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Des bienfaits du déconfinement – Avant-propos du dossier n°570, Apprendre dehors

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il aura fallu l’expérience collective du confinement strict de 2020 pour qu’une dimension de notre quotidien, « infraordinaire », écrirait Georges Perec, fasse unanimement l’objet d’égards renouvelés : le dehors ! Tout à coup, les oiseaux étaient audibles et des mammifères sauvages visibles jusqu’au cœur des villes. L’extérieur inaccessible se transmutait sous nos yeux pendant que parents, enfants et professeurs inventaient une école sans classe dont les écrans devenaient le point nodal. Le retour dans les murs scolaires ne pouvait être envisagé qu’avec protocole et distanciation physique et c’est alors que, suite à quelques pétitions, le ministère de l’Éducation nationale commença à considérer que la classe, oui, pouvait aussi se faire dehors.

L’objet de ce dossier est de montrer qu’au-delà de l’engouement actuel pour la classe au dehors, une riche histoire et de nombreuses initiatives jalonnent le développement de ces modalités pédagogiques, autant dans les milieux formels que non formels d’éducation. Nous avons souhaité en rendre compte à travers des contributions diversifiées d’enseignants, d’éducateurs, de psychopédagogues, d’élus, de chercheurs qui permettent d’adopter un point de vue large, à défaut d’être exhaustif, sur les pratiques et les enjeux du plein-air, historiques et actuels, à travers différents pays (France, Belgique, Suisse et Canada).

Mais de quoi parle-t-on ? D’un extérieur qui offre des espaces d’apprentissage dans lesquels les enfants apprennent et desquels ils apprennent. Ces expériences nourrissent les « trois sortes de maitres » identifiés par Jean-Jacques Rousseau : soi-même, les autres et les choses. L’enseignant et l’éducateur, avec des objectifs différents, les uns plus disciplinaires, les autres plus transversaux, élaborent des stratégies éducatives adaptées, dans une orchestration temporaire, plus ou moins consciente, du processus de formation de l’individu. Du contact avec les éléments naturels et culturels, de l’interaction avec les autres, de la réalisation d’activités scolaires ou extrascolaires se dessine une approche éducative holistique du sujet, c’est-à-dire qui s’enracine dans ses différentes dimensions (cognitive, émotionnelle et corporelle).

Ce dossier n’a toutefois pas vocation à dresser un portrait idyllique de pratiques pédagogiques qui, parce qu’elles auraient lieu à l’extérieur, sauraient pallier les manquements du dedans jusqu’à s’y substituer de façon dogmatique. Il y est plutôt question des avantages et des limites, des bienfaits et des points de vigilance, afin que le dehors soit profitable aux apprentissages.

La première partie, centrée sur les pratiques, est l’occasion de retours d’expériences, majoritairement ancrées en milieu formel, de la maternelle à l’université et à travers différents points de vue disciplinaires (lettres, arts visuels et sonores), etc. Les expériences extrascolaires nous donnent à voir en quoi le contact avec la nature a un intérêt en animation socioculturelle, en particulier auprès de publics dits « sensibles », où les éléments de l’environnement sont les supports d’une médiation vers leur mieux-être.

La deuxième partie, plus théorique, retrace les origines historiques de la prise en compte du plein-air autant à l’école qu’en dehors. On y lira qu’au début du siècle dernier, les préoccupations sanitaires avaient dicté des gestes pédagogiques et architecturaux, quand la toile de fond scolaire était l’éveil aux sciences et quand l’éducation au civisme pouvait prendre la forme du scoutisme. Des travaux de recherche en sciences de l’éducation, sociologie et psychologie de l’environnement permettent de cerner les effets de ce contact avec l’extérieur.

La troisième partie ouvre plus largement sur la nécessité des partenariats entre chercheurs et praticiens, entre milieux formels et non formels d’éducation, entre école et habitants, entre élus de différentes échelles territoriales, pour tisser la toile éducative favorable au développement de l’enfant, dans toutes ses dimensions. C’est sur cette idée de coéducation qu’au-delà de la crise sanitaire, les finalités éducatives, sociales et écologiques des pratiques pédagogiques au-dehors pourront germer, pour préparer en profondeur et faire émerger le monde d’après.

Aurélie Zwang
Maitre de conférences en sciences de l’éducation, université de Montpellier
Jean-Michel Zakhartchouk
Professeur honoraire et formateur

Cet article fait partie du dossier du n°570 des Cahiers pédagogiques, en vente sur notre librairie:

Apprendre dehors

Coordonné par Aurélie Zwang et Jean-Michel Zakhartchouk

Après les confinements successifs, l’intérêt pour les pratiques d’éducation en plein air est grandissant. Inscrites dans l’histoire de la pédagogie, elles sont non seulement mises en œuvre à l’école, de façon régulière ou lors de sorties de terrain plus ponctuelles, mais aussi dans le périscolaire. Il s’agit dans ce dossier d’interroger ce qui s’apprend de spécifique dehors.

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