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La chronique de Nipédu du n° 535

Et demain ?

Régis Forgione, Fabien Hobart, François Lamoureux et Nicolas Olivier


En ce début de campagne présidentielle, nombreux sont ceux qui s’interrogent sur l’avenir du numérique éducatif. Depuis cinq ans, la loi de refondation a guidé les actions de sécularisation de l’école numérique : refonte des programmes, formation des enseignants, déploiement de matériel, création de la DNE (Direction du numérique pour l’éducation du ministère de l’Éducation nationale) et des DANE (délégations académiques), services, communications et outils institutionnels digitalisés. Administration(s), chercheurs, industriels se sont penchés sur des initiatives praticiennes, rapprochant ainsi significativement et de façon inédite «  bon nombre de solitudes [1] ».

La pédagogie est une des réponses possibles à la fracture scolaire et le mouvement technopédagogique aura pu contribuer, ici et là, à la (re)vitalisation de pratiques professionnelles, d’équipes pédagogiques, d’établissements, voire de territoires éducatifs.

À quoi s’attendre, donc, pour les années à venir ? D’aucuns parleront d’une période de latence pour le numérique éducatif. Une phase de repli, de réflexion, de résistance pour les plus partisans. Peut-être une mise en veille quand certains imaginent un «  usage raisonnable du numérique  », réponse bien trop raisonnable face à l’urgence de faire évoluer à des postures et des pratiques qui trop souvent campent, obstinément et fièrement, dans une nostalgie inopérante.

Le mythe des enfants de la Silicon Valley

C’est dans ce contexte que ressurgit le mythe de la scolarisation sans écrans des enfants de cadres de la Silicon Valley. Xavier de La Porte, animateur de l’émission Place de la toile sur France Culture qualifie ce mythe de «  dégueulasse [2] ».

Derrière la violence du qualificatif, une réalité soulignée par Jean-François Cerisier, professeur de sciences de l’information et de la communication à l’université de Poitiers : l’école ne doit pas contribuer à organiser l’illettrisme numérique de ceux et celles qui, malgré les apparences et les croyances, ne maitrisent pas les codes et les usages émancipateurs dans un monde numérisé.

Comme les cadres de la Silicon Valley, nous professeurs, parents, souhaitons limiter l’exposition de nos enfants aux écrans. Nous souhaitons, nous aussi, une école qui se soucie de développer la créativité, l’esprit critique, la capacité à collaborer, à mener des projets, sans renoncer à l’excellence, aux savoirs, au respect de l’autre et de soi-même, à nos valeurs, à notre histoire en construction.

Voilà pourquoi, il est effectivement important de démythifier l’inconcevable idéal d’une école débranchée qui relève le plus souvent d’une vision partielle des enjeux de l’éducation aux médias et à l’information, au fait numérique, aux sciences informatiques. Ces dernières années, les nombreuses interventions dans les manifestations dédiées à l’éducation aux médias ou au numérique à l’école, les publications, les dispositifs pédagogiques ont démontré la capacité de la communauté éducative à mettre en œuvre des réponses pédagogiques réfléchies, ambitieuses et adaptées, numériquement frugales pour répondre aux besoins de nos élèves.

Régis Forgione, Fabien Hobart, François Lamoureux et Nicolas Olivier


[1Le mot est de Thierry Karsenti, notamment dans une émission de Nipédu, https://miniurl.be/r-1bb9

[2Son billet en ligne : https://miniurl.be/r-1bba

Sur la librairie

 

Arts et culture : quels parcours ?
Pour donner aux jeunes un égal accès à l’art et à la culture, les derniers textes officiels concernant l’Éducation artistique et culturelle mettent l’accent sur la notion de «  parcours  », qui doit permettre à l’élève de se constituer une culture personnelle, développer son habileté artistique et rencontrer des artistes, des œuvres, des lieux.