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« On n’apprend pas en jouant mais en réfléchissant à la partie de jeu ! »

Couverture du n° 605, « Jouer pour apprendre », avril-mai 2026

Utiliser le jeu dans les apprentissages, c’est améliorer le climat de classe, diversifier ses pratiques pédagogiques, susciter un réel engagement des élèves et favoriser l’entrée dans les apprentissages. Mais comment l’intégrer dans sa pédagogie ? Comment faire évoluer le regard porté sur le jeu à l’école ? Les réponses d’Aurélie Privé et Baptiste Hebben, qui ont coordonné notre récent dossier autour de la ludopédagogie, « Jouer pour apprendre », un sujet encore peu traité que le n° 605 des Cahiers pédagogiques invite à explorer.
D’où est née l’idée de faire un dossier sur ce thème ?

La ludopédagogie est un thème assez peu traité : peu d’ouvrages de sciences de l’éducation abordent ce sujet, et c’est souvent l’enseignement au primaire qui est l’objet d’étude. Il est difficile de trouver des exemples concrets d’utilisation de jeux destinés à des élèves du secondaire.

Pourtant, les jeux pédagogiques présentent de nombreux avantages, même pour des élèves plus âgés, à condition de les accompagner d’un cadre bien réfléchi. L’idée était donc de pouvoir faire une sorte d’état des lieux des pratiques chez les enseignants, mais également – car c’est la force des cahiers – d’avoir l’avis de chercheurs et de mettre en évidence d’éventuelles controverses au sein des pratiques. C’est pourquoi un numéro des Cahiers sur ce thème, qui permet de découvrir différents points de vue mais aussi des mises en situation très concrètes, semblait tout à fait intéressant. Et nous n’avons pas été déçus par les contributions reçues !

Les dessins animés pour enfants sont devenus très colorés, très rapides et le temps d’écran ne cesse d’augmenter. Cela entraine notamment une plus faible tolérance des enfants à l’ennui. Pensez-vous que, dans ce contexte, le jeu permettrait de pallier les difficultés d’attention des élèves ?

En matière de pédagogie, il n’existe pas de recette miracle, et le jeu ne fait pas exception. Il est néanmoins un outil pédagogique qui va s’articuler ou compléter d’autres dispositifs visant à favoriser l’implication et l’investissement des élèves. Car même s’il suscite l’intérêt des élèves dans un premier temps, ce temps de jeu reste un moment de travail. Mais il est vrai que le format d’un jeu pédagogique offre un cadre plutôt agréable : les élèves échangent librement, testent des stratégies, peuvent se tromper sans conséquences au sein d’une activité qui excède rarement la demi-heure. Tout ceci convient à une majorité d’élèves, même ceux présentant des troubles de l’attention.

Jouer est-il essentiel au processus d’apprentissage et quels effets bénéfiques du jeu en classe la recherche a-t-elle mis en évidence ?

Les enfants jeunes jouent naturellement, et apprennent en jouant. Ces moments de jeu font partie du temps scolaire à l’école maternelle, puis disparaissent des programmes. L’appétence des adolescents pour les jeux vidéos laisse pourtant supposer que le plaisir de jouer reste présent, même en grandissant. Il semble très difficile de mesurer les bénéfices des jeux pédagogiques sur les apprentissages. Les rares études tentent à montrer que ces outils favorisent l’adhésion des élèves, mais au même titre qu’une activité manipulatoire.

Le climat scolaire en revanche s’améliore, les enseignants comme les élèves le ressentent. Comme évoqué précédemment, la pratique du jeu permet de cocher un grand nombre de cases parmi les facteurs qui, selon la recherche, favorisent l’entrée des élèves dans les apprentissages. C’est en ce sens qu’il faut mesurer les effets bénéfiques.

Pourquoi oppose-t-on encore le jeu et l’apprentissage et comment faire évoluer cette perception ?

Le jeu, ce n’est pas sérieux ! L’école, si… L’idée que l’apprentissage ne se fait qu’au prix d’efforts importants reste une idée répandue, dans les familles mais aussi au sein même de l’école. De même, certains enseignants peuvent éprouver des réticences à une certaine forme de lâcher prise inhérente à la pratique du jeu en classe. La peur de ne pas réussir à gérer sa classe peut les freiner.

Pour faire évoluer cette perception, il faut jouer ! La formation initiale et continue des enseignants et l’échanges de pratiques sont de bons moyens d’aider des collègues intéressés par cet outil pédagogique. Tout comme la lecture de ce dossier ! À chacun ensuite de se l’approprier.

Comment intégrer le jeu dans ses pratiques pédagogiques ? Y a-t-il des points d’attention à avoir à l’esprit ?

Jouer en classe ne s’improvise pas. Utiliser un jeu pédagogique pour apprendre nécessite bien entendu des points d’attention : avoir bien conçu son jeu pour qu’il réponde aux notions ou compétences ciblées et que les règles soient assez simples, avoir prévu l’organisation matérielle, spatiale et temporelle du temps de jeu en classe, prévoir également de garder une trace de ce moment de jeu pour l’exploiter ensuite, car on n’apprend pas en jouant mais en réfléchissant à la partie de jeu !

La lecture du dossier permettra aux enseignants et enseignantes souhaitant tester le jeu en classe d’obtenir des conseils précieux et de s’appuyer sur l’expérience des collègues. Certains auteurs ont même mis à disposition des jeux « clés en main », prêts à l’emploi !

Propos recueillis par Léane Cras

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Couverture du n° 605, « Jouer pour apprendre », avril-mai 2026