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Former à et par l’éducation nouvelle : une dynamique européenne
Les 3 et 4 mars 2026, l’Inspé de Lorraine, site d’Épinal, a accueilli deux journées d’études intitulées « Former à et par l’éducation nouvelle au XXIe siècle : un enjeu européen ? ». Près de 300 participants y ont convergé – enseignants, formateurs, chercheurs européens, étudiants et praticiens des mouvements pédagogiques –, toutes et tous animés par une même question : comment former aujourd’hui des enseignants capables de faire vivre une école plus coopérative, inclusive et démocratique ?
Ce projet est né de rencontres entre chercheurs, formateurs et praticiens engagés dans les pédagogies coopératives et dans la réflexion sur la formation à l’enseignement. Tous partagent un même constat : face aux défis contemporains de l’école (inclusion des élèves, hétérogénéité des classes, participation démocratique), les principes de l’éducation nouvelle offrent des ressources toujours fécondes.
Dès le début du XXe siècle, les idées de l’éducation nouvelle ont circulé largement en Europe, portées par des pédagogues de nationalités diverses : la Suédoise Ellen Key, le Belge Ovide Decroly, le Suisse Adolphe Ferrière, l’Allemand Peter Petersen ou encore Célestin Freinet en France. Dès 1921, la Ligue internationale pour l’éducation nouvelle réunissait ces pionniers autour d’une conviction commune : l’enfant est au cœur de l’acte éducatif et l’école doit être un espace de vie, pas seulement de transmission.
Ces idées se sont adaptées à des contextes scolaires très variés, tout en conservant un socle de valeurs communes : confiance dans les capacités des élèves, attention portée à chacun, construction d’une école plus démocratique. Elles ont circulé par les congrès, les revues pédagogiques et les correspondances, formant une véritable internationale de l’éducation bien avant que l’Europe politique n’existe.
Près d’un siècle plus tard, les enjeux ont changé de forme mais pas de nature : c’est ce même élan que les Journées d’Épinal ont voulu ranimer, en réunissant un comité scientifique de dimension internationale. Parmi ses membres : Henri-Louis Go, Frédérique-Marie Prot et Xavier Riondet (Lisec et Cread, France), spécialistes reconnus de l’éducation nouvelle, aux côtés d’Andreea Capitanescu Benetti (Suisse), Diana Draghici (Roumanie), Despina Karakatsani (Grèce) et Michelle Proyer (Luxembourg).
La présence de membres du Lien international de l’éducation nouvelle (LIEN) a renforcé cette dimension transeuropéenne, permettant de confronter des expériences issues de systèmes scolaires très différents.
La manifestation s’est ouverte par la projection du film « Freinet par Freinet » du réalisateur Michel Mulat (Institut coopératif de l’école moderne, ICEM-Pédagogie Freinet), donnant d’emblée le ton de deux journées placées sous le signe de la coopération et de l’émancipation.
La matinée a articulé quatre ateliers-débats interrogeant les enjeux contemporains de la formation : quels aménagements pour quelles pédagogies ? Quels outils et invariants pour former à l’éducation nouvelle ? Quel enjeu démocratique ? Comment réconcilier recherche et praxis vers une pédagogie émancipatrice et inclusive ?
Les étudiants en formation à l’Inspé de Lorraine n’ont pas été de simples spectateurs : ils ont facilité ces ateliers-débats, animant les échanges entre participants venus de plusieurs pays et recueillant les expériences partagées.
Ce qui les a le plus frappés, c’est précisément la dimension européenne de l’éducation nouvelle : loin de révéler des pratiques incompatibles, les échanges ont mis en évidence que les défis contemporains de l’école sont largement partagés d’un pays à l’autre. L’inclusion, la gestion de classes hétérogènes, la formation à la citoyenneté critique constituent autant d’enjeux communs auxquels les pédagogies coopératives apportent des réponses convergentes.
