A travers plus de vingt ans de textes des Cahiers pédagogiques illustrant la pédagogie de la lecture, ou comment on en arrive à lire ou faire lire, qu’est-ce qui vous parait aujourd’hui bien affirmé, et qu’est-ce qui vous parait encore en débat ?

 

 

photo_sylvain_connac.jpgSylvain Connac : Ce qui semble stabilisé, c’est que l’activité de lecture est une activité de communication. On lit ce qui a été écrit par quelqu’un. Son apprentissage dépend de trois déclinaisons à combiner : le déchiffrage combinatoire à partir d’une conscience phonologique, la reconnaissance mnésique des petits mots (ou groupes de mots) fréquents et le sens de ce que l’on lit, ce que l’on comprend du message qui est en train d’être transmis. 

Ce qui est encore en débat, c’est la prise en compte de la diversité des élèves dans ces appropriations et le développement de ces capacités : par quels éléments commencer ? Jusqu’où aller dans l’étayage sans risquer le découragement et l’aversion ? Comment organiser les activités de lecture de telle manière que chacun puisse progresser dans la fluidité d’une lecture comprise ? 
Et puis, bien évidemment, comment former les enseignants à cette didactique tout en les éduquant à la lutte contre les caricatures qui polluent les débats autour de ces questions ?

photo_raoul_pantanella.jpgRaoul Pantanella : L’application de telle ou telle méthode, appuyée rigoureusement ou non sur sa théorie, ne saurait en rien garantir que les élèves apprennent à lire. En allant même au-delà de cette observation commune et en l’inversant, on peut affirmer qu’aucune méthode ne saurait interdire à un enfant… d’apprendre à lire !
Car la pédagogie de la lecture est avant toute chose un artisanat : l’effet-maitre y est déterminant. Plus encore : le maître est la méthode ! Sa présence à l’enfant, la façon dont il le voit et le considère et les dispositifs qu’il invente ou met en œuvre sont le moteur de la stupéfiante activité mentale d’un élève en train de devenir lecteur…

Pouvez-vous me citer quelques phrases qui sont pour vous sont lumineuses dans ce dossier ?

Sylvain Connac : Je retiens celle de Michel Tournier : «Ce qui compte le plus, c’est ce que le lecteur ajoute à l’œuvre ; il écrit la deuxième moitié du texte dont l’auteur n’a écrit que la première moitié.» et une autre, de Jean-Pierre Astolfi : «Lorsque les enseignants utilisent une méthode standard, les difficultés d’apprentissage sont rapportées aux capacités limitées de leurs élèves, mais lorsqu’ils s’écartent des pratiques qui semblent aller de soi, alors c’est leur méthode qui est immédiatement mise en cause.»

Raoul Pantanella : Moi je garde celle-ci, de Jacques Fijalkow : « Ce n’est pas la méthode de lecture au sens strict qui fait problème aux enfants de milieu défavorisé mais, plus généralement, ce que ces enfants vivent dans la classe et hors la classe lors de cet apprentissage. » Et je laisse le dernier mot à Roland Goigoux : « Se limiter au B-A, BA est tout aussi inacceptable que de ne pas le prendre sérieusement en charge. »