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Revue de presse du 10 juillet 2022

Le nouveau gouvernement, les résultats du bac et l’héritage Blanquer ont animé l’actualité éducative de la semaine. Dans notre revue de presse, nous sommes allés voir aussi du côté de l’enseignement supérieur et pris un peu de recul à l’aide de débats. La revue de presse des Cahiers Pédagogiques part en congés. Toute l’équipe vous souhaite de bonnes vacances et vous donne rendez-vous à la rentrée. Un grand merci au passage de nous suivre et de nous lire.

Nouveau gouvernement : la jeunesse voit double

« L’écologie recule, la jeunesse avec l’armée: ces détails (importants) du remaniement » titre le Huffignton-Post qui relève « Nommée lundi, Sarah El Haïry reprend ses fonctions mais passe sous l’autorité du ministère des Armées, en plus de celui de l’Education nationale. » « En réalité, c’est l’Education nationale qui gère l’organisation du SNU et qui s’occupe de fournir les logements (lycées et internats) et les infrastructures. Le rôle des Armées est d’encadrer les jeunes, aux côtés d’agents de la fonction publique. » précise Libération dans sa rubrique Check News.

Le partage fait débat tout comme celui de l’enseignement professionnel. « Les ministres de tutelle de la nouvelle ministre chargée de l’Enseignement et de la Formation professionnels seront celui de l’Éducation nationale et celui du Travail. Pour certains, une ligne rouge est franchie. » explique Franceinfo. « de nombreux professeurs et organisations y voient un danger, qui aboutirait à adosser l’enseignement aux besoins immédiats du monde du travail. »

Le Figaro présente Carole Grandjean, la ministre déléguée et explique au passage : « Concernant ses nouvelles responsabilités, elles n’ont rien d’inédites. Le premier secrétaire d’État sur ces domaines remonte à 1974, avec Paul Granet. » « Pour autant, ce n’est pas la première fois que la formation professionnelle est sous tutelle du ministère du Travail. Cela fait même presque 50 ans que ce rôle est baladé entre les ministères de l’Education nationale, du Travail, ou même Matignon à chaque nouveau gouvernement. » précise Libération.

Cela ne rassure pas pour autant la plupart des syndicats comme le relève Ouest-France. A l’instar de SUD Education  qui : «avec d’autres organisations syndicales, alerte depuis plusieurs années sur la place accrue de l’apprentissage, les risques de la mixité des publics et l’élaboration d’une carte des formations calquées sur les besoins exprimés par les organisations patronales. »

D’autant que nouveauté il y a, comme le souligne l’historien de l’éducation Claude Lelièvre : « Carole Grandjean vient d’être nommée ministre déléguée en charge de l’Enseignement et de la formation professionnels auprès du ministre de l’Education nationale et de la Jeunesse mais aussi du ministre du Travail. Cet intitulé et cette double tutelle n’ont pas de précédent. Serait-ce propice à un double jeu ?  »

Dans ce concert d’inquiétudes, « Pascal Vivier, secrétaire général du principal syndicat des professeurs de lycée professionnel, revient sur cette décision qui divise mais pourrait, selon lui, être bénéfique. », relève Libération.

Illustration Fabien Crégut

A l’ombre de Blanquer

« “Nous continuerons la refondation de l’école entamée lors du dernier quinquennat”. Lors de la déclaration du gouvernement, le 6 juillet, devant l’Assemblée nationale, la première ministre  dessine ce que sera la réforme de l’École : revalorisation mais “nouveau pacte”, “transformation de l’école”, contrats locaux, apprentissage dans les lycées professionnels. » explique le Café Pédagogique.

« Le système éducatif français « sait produire l’excellence » mais « est sans doute l’un de ceux qui reproduit le plus les inégalités », a estimé la Première ministre Élisabeth Borne samedi 9 juillet 2022 lors d’une intervention aux Rencontres économiques d’Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône). Sud-Ouest expose les grandes lignes d’une refondation de l’école souhaitée par le gouvernement dans la continuité du quinquennat précédent.

