Tenter de devenir perdir (personnel de direction) à défaut de la Nouvelle-Calédonie. Se préparer jusqu’au bout même si (parce que) on pense que ça ne sera pas pour cette fois. Et réussir, mais pas vraiment par inadvertance. Voici le troisième volet de notre série de témoignages de lauréates de ce concours, après Marie Perpère et Marie-Christine Bonneau-Darmagnac.

J’ai envisagé d’évoluer vers des missions de personnels de direction dès mes premières années d’enseignement. J’exerçais dans un collège classé en zone d’éducation prioritaire et j’ai pu constater à quel point l’action de l’équipe de direction, et plus généralement le travail d’équipe, impactait les pratiques pédagogiques, le climat scolaire et donc les apprentissages des élèves.

Pendant près de vingt ans, j’ai enseigné le français avec plaisir à la fois dans la pratique disciplinaire mais aussi dans la relation aux élèves, si déterminante pour leur réussite. J’ai intégré l’équipe des formateurs dans l’académie de Reims et ai pu contribuer à développer des pratiques coopératives afin d’accompagner mes collègues dans la mise en place de pratiques différenciées, entre autres actions de formation. En parallèle, je me suis engagée au sein des instances des établissements où j’ai exercé et ai participé au développement du travail collectif, en mettant en œuvre de nombreux projets interdisciplinaires.

Une décision à la fois ancienne et précipitée

Après avoir enseigné en milieu rural, en éducation prioritaire, en zone périurbaine, le besoin de découvrir d’autres horizon s’est fait prégnant. J’ai demandé une mise à disposition pour la Nouvelle-Calédonie, qui m’a été accordée lors du premier mouvement en octobre, tout en suivant la préparation au concours de l’académie de Reims. Deux années pour obtenir le concours me semblait une perspective raisonnable. Le 4 novembre, le mouvement intra-académique ne nous a pas accordé de poste en Nouvelle-Calédonie, à mon compagnon et moi. J’ai d’abord été extrêmement déçue puis j’ai saisi l’opportunité de m’investir pleinement dans la préparation du concours.

À partir de mi-novembre, j’ai consacré la plupart de mes mardis matin au travail individuel : parcours m@gistère, lecture des rapports de jury, de quelques ouvrages méthodologiques, entrainements dans les conditions de l’examen… Le mercredi après-midi, je participais à la préparation académique et les échanges, riches, avec mes collègues, ont nourri ma réflexion, notamment pour le traitement des sujets des sessions précédentes. Grâce au covoiturage, nous avions presque trois heures de coréflexion et je garde un souvenir très positif de ces moments, qui sont, j’en suis certaine, pour beaucoup dans ma réussite. J’ai également sollicité les adhérents du CRAP-Cahiers pédagogiques pour des conseils et Antoine Tresgots m’a accompagnée avec beaucoup de gentillesse et de pédagogie, tout en me faisant connaître un groupe Facebook dédié à la préparation du concours : une source d’entraide très efficace.

J’ai très bien dormi avant l’épreuve écrite : je me sentais prête, jusqu’à ce que je découvre le sujet ! Il y était question de lycée professionnel et de cité éducative… Je ne savais pas ce qu’était une cité éducative et je ne connais le lycée professionnel que par la théorie puisque je n’y ai jamais enseigné. Les premières minutes, je me suis dit que c’était terminé, que je ne pouvais pas réussir avec de telles lacunes. J’ai envisagé l’épreuve comme un entrainement et me suis plongée dans le dossier. J’ai pris conscience que les entrainements réalisés avaient permis le développement d’automatismes dans le traitement du sujet. J’ai donc rédigé ma production et ai pu terminer dans les quatre heures imparties : c’était mon objectif pour ce que je pensais être ma première année de préparation.

Préparer l’oral quand même

J’ai commencé à préparer l’oral une semaine après l’épreuve écrite. Je ne croyais pas vraiment à une issue heureuse pour l’admissibilité mais j’ai continué la préparation, en vue de l’année suivante. Je me suis donc inscrite aux deux simulations proposées par la formation académique, avant les résultats. J’ai également réalisé un premier entrainement en session de formation. J’ai noté les conseils prodigués, ajustant ma prestation à chaque entrainement. J’ai travaillé à acquérir les connaissances défaillantes que les questions posées laissaient transparaitre. Le Bulletin officiel, et les sites du ministère et de l’IH2EF () ont constitué l’essentiel de mes ressources pour toutes les thématiques « actuelles » : réforme du lycée, transformation de la voie professionnelle, école  inclusive… Sur tous ces points, j’ai constitué des fiches, transformées en carte mentale pour mieux les mémoriser.

J’ai lu, beaucoup : le « livre bleu », Aziz Jellab, Nicolas de Condorcet, Alain Boissinot, Jean-Pierre Obin, Antoine Prost, des articles des Cahiers pédagogiques, des cahiers d’Éducation et Devenir, d’Administration et éducation, la revue de l’AFAE (), etc. J’ai également sollicité l’association Éducation et Devenir, dont je suis adhérente, pour une relecture de mon rapport d’activité. J’ai consacré environ trois heures par semaine à la préparation de l’oral, de l’épreuve d’admissibilité à celle d’admission. Avec une de mes collègues, nous avons organisé des sessions de questions/réponses, une fois par semaine, en partageant nos entrainements à l’oral organisés par la formation académique.

J’ai assez mal vécu l’épreuve orale, malgré un jury extrêmement prévenant et bienveillant. Le stress m’a envahie, alors même que je l’avais plutôt bien géré lors des entrainements. C’est une épreuve morale et intellectuelle très intense, dont je suis sortie épuisée. J’étais aussi incapable de qualifier ma prestation dans sa globalité. J’avais conscience d’avoir répondu de manière satisfaisante, pour certaines questions, mais pas pour toutes. Dès lors, l’attente des résultats fut interminable. Le lundi, je n’ai pas d’élèves entre 9h et 10h et j’ai passé cette heure-là, le 3 mai, à actualiser la page des résultats, jusqu’à voir mon nom apparaître parmi les admis !

Nadia Voillequin


À lire également sur notre site :
Réussir le concours de perdir, malgré tout, par Marie-Christine Bonneau-Darmagnac
Mon marathon pour devenir perdir, par Marie Perpère
« Vis ma vie » de chef d’établissement en confinement”, par Fabienne Requier


Sur la librairie :

 

Pouvoir d’agir et autonomie, de l’école au lycée
Coordonné par Michèle Amiel et Gwenaël Le Guével
Prendre des initiatives, engager un processus de décision, animer une équipe, mettre en place une innovation, etc. Est-ce le domaine réservé du directeur d’école, de l’IEN, du chef d’établissement ? Au bout du compte, l’augmentation du pouvoir dans un établissement autonome, c’est celle du chef ou celle des personnels ?