux, d’une équipe d’enseignants pour les aider à tisser ces liens qui exigent de faire appel à des savoirs provenant de différentes disciplines scolaires.

Mais pour Yves Lenoir, il n’y a pas d’interdisciplinarité valable qui ne s’appuierait pas sur les disciplines. L’interdisciplinarité peut utiliser une grande diversité de démarches en partant de regards disciplinaires croisés, en concevant des situations où les élèves sont amenés à « problématiser ». Ce qui caractérise l’approche interdisciplinaire à l’école, c’est son insistance sur la nécessité de faire appel de manière croisée et complémentaire à différentes démarches, en ne se limitant pas à la « résolution de problèmes » par exemple. Il met en évidence tout particulièrement l’importance de la démarche de conceptualisation qui permet de produire (construire) la réalité naturelle, humaine et sociale.

Un moyen et non une fin

Il va s’agir en conséquence de trouver des complémentarités entre les disciplines, en articulant cognition et action, en construisant avec les élèves une « conceptualisation » qui permettra de ne pas se lancer dans des pratiques aveugles et sans grande efficacité. N’oublions pas que l’interdisciplinarité est un moyen et non une fin en soi…

L’auteur met en garde contre une conception trop globalisante où on fusionnerait dans un grand tout indistinct les différents objets d’apprentissage. Le curriculum prôné par les nouvelles approches éducatives n’a rien à voir avec cette caricature.

Par ailleurs, il est nécessaire de rompre avec l’idée de disciplines plus importantes que d’autres. La complémentarité et la collaboration est essentielle, sur la base des spécificités de chacune et Yves Lenoir illustre par des exemples ce que peut être cette interaction, en partant des objets de savoir ou des démarches d’apprentissage.

Dans les pratiques d’enseignement-apprentissage, conclut-il, le rôle de l’enseignant est de mettre en place les conditions jugées les meilleures, les plus appropriées, pour favoriser et soutenir les processus d’apprentissage chez les élèves. Recourir à l’interdisciplinarité à l’école, c’est introduire des conditions jugées favorables à la mise en œuvre de processus intégrateurs de la part des élèves en faisant appel à divers angles d’approche disciplinaires interreliés. Car ce n’est pas l’enseignant qui doit intégrer, mais bien les élèves.

Retrouvez notre dossier thématique sur le collège, avec des prises de position, articles, publications :
Construisons le collège de demain

Sur la librairie

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Réussir l’école du socle - En faisant dialoguer et coopérer les disciplines, Francis Blanquart, Céline Walkowiak - ESF, 2013
On croit trop souvent que l’approche pédagogique par les compétences conduit inéluctablement à la parcellisation des savoirs, à l’isolement des professeurs et des élèves enfermés à jamais dans le couple objectif/évaluation. Certains voient ainsi, derrière la mise en place de « l’école du socle commun », le déploiement d’une technologie anonyme dépersonnalisante et le quadrillage de toutes les activités scolaires sous l’emprise de « grilles » de toutes sortes...

Or Céline Walkowiak et Francis Blanquart nous montrent précisément, dans ce livre, que cela peut être tout à fait l’inverse : la pédagogie du socle commun permet justement aux professeurs de renouveler radicalement leurs pratiques pour une meilleure réussite de chacune et de chacun. Elle favorise, en particulier, le travail en équipe interdisciplinaire des professeurs, l’organisation d’activités diversifiées et mobilisatrices pour les élèves : elle associe le développement de la créativité des enseignants et celui de l’autonomie des apprenants. Elle permet de s’attacher, de manière rigoureuse, à la maitrise de la langue et d’ouvrir sur des champs culturels très vastes, ressaisissant les programmes dans une dynamique de projet et une démarche de progression.



Croiser des disciplines, partager des savoirs
Les pratiques communes, croisées, mises en synergie et en résonance, aident-elles les élèves à entrer dans la complexité des savoirs scolaires et dans les différentes cultures à construire à l’école ? Ce dossier montre à travers différentes pratiques de dispositifs comment entrer dans l’interdisciplinarité sans sacrifier aucunement les disciplines.