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La promesse de « Climasco » : l’éducation au changement climatique
Le 20 mai, à Paris, dans le cadre somptueux de l’ancien couvent des Cordeliers devenu campus de Sorbonne Université, a été lancé par l’Office for Climate Education le projet « Climasco ». À cette occasion, divers intervenants, chercheurs ou responsables institutionnels ont pu expliquer en quoi ce projet était important à l’heure du défi écologique majeur auquel la société, et en particulier l’école, est confrontée.Le projet « Climasco », lancé par l’Office for Climate Education (OCE) le 20 mai 2026, est un projet pilote qui vise à renforcer l’éducation au changement climatique au sein du système éducatif, avec l’ambition de passer à la généralisation, en partant de trois académies : Créteil, La Réunion, Rennes.
Cela va consister en une mise à disposition de ressources pédagogiques et surtout en 110 000 heures de formation sur cinq ans, avec une évaluation (se voulant rigoureuse) de l’impact des actions mises en œuvre sur les pratiques pédagogiques et sur les connaissances et compétences des élèves.
Comprendre « ce qui marche », avec un souci exprimé par des responsables académiques de tenir compte du contexte local : les impacts du réchauffement climatique ne sont pas les mêmes dans la région parisienne et près de l’océan Indien ou en Bretagne, les traditions culturelles ne sont pas identiques, etc.
Lors de cette journée de lancement sur le campus des Cordeliers, dans une vigoureuse introduction, la climatologue bien connue Valérie Masson-Delmotte a rappelé les enjeux et l’état des lieux. Si les élèves français ont bien « entendu parler » du changement climatique, leurs connaissances restent faibles.
Ainsi, beaucoup vont mettre en avant le problème des déchets qui ne pèse que pour 4 % dans le dérèglement climatique, contre 37 % l’émission de gaz à effets de serre. La culture scientifique partagée doit être au cœur des missions de l’école, dit-elle, avec la nécessité d’une approche systémique et d’une perception précise des risques et des capacités d’agir. De fait, l’article 12 de l’accord de Paris de 2015 soulignait l’importance de « l’éducation, la formation, la sensibilisation, la participation du public et l’accès de la population à l’information dans le domaine des changements climatiques ».
Il s’agit donc de mieux articuler programmes, pédagogie et formation, avec quatre principes : avoir comme horizon la justice climatique, agir collectivement, engager les élèves affectivement et avoir des perspectives globales. Pour cela, une pédagogie active et l’interdisciplinarité sont essentielles.
Par ailleurs, Valérie Masson-Delmotte note que le réchauffement climatique a déjà des effets sur les résultats scolaires et cela va aller de manière croissante : fermetures d’école en lien avec des vagues de chaleur, baisse possible de performances cognitives, déstabilisation sociale et renforcement des inégalités (selon l’isolement du logement, par exemple). Ces phénomènes doivent être observés et, bien sûr, des actions menées pour anticiper les problèmes et s’inscrire pleinement dans le plan national d’adaptation au changement climatique.
Sylvain Wagnon, chercheur et auteur d’ouvrages sur le sujet1, explique que tout cela implique une transformation de l’école, qui fonctionne encore trop dans la fragmentation, la segmentation (les frontières entre disciplines) et la verticalité. Elle doit donc relever le défi de la cohérence entre les intentions et les actes.
Emmanuel Ethis, délégué interministériel à l’éducation artistique et culturelle, revendique une place importante pour la dimension culturelle dans Climasco. Il prend l’exemple de ces enfants qui « adoptent une rivière », comme le raconte Erik Orsenna2 et montre combien il est essentiel de développer un sentiment d’attachement à notre environnement ainsi que de responsabiliser les élèves. Cela peut passer par les récits, l’art. Il faut aussi valoriser le débat, l’écoute réciproque et s’intéresser à l’histoire des connaissances sur ces sujets.
Le partenariat doit être développé, nous dit notamment la représentante de la Dgesco. Stéphane Bertrand était d’ailleurs invité pour porter la parole de l’éducation nouvelle à partir de l’expérience des Ceméa, où il est chargé de l’axe Transitions écologiques. Mais n’y a-t-il pas un manque de cohérence, à l’heure où le soutien du ministère aux associations tend à diminuer de façon drastique ?
Plusieurs interventions soulignent la relative contradiction entre la nécessité d’un travail s’inscrivant dans le temps long et l’urgence climatique. Il faut parvenir à dépasser cette contradiction.
Et n’oublions pas, nous dit le président du Muséum national d’histoire naturelle, Gilles Bloch, le combat pour la biodiversité. Il propose plusieurs leviers pour sensibiliser à la fragilité du vivant et indique que son institution met à disposition gratuitement de nombreux outils (par exemple « Les contes du Muséum ») et prône le développement des « sciences participatives », bon moyen d’impliquer les élèves. David Jasmin, directeur de la Fondation La main à la pâte, cite également les nombreuses ressources offertes par la Fondation et l’implication des sites pilotes dans Climasco.
David Wilgenbus, directeur général de l’OCE, fait un point sur l’état des recherches et sur l’état des lieux sur le terrain. D’un côté, un manque de preuves robustes sur ce qui marche réellement dans les pratiques, d’un autre, un sentiment d’autoefficacité très faible chez les enseignants, si on en croit un questionnaire dans lequel 30 % font état d’écoanxiété et de fatalisme. On note dans les réponses l’obstacle du manque de temps et l’expression d’un besoin de ressources « clés en mains ». Climasco doit donc apporter des réponses pour surmonter ces difficultés.
En fin de matinée, Olivier Vandard, directeur adjoint du SGPI (Secrétariat général pour l’investissement du gouvernement) a souligné un point qui pourrait être un impensé si on n’y prenait garde.
Climasco dispose de moyens relativement conséquents, de la part de la Banque des territoires dans le cadre des « compétences et métiers d’avenir », d’un soutien affirmé du ministère de l’Éducation (et de celui de la Transition écologique) sur une durée longue de cinq ans. Mais peut-on attendre cinq ans pour penser une généralisation qui est tout sauf simple ? En cette période d’incertitudes et de backlash dont est victime l’écologie, il est bon de se poser la question…
Un point qui peut pousser l’institution à agir est aussi sans doute la présence désormais de l’évaluation de la littératie climatique dans les futures évaluations PISA, dont on sait l’impact médiatique.
Mais, plus que jamais, c’est aux acteurs, les enseignants, mais aussi les autres personnels, et bien sûr les élèves, de s’engager sur un chemin qui peut être enthousiasmant, à l’image de la belle mobilisation d’un collège à Bondy relatée par sa principale. Tous mobilisés, pour reprendre le thème d’un dossier récent des Cahiers !
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Une année au fil de l’eau : à la source, par Charlotte Michaux (et les deux articles suivants)
L’éducation au changement climatique en action, portrait de Simon Klein par Monique Royer
Convention citoyenne pour le climat : aller plus loin sur l’éducation, entretien avec Mathieu Sanchez
Changement climatique : éduquer pour agir et ne pas désespérer, portrait de Mathilde Tricoire par Monique Royer
Pour une culture générale du climat, par Valérie Masson-Delmotte (article payant)
Le défi du climat doit être aussi un défi pour l’école !, par Marie Duru-Bellat
Sur notre librairie
Notes- Voir notre recension de son livre, L’école au cœur de la transition écologique, coécrit avec Corinne Martel (ESF, 2026).
- Adopte ta rivière, L’Iconoclaste, 2025.