Constater que l’on rencontre, à travers toute l’Europe, les mêmes questions fondamentales sur le sens du métier d’enseignant a constitué pour eux une expérience professionnellement fondatrice. Cette prise de conscience les a conduits à interroger leur propre posture : comment faire confiance au groupe, planifier avec les élèves, accepter l’imprévu comme ressource plutôt que comme obstacle ?
L’après-midi a prolongé cette dynamique : un café-poster leur a permis de présenter leurs travaux de recherche et d’instaurer un dialogue fructueux avec des chercheurs et des praticiens européens, avant la restitution collective des ateliers-débats. Une exposition d’ouvrages sur l’éducation nouvelle, conçue par la bibliothèque universitaire, a clôturé cet après-midi.
La journée s’est conclue par une conférence de Sandrine Breithaupt, professeure associée à la Haute École pédagogique (Suisse), questionnant la relation entre Éducation nationale et éducation nouvelle, montrant qu’une alliance lucide et féconde est possible dès lors que la formation des enseignants est pensée comme un enjeu politique et pédagogique à part entière.
Organisée dans le cadre des 9e Rencontres régionales sur la coopération à l’école, la seconde journée s’est ouverte par une conférence de Clothilde Jouzeau, professeure des écoles et doctorante en sciences de l’éducation, sur la classe coopérative comme espace de coéducation, qui a mis en lumière combien la coopération éducative constitue un levier pour construire une école plus inclusive.
Le témoignage de Céline Bouhours, directrice de l’école de Thiéfosse (Vosges), « Théâtre, cuisine et concertation : trois façons d’inviter les familles dans l’école », a nourri la réflexion collective en montrant comment l’éducation nouvelle s’ancre dans le quotidien scolaire le plus ordinaire.
L’après-midi a donné lieu à dix-sept ateliers participatifs organisés en deux vagues, proposés par l’ICEM, les Ceméa (Centres d’entrainement aux méthodes d’éducation active) et l’OCCE (Office central de la coopération à l’école), trois mouvements pédagogiques qui ont la coopération comme patrimoine commun.
Les participants ont pu se glisser dans la peau d’un élève pour découvrir le Plan de travail, créer une émission de radio en classe, pratiquer le texte libre, explorer le conseil des élèves, s’initier au « Quoi de neuf ? » ou encore découvrir l’école à ciel ouvert.
D’autres ateliers ont encore élargi les horizons : une pédagogie inclusive en actes présentée par l’école luxembourgeoise inclusive Eis Schoul, une démarche d’auto-socioconstruction du savoir en orthographe ou encore un atelier sur la mémoire des objets et le gout de l’histoire. Ces dispositifs, directement transférables en classe, ont illustré la richesse d’une pédagogie qui se vit autant qu’elle se pense, et dont la transmission passe par le faire ensemble autant que par le discours théorique.
Au-delà de l’événement, ces journées ont favorisé la circulation des idées et des pratiques entre différents contextes éducatifs européens. En réunissant des acteurs variés de l’éducation, y compris les mouvements pédagogiques, elles ont promu des espaces de rencontre où les expériences sont partagées, discutées et adaptées à d’autres réalités scolaires. Dans un contexte où de nombreux systèmes éducatifs font face à des défis similaires, ces échanges constituent un levier pour penser la formation des enseignants et le renouvellement des pratiques pédagogiques.
Ces deux journées ont donné à voir ce que peut produire le dialogue entre étudiants, chercheurs et praticiens lorsqu’il se déploie à l’échelle européenne : non pas des certitudes, mais des pistes partagées, des questions renouvelées et des liens noués au-delà des frontières.
L’éducation nouvelle y a confirmé sa capacité à constituer un langage commun pour penser les défis actuels de l’école, de la maternelle à l’université. Les collaborations qui en ont émergé (entre laboratoires, entre mouvements pédagogiques, entre formateurs de différents pays) constituent une invitation à poursuivre, collectivement, une réflexion dont nous espérons avoir ici partagé quelque chose.
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