« Chacun est concerné par les entretiens, dès l’entrée dans le métier. »

Un peu comme M. Jourdain, les acteurs de l’éducation participent à des entretiens, qu’ils le sachent ou non. Avec les élèves, les parents, entre collègues, avec un supérieur hiérarchique… Quels objectifs leur fixer ? Comment les préparer ? Comment se préserver des émotions qui y circulent ? Les coordonnatrices de notre dossier « Entretiens en milieu scolaire » donnent ici quelques pistes, à compléter par la lecture du dossier !
Quels types d’entretiens sont traités dans ce dossier ? Quels sont les enjeux ?

Ce dossier traite de plusieurs types d’entretiens et chacun peut y trouver de quoi en faire son miel. Nous avons choisi de ne pas entrer par les grands types de face-à-face mais par les effets recherchés : mise en apprentissage, intégration, préservation de soi et de l’autre. Ceux-ci nous semblent les mêmes pour chacun d’entre-nous, quelle que soit notre place, que nous soyons à l’origine de l’entretien ou non. C’est aussi pourquoi nous donnons la parole à des personnes qui nous expliquent les effets nocifs qui peuvent résulter d’entretiens menés à charge, consciemment ou non.

Les entretiens qui accompagnent l’apprentissage ou le développement professionnel sont sans doute parmi les moins fréquemment utilisés. Pourtant, les exemples proposés fournissent des pistes qui peuvent être, nous semble-t-il, facilement transférées dans les pratiques.

Accueillir des parents, des enfants/élèves, des enseignants, tout professionnel de l’éducation le fait, de sa place, en tissant plus ou moins les conseils de collègues avec son propre vécu et ses représentations. Or, la question du respect ne s’accepte plus dans un sens unilatéral et l’on sait que les transformations de soi ne se décrètent pas de l’extérieur. Ainsi, les textes nous montrent qu’il est possible de faire autrement, en construisant une relation basée sur des échanges d’informations pour s’ajuster mutuellement.

Enfin, chaque entretien peut se révéler comme un détonateur à émotions, nous enfermant dans le piège de la réaction. Des témoignages pleins de force posent la question de la préservation de soi et de l’autre. En apportant des idées concrètes, ils permettent de ne pas sortir épuisé, insatisfait, ou culpabilisé et surtout d’agir en professionnels.

Quels sont les acteurs concernés ?

Enseignant, CPE (conseiller principal d’éducation), chef d’établissement, formateur, inspecteur, et même hors Éducation nationale, chacun est concerné par les entretiens et cela, dès l’entrée dans le métier.

Un élève qui ne va pas bien en classe avec qui on parle rapidement pendant la récréation ; un personnel de direction qui reçoit un parent ; un CPE qui prend en charge un groupe d’élèves pour échanger sur les difficultés à apprendre en temps de confinement… L’entretien, c’est le quotidien de chacun des acteurs de l’éducation, de l’enseignement et de la formation. Il n’est pas de journée de travail sans un moment d’échange avec les autres, plus ou moins prévu, plus ou moins construit, plus ou moins maitrisé, plus ou moins réussi.

Et cela en demande des compétences, aussi diverses que variées ! Accueillir ses émotions et celles des autres tout en gardant du recul ; poser un regard positif sur l’autre, quelle que soit la situation ; accueillir la parole ; construire une rencontre dans un climat de confiance ; imaginer des dispositifs qui facilitent l’expression… En définitive, proposer un espace de partage où chacun peut interagir.

Les personnels de l’Éducation nationale sont-ils formés pour mener ces entretiens ?

Michèle Amiel : L’Éducation nationale forme-telle ses personnels à la conduite d’entretiens tels que nous les présentons dans ce dossier? Les personnels demandent-ils cette formation? Du temps où j’étais en exercice, la réponse à ces deux questions était négative, je ne crois pas que cela ait beaucoup changé aujourd’hui. Et pourtant, que de bénéfices à retirer de l’exercice de ces pratiques, où la technique permet à l’humain de garder toute sa place !

Qu’avez-vous appris en travaillant sur ce dossier ?

Anne-Marie Sanchez : J’ai découvert des formes d’entretiens que je ne connaissais pas comme l’entretien biographique ; mais au-delà, j’ai rencontré des personnes extra-ordinaires, se souciant des autres, cherchant des voies de réussite et de compréhension mutuelle.

Michèle Amiel : J’ai appris – ou plutôt, j’ai vérifié ce que j’avais éprouvé dans ma pratique antérieure – que la construction d’un entretien réussi est une longue patience, une pratique réfléchie sans cesse remise sur le métier, où la rencontre avec l’autre amène à un travail sur soi, dans une sorte de spirale vertueuse.

Propos recueillis par Cécile Blanchard

Sur notre librairie :

N° 572 – Entretiens en milieu scolaire
Coordonné par Michèle Amiel et Anne-Marie Cloet-Sanchez

L’entretien est une forme d’échanges avec les élèves, les familles, les collègues, les personnels ou les stagiaires, etc. Entre souci de relation et exigence d’efficacité, son exercice montre que c’est une compétence qui peut se développer, et devenir même un réel support des apprentissages pour chacun.