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Les sciences, terrain pédagogique fertile
Éric Venaille est enseignant en sciences physiques et chimie au collège Montesquieu d’Orléans. Les projets et le partage nourrissent sa motivation et son engagement dans son métier. Ce qui le réjouit : des élèves investis et intéressés par les activités proposées en classe ou via les clubs de sciences – même si tous n’assimileront pas la totalité du programme – et les échanges avec les collègues enseignant à tous les niveaux, source inépuisable d’apprentissage.Pour Éric Venaille, le métier d’enseignant est une deuxième carrière, après avoir exercé comme ingénieur dans le domaine des travaux publics, un diplôme de l’école Centrale de Paris (aujourd’hui CentraleSupélec) en poche. Être prof l’attirait depuis un moment : il donnait déjà des cours individuels à des étudiants en classe préparatoire puis avait suivi des élèves à besoins particuliers. « Une psychiatre m’envoyait des élèves, car elle savait que j’avais une sensibilité particulière pour ce type de suivi. »
Il franchit le pas en devenant formateur en mathématiques dans un centre privé de formation pour apprentis puis en physique-chimie auprès d’une classe préparatoire aux études de kinésithérapie. L’expérience dure neuf ans, jusqu’en 2016. Sur les conseils d’une enseignante formatrice, il s’inscrit alors en master MEEF (Métiers de l’enseignement, de l’éducation et de la formation) pour préparer le Capes en sciences physiques, qu’il obtient dans la foulée. Pendant son année de stage, il passe avec succès l’agrégation et il est nommé au collège Montesquieu, à Orléans. « J’ai été un peu déçu, car je pensais qu’en tant qu’agrégé, j’aurais un poste en lycée. C’était en fait un mal pour un bien, car je m’éclate ! »
Rapidement, une inspectrice lui propose d’intégrer un groupe de formateurs sur les troubles spécifiques du langage (TSL). Il intervient en binôme pour des formations de deux jours sur les troubles dys, puis également sur les neurosciences et le « apprendre à apprendre ». L’initiative peut se poursuivre sur un accompagnement pour « former le collège tout entier et créer une communauté apprenante ».

Formation en Espagne à Valladolid pour la mission laïque française avec sa collègue formatrice Guylaine Moreau. © DR.
Il participe à la création d’un groupe de formateurs en physique-chimie pour décliner le « apprendre à apprendre » dans la discipline en partageant « les outils que l’on peut utiliser pour aider les élèves à apprendre en physique-chimie ». Le groupe travaille également sur les troubles dys. « Il n’y a pas de plan d’accompagnement personnalisé spécifique pour notre matière, alors qu’elle nécessite de lire et d’écrire. »
En 2019, à la demande de son principal, il constitue une équipe qui met en place une formation en neurosciences pour sept classes de 6e, qui met l’accent sur l’attention, la compréhension, la mémorisation et le retour sur l’erreur. Quatorze intervenants sont mobilisés. « On voit encore les effets des années après. » L’initiative perdure, organisée sur les créneaux « devoirs faits », mais elle est désormais fragilisée par les incertitudes de financement.
Une expérience de cogni’classes a été menée avec trois classes de 5e puis de 4e, dont une Segpa (Section d’enseignement général et professionnel adapté). « On s’est aperçu que cela essaimait, on a transformé l’expérience en communauté apprenante. Les enseignants qui n’avaient pas participé aux cogni’classes ont été formés aux neurosciences, les autres se sont perfectionnés. » Les élèves sont impliqués, certains sont chargés de centraliser les informations, d’organiser des réunions pour partager les outils, apprendre des uns des autres.
Côté équipe pédagogique, les pratiques se partagent sur la gestion de classe, la pédagogie avec des initiatives variées, classe inversée et plan de travail notamment. « La communauté est volontaire. Nous avons des réunions régulières. Ça avance tranquillement, chacun met sa pierre à l’édifice et partage. »
Au collège Montesquieu, les projets foisonnent, avec une équipe de soixante enseignants environ, investie auprès des 630 élèves. L’établissement est situé en réseau d’éducation prioritaire (REP), dans un contexte où « beaucoup d’élèves ne donnent pas de sens à l’école ». Éric Venaille cite l’organisation en classe flexible « qui permet aux élèves d’être maitres de leurs apprentissages ». Ou encore, « les experts Montesquieu », support d’une enquête scientifique menée par deux classes en physique-chimie et en SVT, un projet mené en coanimation.
« Pour les projets, c’est énormément de travail au départ mais c’est super. On continue car les élèves s’engagent, ils sont avec nous. » L’accent est mis aussi sur les compétences psychosociales, avec en particulier le dispositif « unplugged », destiné à la prévention des addictions. L’enseignant participe au programme, composé de douze séances, auprès d’une classe qu’il n’a pas, afin de « faciliter le dialogue ».
Les effets de la communauté apprenante et des projets sont difficiles à évaluer. Il constate cependant que « les enseignants et les élèves parlent le même langage », ce qui permet l’expression et l’écoute, avec des discussions sur la motivation ou les difficultés rencontrées.
Dans le collège, il anime aussi deux clubs sciences, en vue, notamment, de présenter chaque année un projet innovant. Par exemple, les élèves travaillent sur la fabrication de plastique à partir de la kératine de cheveux et de sa possible utilisation pour l’emballage alimentaire. Ils ont présenté l’année dernière leur projet à la finale nationale du concours CGénial à la Cité des sciences.

