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Impressions de la Biennale internationale de l’éducation nouvelle

Dix ans déjà que Convergence(s) pour l’éducation nouvelle existe. Cinquième Biennale internationale. On pourrait se dire que l’on commence à avoir l’habitude… Mais non ! Une nouvelle fois, je suis surpris. On est là, ils sont là ! Venus de plusieurs pays, parlant plusieurs langues, ils ont pris le temps de la rencontre, de l’échange, du débat et du partage. Ils ont passé les frontières, luté (et payé cher…) pour obtenir leurs visas.
Réussir, dans le contexte mondial actuel, à tenir cet évènement en conservant sa dimension internationale, c’est chouette non ? Et puis il y a un invariant, acquis au fil des Biennales, construit au gré des rencontres : la simplicité, l’authenticité, la fluidité des relations. Aller vers l’autre, accueillir l’autre tout cela se fait naturellement, simplement, comme si c’était la norme !
Mais nous savons que non. Cette bienveillance, cette bientraitance nous la devons à nos conceptions de l’éducation certes, mais nous la devons surtout au climat de cette Biennale, de toutes ces Biennales qui font désormais références dans nos parcours militants. J’ai beau le savoir, une nouvelle fois, ici, en Italie, dès le premier jour, dès le premier « buongiorno », il faisait chaud.
Jean-Luc Cazaillon,
Ceméa France, membre du Comité de pilotage de Convergence(s)
J’ai été frappée par le fait qu’il a été beaucoup question de paix, lors de la séance d’ouverture de cette Biennale. De paix, et de la crise mondiale que nous traversons, avec le dérèglement climatique, les guerres, la montée en puissance des idées autoritaristes et d’extrême droite. Une crise multiple et complexe, qui nous mène « au bord du précipice », comme l’a répété à plusieurs reprises Mauro Ceruti, professeur de philosophie à l’université de Milan. Mais il a aussi rappelé qu’ « il parait qu’un autre monde est possible. Un autre monde que celui de la force, de la domination. »
Et tous les intervenants se sont accordés pour dire que « réhumaniser l’école », la thématique de cette Biennale, passerait nécessairement par une ouverture de l’école, et par le fait de « laisser sortir les voix des enfants dans la société », comme cela a été dit par un représentant des mouvements italiens organisateurs.
Un autre appel entendu également à la tribune : « Ne pas nous contenter de nos échanges, mais créer des partenariats avec les acteurs du monde politique. » Oui, elle est bien agréable et enthousiasmante, cette bulle de quatre jours entre des éducatrices et éducateurs passionnés et convaincus, pleins d’idées et à l’écoute les uns des autres. Mais pour changer l’école et la société, il faut aller à la rencontre de celles et ceux qui ne sont pas déjà convaincus, et essaimer.
Car, pour reprendre Carlo Petrini, journaliste et sociologue italien, fondateur de l’association Slow Food cité à la tribune : « Qui sème utopie ramasse réalité. »
Cécile Blanchard,
Rédactrice en chef des Cahiers pédagogiques