Avant les grands travaux, l’urgence est à la rentrée. On ne se demande plus « Y aura t-il de la neige à Noël ? », mais « Y aura-t-il un professeur devant chaque classe à la rentrée ? ». La question revient comme un leitmotiv dans la presse jusqu’au Journal des femmes qui relève : « Fatigue, colère, déprime, résignation, isolement… Voici les termes qui ressortent lorsque les enseignants abordent leur métier et leur état d’esprit. » Le constat à l’issue du résultat des concours est sévère. « Le ministère de l’Éducation nationale a annoncé jeudi que plus de 4 000 postes n’ont pas été pourvus à l’occasion des concours enseignants organisés en 2022 sur un total de 27 332 ouverts. », lit-on dans La Dépêche. Mais voyons, tout est sous contrôle avec un «renforcement du recrutement de contractuels afin de préparer dans de bonnes conditions la rentrée 2022 et préserver les capacités de remplacement des académies ».  Et puis, « Pap Ndiaye a promis « un choc d’attractivité » alors que l’Éducation nationale vit une crise de recrutement sans précédent. » nous rassure le JDD.

Et la revalorisation du point d’indice après des années de gel, sera t-elle un premier choc ? Las, les 3,5 % ne sont pas à la hauteur. « “Ce n’est pas cela qui va changer ma vie”, témoigne une assistante en école maternelle » pour FranceInfo.

Bon alors cette fameuse et nécessaire attractivité, où la trouver, en attendant que l’Etat prenne soin des profs ? Sans doute dans les témoignages d’enseignants sur leur bonheur (malgré et contre tout parfois) à enseigner. Ou de la reconnaissance des élèves et des parents à l’heure du départ. La belle histoire qui se partage cette semaine est racontée, notamment, par FranceInfo « “Mon cœur n’a fait qu’un tour” : une directrice d’école reçoit la visite surprise du chanteur Julien Clerc pour son départ en retraite »

Quel sera l’interprète de l’entrée en fonction des nouveaux titulaires ? Le décret du journal officiel qui fixe « les modalités de stage, d’évaluation et de titularisation de certains personnels enseignants et d’éducation des premier et second degrés stagiaires » ne le dit pas.

Les vacances arrivent à peine que la rentrée se profile. Le contenu du cartable préoccupe l’Anses qui « réclame plus de précautions sanitaires sur les fournitures scolaires », selon Libération.

Lauréats du bac ….mais pas que

Rituel de fin d’année scolaire, les résultats sont attendus avec impatience pour un bac transformé depuis 2019. « La note du baccalauréat repose à 40% sur du contrôle continu et à 60% sur des épreuves terminales (le français écrit et oral, passé en classe de Première, la philosophie, les épreuves de spécialités et le grand oral, passés en Terminale). » lit-on dans La Croix.

« Les statistiques officielles sont tombées. Sur les 729 400 candidats qui se sont présentés à la session de juin 2022, 664 300 ont été reçus, soit un taux de réussite de 91,1 %, indique le ministère de l’Éducation nationale. Il s’agit d’un résultat en baisse de 2,8 points par rapport à 2021. », explique le Midi Libre.

Le Café Pédagogique analyse cette baisse : « S’agit-il d’une sorte de retour à la normale d’avant covid ? Cette première édition à peu près normale des bacs Blanquer montre plutôt la fracture sociale que le prédécesseur de Pap Ndiaye a réintroduit dans le bac. ».

