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Des balises pour repenser la gouvernance de l’école
Quelles balises et quels principes poser pour repenser la gouvernance du système éducatif ? Le sociologue spécialiste des politiques éducatives Xavier Pons intervenait le 26 mai 2026 lors d’une soirée-débat à Villeurbanne intitulée « Une école sans ministre : utopie, danger ou projet ? », inspirée par le livre Et si on imaginait l’école de demain ? de Céline Cael et Laurent Reynaud. Les échanges ont fusé dans la librairie Lettres à croquer et l’imagination des participants s’est teintée d’un souci d’opérationnalité. Extraits de l’intervention de Xavier Pons.Ce n’est pas une question si facile pour le sociologue de formation que je suis. Je suis davantage habitué à identifier et documenter les dysfonctionnements qu’à me projeter de manière positive dans un futur commun…
Je vais donc essayer de vous faire une réponse non pas en fonction de mes valeurs, de mes principes ou de mes votes, mais en fonction des travaux que j’ai pu mener sur les politiques d’éducation.
Je suis à une étape de ma réflexion qui m’amène à décrire les politiques d’éducation avec l’image du Triangle des Bermudes, un champ de force très problématique.
La première pointe du triangle correspond à la façon dont on fabrique des politiques d’éducation. La recherche montre qu’on assiste à une « surpolitisation ». Pour le dire de manière rapide, les politiques d’éducation sont souvent prises en otage par la politique politicienne et par des professionnels de la politique qui connaissent de moins en moins ce secteur. Par ailleurs, les alternances politiques débouchent sur des couches de réforme qui s’accumulent et créent une complexité institutionnelle qui en éloigne le sens.
Une autre pointe du triangle concerne le débat public démocratique. Une partie de mon travail de recherche consiste à décortiquer les formes de débat au Parlement, dans la presse nationale entre chercheurs et dans le monde scientifique. Quels que soient les sujets abordés, on observe des mouvements de politisation, de routinisation et de confinement des débats.
Par exemple, dans le débat sur la suppression des allocations familiales pour les parents d’enfants absentéistes, on n’évoque absolument pas les causes de l’absentéisme. Cette confiscation de la complexité du débat public sur les questions d’éducation s’explique, en partie, par le fait que la parole politique et médiatique sur l’éducation est dominante par rapport à une parole experte et intellectuelle.
Le troisième pôle du triangle est celui de nos élites administratives. Par le passé, on a connu des phases d’alternance politique mais avec une administration publique qui assurait une continuité. Si mes recherches ne sont pas très récentes, et que je n’ai pas étudié la politique macronienne de ces dernières années, je ferai quand même l’hypothèse que la réforme de la haute fonction publique perturbe cette continuité.
Par exemple, la mobilité qui est imposée à la haute fonction publique, en pensant que c’est un moyen de faire circuler les innovations dans le système, se traduit par le fait qu’on a des gens qui sont de moins en moins spécialisés durablement dans ce qu’ils font.
Face à ces constats, on peut se demander ce que l’on peut faire.
Le premier réflexe, celui du chercheur, c’est de dire qu’il faut produire encore plus de travaux de recherche sur les politiques d’éducation. On n’en a peut-être pas conscience, mais il n’y a eu aucune enquête de grande envergure sur la constitution des cabinets ministériels, sur les incidences des recours systématiques aux think-tanks. Autrement dit, on manque d’informations.
De plus, nous avons peu d’informations sur les politiques de l’éducation actuelle. Par exemple, le ministère compte de plus en plus sur des enseignants contractuels. Or, il n’y a quasiment rien en termes de recherche sur les enseignants contractuels : on ne sait pas qui ils sont, comment ils préparent leurs cours, comment ils s’intègrent dans des collectifs de travail ou pas, etc.
Il faut produire de la recherche et la diffuser, faire circuler les travaux de recherche auprès des acteurs de l’éducation et du débat public. En cela, le format de docu-fiction du livre de Céline Cael et Laurent Reynaud Et si on imaginait l’école de demain ? est une contribution intéressante.
Je crois aussi que nous avons besoin de nouvelles balises pour essayer de limiter le pouvoir des professionnels de la politique sur les politiques éducatives. Une charte de bonne gouvernance du système scolaire, avec quelques principes simples, pourrait réduire les ballottements liés aux alternances politiques.
Je vous livre ici certains principes sur lesquels on peut s’accorder : ne pas mettre en place une réforme qui se traduise par une aggravation du sort des plus défavorisés, ne pas mettre en place une réforme nouvelle avant d’avoir évalué la précédente…
Enfin, il est nécessaire aujourd’hui de réfléchir aux méthodes de mise en œuvre des réformes. Il me parait nécessaire d’organiser des retours par des collectifs sur les effets d’une réforme, par exemple par des conventions citoyennes. On pourrait multiplier ce type de format. Cela permettrait de réajuster, car ceux qui voient le mieux les problèmes d’une organisation, ce sont les destinataires, les usagers, les publics cibles.
Pour répondre au thème de la soirée, si l’on va vers une gouvernance sans ministre, il me paraît extrêmement important que cela soit le point d’arrivée de tout un processus de construction d’un consensus social sur l’école. Je ne connais pas beaucoup d’expériences qui ont marché de ce point de vue. Un champ de recherche intéressant sur ce sujet serait d’étudier les résultats de les États généraux sur l’éducation au Québec, qui se sont étalés sur près de dix ans avec publication d’un rapport en 1995-1996.
La deuxième condition serait de prévoir la création d’un processus d’actualisation et de rénovation régulière du programme d’action décidé.
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