Les Cahiers pédagogiques sont une revue associative qui vit de ses abonnements et ventes au numéro.
Pensez à vous abonner sur notre librairie en ligne, c’est grâce à cela que nous tenons bon !

Que la magie du jeu opère !

Couverture du n° 605, « Jouer pour apprendre », avril-mai 2026

Couverture du n° 605, « Jouer pour apprendre », avril-mai 2026

En lien direct avec l’article de Dominique Bucheton dans notre dossier « Jouer pour apprendre » d’avril-mai 2026, les auteurs montrent ici que ce n’est pas un tour impossible que de proposer un jeu à ses élèves ! Mais pour en faire briller toutes les paillettes, ajustons nos gestes et postures professionnels.

Nous vous proposons ici de mieux maitriser l’anatomie d’une séquence de jeu grâce aux postures théorisées par Dominique Bucheton1. Vous aurez toutes les cartes en main pour faire sortir le lapin du chapeau et bâtir une séance ludopédagogique réussie ! Nous avons choisi de ne pas suivre le déroulé chronologique d’une séance, mais plutôt de nous intéresser aux postures elles-mêmes. Vous pourrez retrouver une analyse étape par étape ainsi que toutes les ressources ici évoquées en suivant le lien donné en référence à la fin de l’article.

Une enveloppe, un teaser vidéo ou l’entrée du professeur déguisé sont autant de façons qui vous permettront d’attiser la curiosité des élèves et de les faire entrer avec motivation dans une activité qui s’annonce différente des autres. Vous allez susciter de l’émotion chez les élèves et ainsi faciliter l’ancrage mémoriel.

Le savoir est entre les mains des élèves, c’est à eux de le faire sortir du chapeau. Cela peut les surprendre, car ils  n’ont pas l’habitude de vivre de tels moments, et créer une excitation qu’il faudra canaliser afin qu’elle reste au service de l’engagement. Cela demandera, pour certains d’entre nous, du lâcher-prise à certains moments, un effort de créativité et d’imagination, et, comme pour tout bon tour de magie qui se respecte, de l’entrainement.

La posture du contrôle

Veillez à ne pas vous laisser vous-même disparaitre dans l’euphorie de votre entrée de magicien, et à adopter quand il le faut une conduite de pilotage : constituer les groupes (en fonction de vos objectifs de séance, comme vous le faites habituellement) ou ranger le matériel à la fin du jeu, voilà deux moments où votre posture professionnelle vous permettra d’éviter les flottements et donc de perdre du temps.

Le contrôle est au service du pédagogique en favorisant l’installation d’un cadre sécurisé et sécurisant pour les élèves avant de passer à une posture plus proche du lâcher-prise ou de l’accompagnement et d’anticiper de possibles éparpillements. C’est ce contrôle qui mènera de façon sereine au lâcher-prise.

La posture d’accompagnement

Lors de notre entretien avec Dominique Bucheton2, ce sont les échanges sur la posture d’accompagnement qui ont le plus nourri nos réflexions. Nous avions identifié cette posture pour la première partie du débriefing, durant laquelle les élèves vont faire émerger le savoir ; elle vaut aussi pour un autre moment : l’explicitation des règles. Il s’avère que c’est un excellent moment pour travailler les compétences langagières, notamment de lecture et d’oral, mais aussi pour que les élèves s’approprient ces règles : faire reformuler ou expliciter par un élève  un « coup » du jeu fera émerger la bonne compréhension.

Pour cela, vous pouvez  utiliser des visuels (illustrations, vidéos, etc.) ou simplement anticiper des points de tension. En veillant à avoir l’attention des élèves, vous vous mettez en retrait et confiez aux élèves l’élaboration du savoir. Cela peut passer par un guidage très faible et ponctuel, de manière individuelle ou collective, mais aussi par les questionnements des élèves entre eux, induits par le professeur : face à un désaccord concernant un point de jeu, la volonté de comprendre et de savoir comment faire pour gagner va être source de motivation à relire les instructions et à échanger entre eux.

Durant la phase de jeu, vous êtes flexible, en orbite dans la classe. Cette présence doit permettre un étayage maitrisé, faire sentir que vous êtes là pour aider sans trop être intrusif. Il faudra être vigilant car, gardant un œil sur toute sa classe, vous pouvez avoir l’attention portée sur une main levée mais passer à côté d’autres besoins non identifiés. Vous observez les élèves et récupérez des éléments qui serviront lors de la phase de débriefing.