France-Musique relève un couac dans l’organisation du grand oral. « Des professeurs d’éducation musicale qui ne sont pas convoqués alors que dans plusieurs lycées, les examinateurs spécialisés musique manquent à l’appel… les couacs dans le déroulement du Grand oral posent la question sur l’égalité de traitement pour les candidats de spécialité musique. »

La presse quotidienne régionale relate les belles histoires du bac. Parmi elles : « Jonathan, un migrant congolais arrivé en France en 2019, obtient la mention très bien » racontée par la Provence. Mais d’autres exilés sont sous la menace d’une expulsion comme Mobina. «Elle s’appelle Mobina, elle vient d’obtenir son bac avec mention au lycée Saint-Sernin de Toulouse. Mais cette Iranienne qui a fui son pays a vu sa demande d’asile rejetée par les autorités françaises. Ses professeurs qui l’ont suivie pendant deux ans ne peuvent se résoudre à son expulsion. », relaie France 3 -Occitanie.

Cette semaine, d’autres résultats d’examen ont été publiés dans la quasi indifférence comme le relève L’Union. « Les résultats du Bac sont tombés cette semaine suscitant les habituels commentaires sur les taux de réussite trop importants ou encore sur le fait que cela soit un diplôme bradé qui ne servirait à rien. D’autres résultats sont, en revanche, passés quasiment inaperçus et c’est bien dommage. Il s’agit de ceux des BTS et des CAP. »

Du côté du sup’

« Face à la pénurie d’enseignants, la situation des universités n’est pas tenable sur le long terme », le doyen de la faculté de droit d’Aix-Marseille, publie une tribune dans le Monde (réservée aux abonnés). « Il faut investir dans l’enseignement supérieur en levant notamment les contraintes parfois absurdes qui entravent l’emploi des vacataires », plaide t’-il.

Dans The conversation, des chercheurs s’interrogent : « Faut-il créer le statut d’« étudiant aidant » pour une meilleure reconnaissance ? » Et pour cause : « Si tous nous avons en tête parmi nos connaissances et proches des aidants, on sait moins que 500.000 aidants sont âgés de 18 à 24 ans et pour une part très importante d’entre eux cumulent le soutien à un proche avec leurs études. »

Sur le même site, la question de la place des disciplines humanistes dans l’enseignement supérieur est investie. « En d’autres termes, un certain nombre de compétences non techniques mais indispensables à la conduite du travail font aujourd’hui cruellement défaut aux jeunes diplômés. Ce manque est d’autant plus dommageable que les actuels étudiants seront amenés à changer 12 fois d’emplois en moyenne au cours leur carrière. Dans ces conditions, maîtriser des compétences socles, qui échappent par leur nature même à l’obsolescence, est le meilleur passeport pour l’adaptation. »

En attendant l’avenir, place au quotidien. L’Obs annonce : « Un peu d’air pour les étudiants. La Première ministre Élisabeth Borne a annoncé mercredi 6 juillet dans son discours de politique générale une revalorisation des bourses. Une prolongation du ticket-restaurant universitaire à 1 euro pour les boursiers est également dans les tuyaux. »

« Le gouvernement a décidé d’un moratoire sur les expulsions d’étudiants étrangers ayant trouvé refuge en France après avoir fui la guerre en Ukraine, a indiqué l’exécutif lundi à l’AFP. » Tous, pas vraiment explique La Voix du Nord. « Aux termes de la protection temporaire réservée par les Européens aux Ukrainiens qui ont fui le conflit, les ressortissants de pays tiers doivent rentrer dans leur pays s’ils peuvent le regagner de façon «sûre et durable», autrement dit si leur pays n’est pas en guerre ou s’ils n’y craignent pas pour leur vie. Une situation dénoncée par les défenseurs des droits comme un symbole du «deux poids deux mesures» dans l’accueil des exilés. »

Ça se discute

« Que ce soit au moment d’abandonner une spécialité à l’entrée en terminale ou de choisir une option, comme encore trop souvent en matière d’orientation, les lycéens peinent à dépasser les biais liés à leur origine sociale ou leur genre. Des choix qui perpétuent les inégalités dans les formations du supérieur. De fait, les filles s’orientent plus volontiers vers les lettres, et les garçons vers les sciences. » L’Étudiant souligne que « le choix des spécialités au lycée reste marqué par les inégalités sociales et de genre »

