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Lire chaque jour en classe pour amener les élèves au plaisir de la lecture

Le principe du dispositif national « Quart d’heure de lecture » (appelé aussi « Silence on lit ! ») ? Instaurer dans chaque classe une pause lecture quotidienne de quinze minutes afin d’inciter les élèves à lire et développer le plaisir de lire. Un exemple de mise en œuvre en cours élémentaire.

Dans notre école, nous avons mis en place un quart d’heure lecture de la petite section au CM2. Nous avons harmonisé les pratiques de ce temps au sein des classes afin de lui donner une dimension collective et qu’il s’inscrive au fil des ans dans les habitudes des élèves. Dans toute l’école, adultes et enfants, en début d’après-midi, lisent au choix un livre pris dans le coin bibliothèque de la classe ou apporté de la maison. Les élèves du dispositif ULIS vivent ce temps dans leur classe de référence afin de partager ce moment propice au calme et au plaisir.

J’ai testé cette pause lecture dans ma classe de CE1-CE2 ces dernières années. Très vite, les enfants se sont enthousiasmés pour ce dispositif. Prendre le temps de lire un livre que l’élève a pu choisir librement, juste pour le plaisir, sans consigne du maitre ou de la maitresse, ce n’est pas une pratique courante à l’école, et cela plait beaucoup. Si ce n’est pour le plaisir de lire, cela l’est au moins pour l’apaisement que cela procure au sein de la classe, de l’école entière.

Mais il est essentiel de ne pas perdre de vue notre objectif : développer le gout pour la lecture. Je constate rapidement que cela ne va pas de soi pour tous les enfants.

Certains enfants s’emparent très vite de ce temps, savent faire des choix en fonction de leurs gouts et prennent un réel plaisir à lire. D’autres sont indécis, rencontrent des difficultés à se concentrer, à avancer dans leur lecture, et attendent que le temps passe en subissant. Certains enfants « papillonnent » et changent de support plusieurs fois : « Je sais pas quoi lire. » D’autres s’essaient à des discussions entre camarades ou observent les autres en attendant que le sablier s’écoule. Certains encore dessinent discrètement dans leur case. Enfin, il y a ceux qui miment l’attitude du lecteur, les yeux posés sur leur livre, mais qui promènent leur esprit en dehors des murs de la classe…

L’accompagnement essentiel de l’enseignant

Certains élèves ont besoin de plus d’accompagnement pour aimer la lecture. Je prends donc le temps d’observer mes élèves pour mieux comprendre leurs difficultés et identifier ainsi les obstacles à lever. Ceux-ci sont de trois ordres essentiellement :

  • difficultés de décodage et de compréhension ;
  • difficultés à lire longtemps, à se concentrer ;
  • difficultés à choisir un livre parmi ceux proposés.

Dans un premier temps, je prends soin d’aménager la classe différemment. J’ai organisé l’espace-classe afin d’offrir davantage de flexibilité avec diverses assises et matériel de bienêtre et permettre aux élèves d’être bien dans leur corps, favoriser la détente et donc la concentration.

Les enfants s’installent dans la posture de leur choix : assis, debout, couché. Des coussins et différentes assises sont mis à leur disposition : tabouret flexible, support portable, chaise, tapis, ballon de yoga, etc. Des accessoires aussi pour palier certaines difficultés : casque antibruit, règles de lecture (petite réglette qui présente une fenêtre rectangulaire au centre permettant d’isoler une phrase ou une ligne) ou chuchoteurs (outil permettant d’oraliser la lecture chuchotée qui s’utilise comme un combiné téléphonique à l’ancienne à travers lequel l’élève s’entend lire) par exemple.

Des binômes pour une lecture partagée

Dans un second temps, je m’appuie sur les pratiques coopératives existantes dans la classe pour amener les élèves à collaborer durant ce quart d’heure. Partager la lecture avec un pair favorise la compréhension et donne une dimension sociale à la lecture, deux aspects qui, renforcés, faciliteront l’accès au plaisir de lire.

Des binômes se forment donc par affinités, ils se partagent la lecture ou l’un lit à l’autre, ou encore l’un lit, l’autre relit. Ils découvrent ou redécouvrent aussi la lecture dialoguée. J’incite les binômes à sélectionner telle ou telle pratique selon leurs besoins et envies. Des ateliers sont également mis en place favorisant la coopération comme les cercles de lecture1 ou la pratique du kamishibaï.

Ces temps d’échange deviennent aussi des temps de partage avec les familles. Dans les classes, à certains moments de l’année, les parents viennent lire aux enfants, et inversement. La dimension affective liée à la lecture s’en voit ainsi renforcée.

Aider les élèves dans leurs choix de lecture

Enfin, je veille à ce que les lectures proposées soient diverses et qu’il y en ait « pour tous les gouts », comme la note de service Construire le parcours d’un lecteur autonome le préconise : « Les lectures proposées aux élèves sont diversifiées, allant des différents genres de la littérature de fiction à la poésie, aux œuvres documentaires, à la littérature d’idées et à la presse d’information et scientifique. » Les élèves ont accès au coin bibliothèque de la classe, à la bibliothèque de l’école et ils peuvent aussi apporter des livres de la maison.

La coopérative scolaire finance également des abonnements : à des livres d’une maison d’édition de littérature de jeunesse et à un quotidien d’actualités pour enfants. Avoir à choisir soi-même est excitant pour certains élèves, mais d’autres ne se connaissent pas et doivent construire leur identité de lecteur pour faire des choix qui leur correspondent. Ainsi, nous organisons régulièrement des présentations de livres lors des cercles de lecture ou des conseils de classe. Les livres sont rangés en classe par genre de textes, et les principaux genres ont fait l’objet d’une séquence spécifique de lecture pour en dégager les caractéristiques essentielles. Des affichages sont aussi mis en place pour aider les élèves indécis :

  • mur de poésie : lorsqu’un élève a un coup de cœur pour une poésie d’un des recueils de la classe, il peut la copier et l’illustrer et l’offrir en partage en l’affichant sur le mur dédié aux textes poétiques ;
  • porte des post-it littéraires : une sélection d’albums ou romans de littérature de jeunesse est exposée ; après lecture, les élèves rédigent leur avis sur un post-it affiché sur la porte.

Au fil de l’année, les élèves apprennent à formuler des choix et se concentrent sur des temps de plus en plus longs. Ils sont de plus en plus nombreux à vouloir poursuivre la lecture de leur livre en dehors de cette pause en l’emportant en récréation ou à la maison. Les élèves sont très attachés à leur quart d’heure de lecture durant lequel, avec quelques aménagements dans le souci de l’adapter à tous, plus ou moins éloignés de la culture littéraire et de l’habitude de fréquenter les écrits, l’acte de lire devient indubitablement un moment de plaisir.

Virginie Bricart-Talleu
Enseignante-maitresse formatrice, école George-Sand de Wattignies (Nord)

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Couverture du numéro 601, « Faire vivre la littérature »

Notes
  1. Serge Terwagne, Sabine Vanhulle et Annette Lafontaine, Les cercles de lecture, De Boeck, 2001.