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Plan de travail et classe flexible au collège
Dans un collège REP, des élèves de 6e, 5e et 4e ont pu bénéficier d’une pédagogie flexible dans le cadre des cours d’allemand. Durant le troisième trimestre, l’introduction de plans de travail très simples à utiliser a représenté un puissant levier de mobilisation, et a permis de mieux adapter les enseignements aux besoins des élèves.Je m’intéresse à la pédagogie par plan de travail depuis six ou sept ans, et pendant longtemps, je n’arrivais pas à la mettre réellement en place dans mes cours. Je l’avais découverte grâce au professeur de CP de ma fille, et je m’étais documentée sur cette pédagogie. Dans le premier degré, l’enseignement s’organise sur la journée. Or, je n’arrivais pas à trouver comment proposer une pédagogie par plan de travail sur le temps court de 55 minutes qui contraint l’enseignement au collège.
En 2025, j’ai eu la chance de participer à un travail de recherche sur les aménagements flexibles avec Sylvain Connac. Au fil des séances de formation et de réflexion, j’ai pu bénéficier de l’expérience de collègues déjà engagés dans la démarche, notamment plusieurs enseignants du collège Silve de Monteux (Vaucluse)1.
C’est à la suite de ces différentes rencontres, mais également grâce aux éléments de réflexion que Sylvain Connac nous a apportés, que j’ai décidé de me lancer. Durant l’année scolaire 2025-2026, grâce à une dotation dans le cadre du dispositif Nefle (Notre école, faisons-la ensemble), j’ai pu installer dans ma classe du matériel flexible (assises variées, casques anti-bruit).
Au cours du troisième trimestre, j’ai trouvé l’idée qui allait me permettre d’instaurer une pédagogie flexible facilement grâce à l’utilisation de post-it. J’ai donc proposé, une fois par semaine, une pédagogie par plan de travail qui répond à deux objectifs : maintenir les élèves actifs durant les séances placées à des horaires défavorables, et répondre aux besoins de tous les élèves, notamment la tête de classe qui peut parfois s’ennuyer dans un collège REP où l’on rencontre une forte proportion d’élèves à besoins particuliers.
Une pédagogie flexible constitue un outil qui va améliorer le climat de la classe ainsi que la relation à l’enseignant, mais c’est également un moyen de mettre en place une réelle pédagogie différenciée.
Au cours du premier trimestre, j’ai installé dans ma classe deux tables pour travailler debout, huit coussins, quatre sièges culbutos, cinq casques anti-bruit.
J’ai adopté un système d’ordre de priorité tournant : les élèves reçoivent un permis de classe flexible avec un numéro différent pour chacun, déterminé en fonction de l’ordre alphabétique. À chaque cours, j’appelle les numéros en allemand, les élèves entrent dans la salle au fur et à mesure et choisissent leur place et leur assise. Le cours d’après, on décale au numéro suivant.
Mes craintes concernant l’abandon du plan de classe et le risque de bavardages se sont révélées infondées, hormis pour quelques élèves particulièrement bavards, à qui j’ai retiré le permis, et imposé une place dans la classe.
Le système des numéros se révèle assez contraignant, et j’ai été obligée, dans plusieurs classes, de demander à ce que les élèves montrent leur numéro, car certains cherchaient à tricher et passer avant que leur numéro ne soit appelé. Je pense que ce système un peu fastidieux sera amené à évoluer.
Ce dispositif a rencontré un franc succès chez les élèves de 6e, 5e et 4e. De leur côté, les 3es ont très majoritairement conservé les assises classiques. Cette attention portée au bienêtre des élèves semble avoir amélioré le climat de la classe. Cependant, les bénéfices étaient encore très modérés sans la mise en place d’une pédagogie adaptée.
C’est pour cela qu’au troisième trimestre, j’ai étendu cette flexibilité à ma pédagogie, en commençant par ma classe de 5e LV2, un groupe de vingt-et-un élèves très motivés et enthousiastes.
J’ai mis en place un système très simple de post-it numérotés, qui permettent à l’enseignant de choisir et déterminer très facilement dans quel ordre les fiches de travail sont proposées. Chaque classe s’est vu attribuer une couleur de post-it, ce qui m’a permis de travailler avec les mêmes supports pour deux classes d’un même niveau.
Toutes les consignes sont rédigées en allemand et en français, et les tâches à effectuer sont simples à réaliser seul : relier un mot à sa traduction, recopier un mot allemand sous la bonne image, etc.
Les premiers élèves qui ont terminé viennent me voir pour que je vérifie leur travail, puis vont écrire leur prénom sur le post-it correspondant. Ils deviennent alors experts, et les autres élèves peuvent venir faire vérifier leur travail auprès d’eux, pour devenir experts à leur tour.