Et ensuite ? Parcoursup est encore loin d’une transparence espérée. « Opacité, stress des candidats, arbitraire des classements : depuis 2018, la plateforme a suscité de vives critiques, sans qu’un souhait de retour en arrière se manifeste. Mais des améliorations restent envisageables. », explique Alternatives Économiques. La conclusion reprend le constat de Camille Aymard, enseignant de sciences économiques et sociales :«  Le fait est qu’il n’y a pas assez de places dans les formations du supérieur pour accueillir tous les néobacheliers, à cause d’un manque de volonté politique et de financement. Et ce problème, Parcoursup ne saurait le régler. »

Autre sujet de débat : « L’évaluation des écoles suscite la méfiance des enseignants ». Dans un article réservé aux abonnés, Libération explique : « Dans le cadre de la loi de 2019 «Pour une école de la confiance», le dispositif d’évaluation des établissements scolaires démarre doucement. Les enseignants et les inspecteurs, débordés, sont réticents à s’y plier et craignent que ces évaluations entraînent un classement entre les écoles. »

Les matins de France-Culture ont reçu « Florence Dupont, latiniste et helléniste, professeure émérite de littérature latine à l’université Paris-Diderot qui nous parle des lettres latines et de l’importance qu’il y a à les étudier pour mieux nous comprendre. » Elle explique (entre autre) : « Quand on parle des racines latines et grecques de l’Europe, moi ça me fait frémir, nous confie Florence Dupont (…) La culture antique [constitue] entre guillemets les racines du Maghreb, des Turcs, de l’Egypte. On n’a pas le monopole de l’Antiquité »

Le magazine belge le Vif s’interroge : « Le niveau des élèves baisse ». Le slogan fait recette depuis l’Antiquité, observe Jacques Liesenborghs, ancien sénateur Ecolo. Comme une évidence. Le niveau ? Quel niveau ? De qui ? De quoi ? Baisse ou change ? » Et retenons ce conseil de l’ancien sénateur : « Il faut donc impérativement se tourner vers l’avenir et quitter la nostalgie du « c’était mieux avant ». Elle empêche de s’engager dans des projets qui mobilisent les élèves et qui donnent du sens aux apprentissages parce qu’ils sont en prise avec des défis qu’ils ont ou auront à relever. »

Le site des Cahiers Pédagogiques relaie un débat helvétique : « Est-il encore possible de réformer l’école ? ». Une occasion de visiter un système éducatif différent du nôtre mais dont les questionnements peuvent éclairer nos débats. « En Suisse, les élèves sont séparés et orientés dès la fin de l’école primaire en fonction de leur niveau. Pas très égalitaire… En mai dernier, les citoyens du canton de Genève étaient appelés à se prononcer lors d’une votation sur un changement de structure des premières années du système d’enseignement secondaire. Historique et analyse du résultat du vote, négatif mais très serré. »

Cette revue de presse a été moulinée par Monique Royer avec la complicité de Bernard Desclaux et illustrée par Fabien Crégut.

Dans la librairie des Cahiers Pédagogiques

Coordonné par Ben Aïda et Jean-Michel Zakhartchouk, juin 2022

Ce dossier s’inscrit dans une réflexion critique menée sur les « fondamentaux » à l’école énoncés dans les discours injonctifs (« lire, écrire, compter, respecter autrui »). Il s’agit de s’interroger à la fois sur le sens à donner à l’écriture des élèves (qu’écrivent-ils, pourquoi, pour qui ?) et sur l’apprentissage du geste.

N° 577 – QUE NOUS APPORTENT LES MÉTHODES ?

Coordonné par Céline Walkowiak et Grégory Delboé, mai 2022

Dans quelle mesure la méthode s’impose-t-elle pour apprendre ou au contraire constitue-t-elle un obstacle voire une impasse ? Les méthodes, faut-il les transmettre ou les laisser se construire ? Et finalement, une éducation qui vise l’émancipation des sujets peut-elle se priver de méthodes ?