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Quand des lycéens simulent la COP30
Qui a dit que la COP ne servait à rien ? Dans une classe de terminale brestoise, la Conférence des parties est utilisée comme modèle pour impliquer les jeunes dans une réflexion sur l’action climatique, en prenant en compte des questions complexes impliquant des dilemmes mondiaux, ce qui a nécessité de travailler sur l’analyse critique des informations et l’argumentation scientifique.On sait que la COP (Conference of Parties) est une réunion annuelle qui rassemble des dirigeants politiques, des représentants de la société civile, des chercheurs et des entreprises de presque tous les pays afin de débattre des politiques environnementales et des stratégies de lutte contre le changement climatique.
En 2025, la COP30 s’est tenue à Belém, au Brésil, accordant une importance particulière aux inégalités sociales, territoriales et environnementales, dans un contexte d’urgence climatique, d’événements extrêmes et de nécessité de réduction des émissions de gaz à effet de serre.
Comment une activité de simulation de la COP peut-elle inciter les élèves à dialoguer et à argumenter scientifiquement ?
La séquence didactique que nous avons mise en œuvre s’est déroulée en trois étapes.
La première, sensibilisation critique au thème du changement climatique, a consisté à analyser des informations vraies et fausses, dont beaucoup contenaient des concepts scientifiques corrects ou erronés, en évaluant leur plausibilité, la qualité des arguments, la fiabilité des preuves et la source.
Parmi les exemples discutés figuraient « la température moyenne mondiale a augmenté de 1,1 °C depuis l’ère préindustrielle » et des informations contenant des concepts scientifiques déformés telles que « le froid récent prouve que le réchauffement climatique n’existe pas ». Cette activité a ainsi invité les élèves à distinguer les informations fiables des fausses informations, de comprendre les techniques de manipulation de l’information et de développer des compétences pour questionner, débattre et justifier des réponses critiques à des contenus trompeurs.
La deuxième étape est celle de l’autonomie critique. Chaque élève a été encouragé à rechercher sur internet des informations sur le changement climatique, en sélectionnant une information considérée comme vraie et une autre comme fausse. Il devait ensuite présenter ses choix, en justifiant son classement par des arguments fondés sur les critères étudiés, tels que la plausibilité, la qualité des arguments et la fiabilité des sources à l’aide de concepts scientifiques.
Cette pratique devait permettre aux élèves d’appliquer de manière autonome leur raisonnement critique tout en consolidant leur compréhension des concepts scientifiques.
La troisième étape était celle de l’engagement critique, consistant en une simulation d’une heure de la COP30, au cours de laquelle les élèves ont joué le rôle de représentants de différents pays signataires de l’accord sur le climat. Une semaine à l’avance, les élèves se sont préparés en effectuant des recherches sur le pays choisi, en justifiant leur choix et en identifiant les principaux problèmes liés au changement climatique auxquels ce pays est confronté.
Par exemple, ceux qui représentaient Trinité-et-Tobago ont souligné la vulnérabilité des iles à l’élévation du niveau de la mer. Les représentants du Maroc ont, quant à eux, mis l’accent sur l’augmentation des phénomènes climatiques extrêmes, tels que les vagues de chaleur et les sécheresses. Le groupe d’élèves du Brésil a abordé la déforestation et la préservation de l’Amazonie.
Au cours du débat, chaque groupe a élaboré des propositions d’action climatique en tenant compte des intérêts économiques et politiques du pays, identifié les alliés et les adversaires dans les négociations et discuté des concessions possibles et des accords minimaux acceptables.
À titre d’exemple, les représentants du Maroc ont proposé d’investir dans les énergies renouvelables, en équilibrant la croissance économique et la réduction des émissions, tandis que le groupe représentant le Brésil a défendu des politiques de préservation de l’Amazonie combinées à des incitations économiques pour les agriculteurs, conciliant ainsi protection de l’environnement et développement local.
En outre, les étudiants ont discuté de questions complexes impliquant des dilemmes mondiaux, tels que les politiques de santé publique face à l’augmentation des maladies transmises par les moustiques, les stratégies visant à réduire la pollution atmosphérique et les décisions relatives à la production alimentaire, que ce soit par le développement de variétés génétiquement modifiées résistantes au climat ou par la préservation des méthodes agricoles traditionnelles.
Ces discussions ont stimulé l’analyse critique, l’argumentation raisonnée, la négociation et la réflexion éthique, permettant aux élèves d’appliquer des concepts scientifiques appris précédemment à des situations réelles de prise de décision internationale.
La simulation a également favorisé les compétences de collaboration, d’empathie et de compréhension des défis politiques et économiques qui influencent les négociations sur le changement climatique, rapprochant les élèves de la réalité des COP et renforçant leur capacité à formuler des propositions durables et équilibrées face aux conflits d’intérêts mondiaux.
L’expérience de la simulation de la COP30 s’est avérée extrêmement enrichissante tant pour les élèves que pour nous. En tant qu’enseignants, cette activité nous a permis de comprendre l’intérêt d’aborder des questions réelles et complexes en classe, en faisant le lien entre science, politique et société, et en encourageant les élèves à prendre des initiatives.
Pour mettre en œuvre quelque chose de similaire, il est essentiel d’organiser la séquence pédagogique en plusieurs étapes, en laissant du temps pour la recherche, la réflexion et la préparation préalable, et en structurant des critères clairs d’analyse et de débat tel que les enjeux des nations et les notions d’alliances, de compromis, mais aussi les clivages et les contradictions.
Parmi les défis, nous avons constaté, d’une part, la nécessité d’une médiation attentive pour que tout le monde participe, et d’autre part, la quantité d’informations disponibles sur internet, qui nécessitent une orientation par un questionnement constant. Malgré ces difficultés, l’expérience a montré que des simulations telles que la COP peuvent transformer l’apprentissage des concepts scientifiques, le rendant critique, participatif et connecté à la réalité du monde.
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