Participation à la finale nationale du concours CGénial en 2025 avec le projet « plastifs ». © DR.
Cette année, ils approfondissent et améliorent leur protocole à l’université d’Orléans et effectuent les tests de résistance à l’école d’ingénieurs Polytech, afin de concourir à nouveau. « L’objectif, c’est de leur expliquer la démarche et de les laisser faire. Ils apprennent à tout noter, à faire un schéma sans que ce soit au prof de leur dire de le faire. »
Ils expérimentent la démarche scientifique et l’importance de la rigueur d’un protocole, travaillent en équipe en respectant l’autre et les compétences de chacun, s’appuient sur l’accompagnement d’élèves ingénieurs et de scientifiques. « Certains sont bons en sciences, d’autres à l’oral, d’autres encore ont plein d’idées. Dans le groupe, un élève du dispositif ULIS s’éclate à l’ordinateur. » Dans le club de sciences, un autre groupe prépare le défi First Lego League, qui investit le champ de la robotique.

Participation à la finale régionale de la First Lego League en 2025. © DR.
Il y a deux ans, un projet impliquant une classe de 4e avait abouti à la création de « l’idiophone orchestra », avec des instruments construits à partir de tubes de PVC ou par l’impression 3D. L’expérience s’était conclue par un mini concert dans une salle de l’université d’Orléans, « un de mes plus beaux souvenirs », confie Éric Venaille. « Le but, c’est de les éveiller sur plein de domaines. Relier arts et sciences, c’est important. »

Participation à la finale nationale du concours CGénial en 2024 avec le projet « idiophones orchestra ». © DR.
Depuis l’an dernier, l’enseignant contribue également à une option informatique en 3e, qui concerne cette année quatorze élèves volontaires pour « être formés en vraie informatique, au html puis au langage Python ». Là aussi, l’université est partenaire. Un universitaire a lancé le défi de créer un site internet html sur Alan Turing. « Les élèves sont investis, ils se sont réparti les tâches. » L’intelligence artificielle sera ensuite au programme, pour comprendre son fonctionnement.
Il partage sa passion pour l’enseignement des sciences physiques sur les réseaux sociaux et dans des communautés de pratiques au sein de l’académie d’Orléans-Tours. « Les échanges de pratiques, c’est fondamental. On a tous des écueils, des choses qui ne marchent pas. Cela permet de voir comment ça a marché ailleurs, de prendre d’autres éléments. »
Il accompagne des projets innovants pour la Cardie (Cellule académique recherche, développement, innovation et expérimentation) et il est référent physique-chimie pour le Loiret. « J’adore accompagner de nouveaux collègues, observer les pratiques, faire réfléchir sur elles avec bienveillance puis travailler quelques pistes. »
Pour le département toujours, il est référent dans le domaine de la culture scientifique et technique. À ce titre, il coordonne les Rencontres jeunes chercheurs, un évènement où des élèves de la maternelle au supérieur présentent leurs projets. « L’année dernière, il y avait 200 participants, cette année, sans doute beaucoup plus. C’est amusant de voir les CE2 passionnés par ce qu’ils font, les CM2 qui pestent parce que cela ne marche pas. Maintenant, de l’organiser, cela m’ouvre des liens avec les universités et les partenaires. »

Conférence d’André Brack à la journée des Rencontres jeunes chercheurs en mai 2025 à l’université d’Orléans. © DR.
Ses activités ne s’arrêtent pas là. Il apprécie aussi d’intervenir de temps à autre à l’université, de former des publics adultes, de faire passer des oraux dans une école d’ingénieurs. « Quel que soit le niveau, j’adore. Je m’enrichis chaque année des gens que je rencontre, j’apprends en permanence des élèves, de mes collègues. »
Il se régale d’enseigner au collège, là où les projets sont possibles, où les programmes peuvent être abordés différemment, contextualisés et au service des apprentissages. « Les meilleurs élèves maitriseront les contenus, les autres auront au moins acquis des compétences. » Il raconte les projets menés avec les classes de Segpa, en collaboration avec les enseignants en atelier, la fabrique de savon avec de l’huile d’olive et du lierre ou encore celle de fusées avec du bicarbonate et du vinaigre. « L’enseignement me passionne, plus dans le partage que dans la transmission. Quand les élèves ouvrent les yeux tout grands, qu’ils posent des questions, alors, c’est bon. »
Idiophones Orchestra – La vidéo https://www.youtube.com/watch?v=k3uJMDH6EaQ
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