Mathématiques : la France fait moins bien réussir ses élèves de milieu défavorisé

Les élèves de CM1 en France réussissent moins bien en mathématiques que dans les autres pays de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques). Et cet écart est plus prononcé parmi les élèves socialement défavorisés. Le Cnesco (Centre national d’étude des systèmes scolaires) revient dans une note sur les résultats de l’étude internationale Timss (Trends in Mathematics and Science Study) de 2019. Cette note sera suivie de trois autres d’ici à juin 2022.

Le Cnesco va publier une série de quatre notes pour mieux analyser les faibles résultats des élèves en mathématiques en France : « en 2019, les élèves de CM1 en France obtiennent de moins bons résultats en mathématiques que ceux des autres pays de l’OCDE pour tous les niveaux de performance de l’enquête », a conclu l’évaluation Timss. De fait, en 2019, les élèves de CM1 en France ont obtenu un score moyen de 485 points en mathématiques à l’évaluation Timss, soit quarante-quatre points de moins que le score moyen des pays de l’OCDE. Le bilan est sombre… Le Cnesco va donc s’employer à nous éclairer.

La première note du Cnesco, publiée le 24 septembre 2021, s’intéresse à la question suivante : « La moindre réussite de la France à Timss 2019 concerne-t-elle l’ensemble des élèves ou est-elle spécifique à certains écoliers ? » En fait, l’école française comble particulièrement mal les inégalités sociales, par rapport aux autres pays de l’OCDE. Ainsi, parmi ces élèves défavorisés, ceux scolarisés en France obtiennent un score inférieur de 53 points à la moyenne des pays de l’OCDE, alors que cet écart de réussite est de -34 points parmi les élèves les plus socialement favorisés. Mais même les performances des élèves les plus en réussite sont inférieures à celles de leurs camarades en réussite ailleurs.

L’écart de réussite entre filles et garçons est semblable en France et ailleurs dans l’OCDE : les filles réussissent un peu moins bien que les garçons.

Inégalités sociales

Du côté des inégalités sociales, la note du Cnesco propose des éléments d’analyse intéressants : il n’y a pas en France une plus forte présence d’élèves défavorisés que dans les autres pays de l’OCDE. Par « défavorisé », on entend ici « qui appartient aux 25% des élèves des pays de l’OCDE les plus socialement défavorisés ». En fait, la part des élèves défavorisés qui obtiennent un niveau en mathématiques qualifié d’intermédiaire correspond à peu près à la moyenne des pays de l’OCDE. Le souci majeur, c’est que les élèves français défavorisés sont sur-représentés au-dessous du premier pallier de Timss, et sous-représentés parmi ceux qui ont un niveau élevé. La conclusion du Cnesco est claire et étayée : « L’école française ne parvient ni à garantir la maîtrise de compétences élémentaires à tous les élèves défavorisés, ni à permettre aux meilleurs d’entre eux d’atteindre un niveau élevé. »

La fin de cette première note s’intéresse aux écoles elles-mêmes. Comme partout dans l’OCDE, il y a un « effet école » : un élève défavorisé réussit mieux dans une école socialement favorisée. Vive l’hétérogénéité sociale ! Mais en la matière, la France échoue : 54 % des élèves socialement défavorisés de CM1 en 2019 fréquentaient une école elle-même socialement défavorisée, contre 35 % en moyenne dans l’OCDE.

Ainsi, les causes de la baisse du niveau en mathématiques à l’école ne peuvent pas être attribuée aux seuls professeurs des écoles et à la nature de leur formation, comme on l’a bien trop souvent entendu. Comment assumer la devise de notre pays, et en particulier l’égalité, quand la structure scolaire elle-même sépare et entretient les difficultés ?

Claire Lommé

Télécharger la note du Cnesco


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Plus que jamais, la question des «  mathématiques pour tous  » se pose. Elle implique qu’on cesse d’appliquer partout et à tous le même «  traitement  » mathématique, et qu’on prenne en compte le rapport spécifique aux maths que chaque élève a construit en fonction de son histoire scolaire, familiale, et personnelle.