Cette dernière ne peut pas surgir de nulle part, elle est pensée en amont, car elle doit permettre de faire émerger les notions travaillées dans le jeu. Passer à côté du débriefing, c’est un peu comme passer à côté de son numéro. La première étape consiste à s’appuyer sur la compréhension de chacun des élèves pour construire une synthèse collective. Pour faire émerger les notions, il est possible d’utiliser divers outils : écrits spécifiques (cartes mentales, placemats3) échanges à l’oral (enregistrements audios, en classe entière, etc.).

La posture d’enseignement

Lors de la seconde phase du débriefing, on s’assure que tout le monde entende bien la même chose au même moment. Il ne s’agit plus seulement de repartir des propositions des élèves mais d’aller au-delà en formulant un savoir universel et transférable à d’autres situations que rencontrera l’élève.

Tout l’enjeu de la séance ludique réside dans cette phase qu’il faudra donc suffisamment avoir préparée, en choisissant le jeu et en identifiant les notions qu’il permet de travailler. Cela évitera de jouer pour jouer, ce qui n’apporte rien pédagogiquement. C’est en passant par cette ultime phase que vous créez un réseau de savoirs, faisant ainsi des liens qui aideront les élèves à se créer leurs propres représentations et images mentales.

La posture ludique

Quelle ne fut pas notre surprise lorsque Dominique Bucheton a émis l’idée d’imaginer une nouvelle posture, la posture ludique, pour évoquer ce temps durant lequel l’enseignant se prête au jeu en s’asseyant auprès des élèves pour jouer une partie. Cette posture est un bon atout qui favorise les échanges avec les élèves dans un autre cadre et permet une relation pédagogique horizontale. Ne vous forcez pas, si vous n’aimez pas jouer, passez cette étape !

De la même manière, acceptez que certains élèves veuillent passer leur tour. Fonctionnez comme pour une activité classique, plutôt que de rentrer dans le conflit, essayez d’amener l’élève vers cette activité qu’il a eu du mal à appréhender. À l’inverse, ne restez pas trop longtemps dans cette posture qui vous limite dans votre capacité à observer ce qui se passe dans les groupes et dans votre présence auprès des autres élèves.

À suivre !

Bien loin d’un simple tour de passe-passe, l’analyse des gestes et postures professionnels montre que nous pouvons véritablement améliorer nos pratiques. Par exemple, nous avons pris conscience qu’il était plus intéressant de passer sur une posture d’accompagnement lors de la phase de compréhension des règles, que cela permettait le développement de diverses compétences qui enrichissent la séance.

Nous espérons que cette analyse vous permettra, vous aussi, de vous questionner sur l’analyse de vos gestes et postures professionnels et d’en identifier les leviers, les freins et les écueils. Vous retrouverez d’ailleurs un tableau synthétique sur cet article dédié à ce sujet qui vous permettra d’en avoir une vue globale. Le jeu n’est pas un modèle mais une manière de mettre en œuvre des principes que nous essayons de travailler.

Charlie Rollo
Enseignant d’anglais au collège Jean-Baptiste de la Quintinye à Noisy-Le-Roi (Yvelines)
Ségolène Paris
Enseignante de SVT au collège Julien-Lambot à Trignac (Loire-Atlantique)
Membres de la Team Ludens, collectif enseignant

Les auteurs proposent une fiche-jeu, à retrouver sur notre site

Et sur le site des auteurs, une vidéo et un article.

À lire aussi, dans le n° 10 des Petits Cahiers Ludens, le magazine des pédagogies actives, un dossier sur la coopération.


Sur notre librairie

Couverture du n° 605, « Jouer pour apprendre », avril-mai 2026


Notes
  1. Voir Dominique Bucheton, Les postures enseignantes, Eduscol, 2016 : https://eduscol.education.fr/document/16219/download.
  2. En vidéo : https://youtu.be/QjccJMmPyfs?si=cMcTD9P6eXxVPwcL.
  3. Le placemat est une feuille de format A3 divisée en cinq cases, quatre cases pour chacun des quatre coins de la feuille et une case centrale, pour favoriser la collaboration et la mise en commun.