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On peut saluer l’initiative des éditions Mille et une nuits de mettre à disposition d’un large public ce texte fondateur. Claude Allègre, en ouverture, constate que, « totem » pour les uns, symbole d’« égalitarisme dévastateur » pour d’autres, le plan Langevin-Wallon n’a pas été lu ou compris depuis son élaboration en 1946. L’ancien ministre prend conscience à sa lecture, de l’inanité du faux débat actuel, savoir contre pédagogie centrée sur l’élève, culture contre formation, de l’échec de l’école dans sa mission d’éducation civique et d’« éducation populaire », que le rapport a inventée, et qui n’a toujours pas de concrétisation. Ce texte reste à discuter, à analyser, à juger à l’aune des avancées mais aussi des régressions de l’École.
« Tout a été dit. Tout reste à faire », ce n’est pas une affirmation pessimiste pour Philippe Meirieu mais un cri de guerre. Le plan Langevin-Wallon doit être défendu car on le rend responsable, politiquement, des échecs relatifs de l’École, pour mieux faire passer la sélection précoce, le développement du secteur privé, la compétition. Le texte est méconnu, réduit à la promotion du « collège unique », alors qu’il propose une vaste réforme de tout le système, « une école unique » pour tous, sans rupture des divers ordres d’enseignement, dans la continuation des précurseurs comme Jean Zay et Ferdinand Buisson. Lors de la création du « collège unique », il n’y a eu aucune réflexion sur les contenus, on n’a pas démocratisé la réussite. Langevin et Wallon voulaient mettre à l’honneur les méthodes actives. Il faudrait aussi repenser la formation des maîtres, en combinant pédagogie et culture, penser « l’éducation populaire » pour faire des établissements scolaires des lieux de culture ouverts « bien au-delà des horaires scolaires » à la population. Faisons vivre ce texte pour les générations futures !
« Que reste-t-il du plan Langevin-Wallon ? » s’interroge François Dubet en sociologue.
Les réalisations : l’architecture du système, plus de coupure entre école du peuple et école de la bourgeoisie, le lycée accueille 70 % des élèves dans trois ordres, on a créé des IUFM où la pédagogie a toute sa place, le niveau scolaire s’est élevé et on a encore des élites. Cependant, ces réalisations ne sont pas conformes au plan : pas de formation commune pour les enseignants du primaire et du secondaire, donc pas de continuité, relégation de la voie et de la culture technologique et professionnelle, aucune préparation aux études universitaires, aucune unification du supérieur, pas de renouvellement de la pédagogie et de la formation. On a fait du neuf avec du vieux.
Les trahisons : la formation professionnelle et sociale devait être à égalité avec la formation humaniste, et non pas réservée aux seuls élèves en échec, ce qui l’a dévalorisée aux yeux de tous. La formation à la citoyenneté est faible, le travail de l’élève n’est pas mis « au centre » comme le voulait le plan, par des méthodes actives, diversifiées, l’expérimentation. L’art, les sports, la vie scolaire, sont marginalisés, on continue le bachotage.
Un malaise : les corporatismes du milieu enseignant ont joué, s’arc-boutant sur les disciplines et les acquis, les batailles entre syndicats ont fait échouer la réalisation du « collège unique » en entérinant la rupture avec l’école primaire et une spécialisation trop hâtive. Faut-il chasser de l’École ceux qui ne suivent pas ?
Un plan qui doit être toiletté : la sociologie a depuis mis en lumière des causes d’échec à l’école insoupçonnées et subtiles. L’orientation au choix semble maintenant une utopie dans un système de masse, l’école n’est pas responsable du chômage et des problèmes de la société.
Le plan doit avant tout être perçu comme une volonté à un moment de l’Histoire de « construire une école démocratique, utile aux élèves et à la nation, accueillante aux individus ». Bel encouragement à poursuivre dans cette voie, en tout cas à aller lire enfin le plan Langevin-Wallon !

Nadine Laneau


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