Invité dans ce cadre prestigieux et magnifique de la grande salle des séances de l’Institut de France,le 9 juin, j’ai pu apprécier ces interventions qui mettaient en avant l’esprit d’initiative, la créativité, la nécessité de rendre actifs les élèves dans l’enseignement des sciences et surtout l’exigence forte d’interdisciplinarité. La contribution de Cédric Villani était bien stimulante, avec une dose d’humour dont on sait que ce « médaille Fields » des maths n’est pas dépourvu ! Il indiquait notamment ce qui, selon lui, pouvait faire accepter par tous la « souffrance de l’apprentissage » (laquelle est bien sûr inévitable) et du coup émettait quelques propositions pour un enseignement rénové : valeur de l’implication dans des projets accessibles, mettre à disposition des élèves « toutes les expériences du monde », créer des dynamiques collectives, atténuer les barrières entre les disciplines, voire les marier entre elles, résister à la pression du bouclage des programmes au profit d’une liberté pédagogique inventive, tout en insistant sur l’importance de la formation des enseignants.

Yves Queré, co-fondateur de La main à la pâte, soulignait pour sa part l’engagement fort et constant de l’Académie des Sciences en faveur de ces projets et exaltait la « joie d’apprendre », mais aussi mettait en avant une des missions des sciences : former l’esprit critique, dévoiler ce qui est caché dans une recherche de la vérité, en partant des questions naïves pour aller chercher les réponses de « la nature » à travers expériences et démarche d’investigation. En ouvrant les Maisons des sciences destinées à la formation des enseignants, en collaboration avec les ESPE, c’est une nouvelle étape qui s’ouvre.

Grâce à La main à la pâte, les sciences qui étaient à l’abandon à l’école primaire gagnent des adeptes. On a pu voir quelques manifestations du magnifique travail mené un peu partout en France métropolitaine et outre-mer le lendemain à la Sorbonne, pour une célébration plus festive.

Les petits écoliers de Nogent-sur-Oise, dont nous avons relaté les exploits théâtraux passés (du moins ceux de leur école les années précédentes) dans les Cahiers pédagogiques, ont soulevé l’enthousiasme du public avec leur représentation du spectacle « Pris par la glace » conçu par les élèves eux-même, spectacle qui mêlait sciences (les états de l’eau) et culture littéraire (poème de Valéry ou épisode du Roman de Renart), tandis que des élèves lorrains d’Augny montraient la vidéo de leur travail mêlant science et musique et que des jeunes collégiens de Sévigné à Perpignan donnaient un exemple concret de pratique de l’enseignement intégré des sciences et technologies (EIST) à travers un projet Eco-Quartier. Un film évoquait aussi une pratique La main à la pâte en ULIS, témoignage émouvant et chaleureux.

Beaucoup d’enthousiasme, et encore une fois un démenti à tous ceux qui nous livrent un message désespérant et méprisant pour la jeunesse et tout le travail innovant qui se fait de la maternelle au lycée pour faire aimer les sciences, pour rendre celles-ci « aimables ».

Un livre d’or des 20 ans est accessible en ligne sur le site de la Fondation La main à la pâte.

Jean-Michel Zakhartchouk

A lire aussi :
« Ce gout de questionner le monde ne m’a jamais quitté »
Entretien avec Pierre Léna

Une réforme révolutionnaire
Par Pierre Léna