Monique Argoualc’h, autoédition, 2021

 

Monique Argoualc’h, a enseigné quinze ans en « classe relais » au service des élèves s’éloignant de plus en plus de l’école, de plus en plus tôt, ou au pire l’abandonnant sous les yeux de leurs enseignants et leurs parents désemparées (à Brest, de 2001 à 2016). Dans cet ouvrage, l’auteure rend un témoignage vivant de ce travail mené avec ces jeunes de 11 à 15 ans à partir de son travail au quotidien, et de ses notes fidèlement tenues dans son journal.

Elle retient le vocable de *Dispositif relais* au détriment de *Classe relais* à la hauteur de deux à trois demi-journées de la semaine de l’écolier. Il s’agit de donner à ces élèves, les moyens de se resocialiser, de se remobiliser sur les savoirs scolaires et de réembarquer dans leur classe ordinaire, au collectif de la classe et ne pas être relégué dans la classe relais.

La démarche pédagogique telle qu’est exposée s’ancre dans un accompagnement basé sur la coéducation avec la famille. En arrière-plan nous relevons un postulat fort de confiance et de partage dans le travail avec les familles : « Il est difficile d’être parent. • Il n’existe pas une bonne façon de l’être. • Les familles ne sont pas démissionnaires. Elles sont prêtes à collaborer pour le bien et l’intérêt de leur enfant. • Le dialogue entre parents et école, et la confiance mutuelle influent sur la qualité du travail avec les élèves. • En croisant les savoirs, nous pouvons améliorer notre accompagnement et notre écoute. » (p. 26) On connait bien l’adage : « Il faut tout un village pour élever un enfant ! » Dans ce cadre, les familles sont entendues en toute authenticité sur leurs espoirs qu’elles mettent dans l’école. C’est dès lors dans ce cadre que le jeune signe son envie de se relier et de « s’accrocher » à l’école.

La démarche pédagogique privilégie la construction de l’image de soi qui s’est dégradée parfois dès le début de la scolarité ainsi que l’autonomie d’apprendre. Et cela, en veillant sur des plus petits groupes de jeunes adolescents, en les rendant conscients qu’ils sont capables d’apprendre, d’aider, de se faire aider, de transmettre et même à plus anciens !

Le type de travail scolaire privilégie les modalités de projet, dans des tâches complexes, en ne simplifiant pas le travail, en cherchant le sens, les liens, ancrées dans le réel, « en faisant pour de vrai ». Cela permet à ces jeunes de reémbrayer dans les apprentissages avec une confiance renouvelée, dans ce que l’on sait faire et ce qu’il nous reste à apprendre ; en intégrant le plaisir d’apprendre, les jeunes ensemble affrontent la peur d’apprendre pour la dépasser (Serge Boimare).

L’auteure donne à voir quelques outils pédagogiques, comme le plan de travail à l’appui d’une feuille de route contenant le travail individuel de l’élève ainsi que le travail collectif. Une table-ronde est organisée en début de chaque demi-journée pour réajuster le plan de travail, ou les avancées et comprendre mieux les obstacles, pour organiser le travail collaboratif des élèves. L’enseignante rédige des fiche-infos avec le travail à faire chaque semaine, un peu à la manière d’une classe inversée. Elle intègre les apports du numérique (Twitter, recherches sur internet, travail avec un robot, etc…). Les moments passés dans ce dispositif, sont des réels moments de travail et de réflexivité pour les élèves : un travail que l’enseignante et les élèves organisent, réorganisent pour mieux apprendre. Les élèves tiennent un journal des apprentissages, qui leur permet d’écrire, de matérialiser, de réfléchir sur ce qu’ils apprennent et des diverses modalités, des facilitateurs ou des obstacles encore à franchir. Il y a aussi des bilans d’apprentissage, tenus par les élèves, les enseignants et les parents.

Ce projet d’apprendre est ancré dans une rencontre forte avec les ainés. C’est une rencontre improbable entre les adolescents et les personnes âgées, mais programmée, organisée et soutenues par les divers organismes : les plus jeunes apprenant l’usage de l’internet animant des ateliers pour les plus aînés qui sont en résidence (EHPAD), deux fois par semaine dès 2003. Une deuxième rencontre improbable a eu lieu entre ces élèves et les étudiants de l’École de désign de Nantes à propos de l’apprentissage autour du robot humanoïde Nao.

L’auteure met en évidence des traces d’observation de ce que les élèves ont vécu, de leurs transformations en rapport avec l’autre, avec les savoirs et l’école, des apprentissages réciproques entre les élèves et les ainés, de la sollicitude envers l’autre aux règles d’orthographe… Ce passage par le *Dispositif relais* montre comment on peut contribuer en tant qu’enseignant à développer un nouveau rapport au savoir et à l’école, plus confiant, plus apaisé ; des rencontres qui propulsent à nouveau des possibilités de grandir, d’apprendre, de s’ouvrir à l’autre.

Je ne peux qu’inviter fortement le lecteur à découvrir et à s’inspirer du travail pédagogique de cette auteure, à faire exister le « clinamen » pour œuvrer contre les fatalités ou les inégalités des élèves face à l’école, comme l’exprime Philippe Meirieu en préfaçant cet ouvrage.

Andreea Capitanescu Benetti