Les plans de travail sont complétés au fur et à mesure et ramassés à la fin de l’heure. Sur chaque plan de travail individuel figurent le nom et le prénom de l’élève, puis une ligne pour chaque document, sur laquelle chacun inscrit le titre de la fiche et la date à laquelle le travail a été terminé (dix lignes en tout). Au bout de deux ou trois séances, en fonction du nombre de lignes complétées sur le plan de travail, je leur attribue une note dans le domaine de compétences « Les méthodes et outils pour apprendre ».
Lors de la première séance, l’enthousiasme des élèves de 5e LV2 m’a incitée à déployer le dispositif en 6e bilangue, 5e bilangue et 4e LV2.
J’ai choisi de proposer cette forme de travail une fois par semaine, le jeudi après-midi, sur une demi-journée où les cours étaient particulièrement difficiles, la fatigue des élèves (et la mienne) étant peu propices à un travail en classe entière. Cette organisation nous a libérés des tensions fréquentes du jeudi après-midi.
Plusieurs élèves ont été motivés par ce système centré sur le travail individuel et ont cherché à finir rapidement pour devancer les autres. Cela a beaucoup motivé plusieurs élèves à besoins particuliers, qui se sont sentis stimulés par cet esprit d’émulation. Le système d’élève-ressource, reposant sur la coopération et la correction par les pairs, a valorisé et motivé une grande partie de la classe.
Sans surprise, j’ai constaté que certains élèves finissaient cinq à six fiches de travail par séance tout en exerçant la fonction de ressource auprès des autres, quand d’autres élèves parvenaient à peine à terminer une ou deux fiches. Face à ce problème, j’ai donc dû prévoir des activités supplémentaires pour les élèves plus performants (mots mêlés, mots croisés).
L’ensemble des activités proposées invite l’élève à s’entrainer à écrire en allemand, à mémoriser le lexique de la séquence, et à réfléchir à la construction lexicale de la langue allemande. Cet enchainement de tâches vise à consolider la maitrise du lexique afin de préparer l’élève aux tâches plus complexes qui lui seront demandées à la fin de la séquence, notamment la production d’écrits.
D’ailleurs, j’ai constaté qu’il fallait bien choisir l’ordre des activités, de façon à ce que tous les élèves aient les documents nécessaires lors des séances de travail en classe entière : pour les élèves moins rapides, j’ai veillé à ce qu’ils travaillent les notions essentielles en premier.
En fin d’année, une baisse de la motivation de plusieurs élèves est apparue. J’ai même dû intervenir pour qu’ils reprennent une dynamique d’apprentissages. Par exemple, un élève avait effectué un exercice sans recopier le mot allemand, en se contentant de mettre le numéro ou la lettre correspondant au mot. Or, le geste d’écrire le mot me semble essentiel dans son acquisition. Trois élèves avaient plus bavardé que travaillé, ou n’avaient pas collé les fiches de travail dans le cahier, alors que c’était une condition pour valider l’étape du plan de travail.
Pour finir, certains élèves réservés ont pu se faire oublier dans cette ambiance de fourmilière. Lors de la première séance par plan de travail en 6e, je n’ai compris qu’à la fin de l’heure qu’un de mes élèves était resté bloqué sur un exercice sans oser demander de l’aide, ni à moi ni à ses camarades.
À ce jour, je suis satisfaite de ce premier jet. Beaucoup de choses restent encore à améliorer, mais le travail par plan de travail a sauvé mes jeudis après-midi du troisième trimestre, et a beaucoup contribué au bon climat de mes classes, sans me demander des heures de préparation.
Les « bons » élèves ont pu travailler au-delà de leur rythme de croisière, sans être bloqués par l’avancée du reste de la classe. Je pense que je dois encore structurer l’autonomie chez ces adolescents, pour être encore plus présente avec les élèves qui ont besoin de me solliciter.
J’envisage aussi d’étendre le dispositif aux classes de 3e. Je pense conserver pour toutes mes classes deux heures hebdomadaires de travail en classe entière et une heure de plan de travail, afin de varier les formes d’apprentissage. Je ne me sens pas encore prête à enseigner la grammaire et la prononciation de manière flexible. En effet, cette forme de travail se prête plus particulièrement à l’entrainement des activités langagières écrites. Mais je réfléchis à des activités qui pourraient étendre le champ des compétences enseignées.
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Aménagement flexible et relations sociales au collège », par Célia Herz, Nadège Witkowski et Marion Tellier (accès payant)
Classe flexible et compétences psychosociales, par Loïs Maunier, Émilie Schneider et Aurélie Pasquier
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Notes- Voir cet article : « Aménagement flexible et relations sociales au collège » (accès payant).