Affiche réalisée au cours de l’atelier « Pourquoi lutter contre les idées d’extrême droite ? ».
C’est ma première biennale. Une vraie belle découverte. J’avoue être arrivé en observateur un peu novice, sans trop savoir à quoi m’attendre… Après un petit temps d’adaptation (autant d’acronymes que d’associations représentées !) et quelques Spritz, tout commence à prendre sens. Et, de par mon parcours, je me sens à ma place.
À ma place en tant que professeur de mathématiques, bien sûr, mais également à ma place en tant qu’ancien animateur, directeur et formateur BAFA, et même en tant que président d’association sportive. L’éducation est l’affaire de tous et ne peut se segmenter. Les jeunes qui nous sont confiés sont les mêmes, quelle que soit la porte qu’ils ouvrent, celle de la salle de classe ou celle du stade.
Ici, l’enrichissement se fait lors de tous les temps informels, les échanges, les rencontres… Et puis il y a eu cet atelier avec Viviane Monnerville sur la recherche libre en mathématiques. Au moment de l’inscription, je ne savais pas que c’était mon ancienne copine formatrice, maintenant chercheuse, qui l’animait. Un moment très riche, où se mêlent pédagogie, didactique des maths, point de vue, expériences étrangères, etc.
Vivement la suite !
Baptiste Hebben,
enseignant de mathématiques en lycée à Dunkerque
Je n’avais pas pu aller à la dernière Biennale. Alors, bien sûr, l’idée ne m’était pas désagréable de combiner une virée italienne à des retrouvailles avec les pédagogies nouvelles, et surtout, il faut bien le dire, avec celles et ceux qui les font vivre et les pensent.
Comme je m’intéresse beaucoup ces dernières années aux questions de formation des adultes, je n’ai pas hésité bien longtemps quand il m’a été proposé de participer aussi au parcours pré-Biennale, puisque celle-ci visait au partage des pratiques de formation dans nos collectifs militants, qui ont en commun de s’inscrire dans le mouvement de l’éducation nouvelle.
J’ai eu la chance de coanimer un atelier imaginé sur le principe des Form@ctions, intitulé « Peut-on se transformer en faisant, à l’heure du numérique ? », aux côtés de Anne-Marie Cloet-Sanchez, conceptrice du dispositif et, pour l’occasion, également experte et grand-témoin de la séance.
J’ai ensuite participé à un atelier qui présentait les premières étapes du lancement d’un réseau d’échanges réciproques de savoirs, puis à un atelier d’écriture, histoire de donner sa place, aussi, au registre émotionnel et à la créativité dans des journées qui sollicitent beaucoup la réflexivité.
Après ces deux journées en plus petit comité, place à l’effervescence, aux rencontres plus ou moins fugaces, aux ateliers et aux terrasses où se croisent les langues, les expériences, les approches pédagogiques !
Nathalie Noël,
Médiatrice numérique et formatrice
C’est ma cinquième Biennale. Et pour la cinquième fois, je suis surpris par la bienveillance des participants… Le multilinguisme en particulier, je craignais que ce soit lourd mais quel plaisir1 !
Ce qui est vraiment nouveau, c’est que, cette fois, j’y suis aussi en tant que membre du comité de pilotage, je ne peux plus ronchonner quand ça coince un peu, quand je ne trouve pas une information pratique… Parce que, de l’intérieur, je vois l’extraordinaire mobilisation de ceux qui sont « dans les coulisses », comme on dit – au premier rang desquels nos amis italiens –, et la force d’adaptation du collectif. Ici, l’éducation nouvelle, ce sont bien sûr des convictions, des valeurs et principes partagés, l’espoir d’un futur meilleur, etc. Mais ce sont d’abord des pratiques au présent.
Yannick Mével
Formateur en Inspé retraité, membre du Comité de pilotage de la Biennale

À chaque langue sa couleur.
Que fait un personnel de direction d’EPLE (établissement public local d’enseignement) dans une Biennale de l’éducation nouvelle où sont présents nombre d’associations et mouvements pédagogiques et d’éducation populaire ?
« Je suis membre du comité de rédaction des Cahiers pédagogiques et du conseil d’administration du CRAP-Cahiers pédagogiques » pourrait être une première réponse. Mais je suis aussi principale adjointe en collège. Et la question serait davantage : comment faire de cette biennale un lieu de réflexion pour ma pratique professionnelle ?
L’institution nous définit (notamment) comme pilote pédagogique de l’établissement. Comment pourrais-je être ce pilote sans m’intéresser à ces mouvements et comprendre ce qui se fait, ce qui pourrait se faire en classe, en établissement ?
Comment penser mon métier pas uniquement comme un relais et un organisateur des textes officiels et des demandes institutionnelles, programmes, protocoles, plans, etc., mais aussi comme pilote d’un lieu d’humanité, où se développent des relations humaines, où se vivent des valeurs humanistes, où s’éduquent des élèves futurs citoyens, où chacun peut « grandir en humanité » ?
Confronter mes connaissances, interroger des pratiques, mettre en réflexion, questionner, penser, discuter avec des collègues du monde entier, écouter des témoignages, confronter des possibles, au travers d’ateliers, de conférences, de repas partagés… J’ai vécu tout ça lors de cette Biennale !
Rachel Harent,
Principale adjointe de collège dans la Sarthe
Eh bien, j’ai participé au long de ma vie à plusieurs rencontres pédagogiques de mon association (MCE) à Verone. Je n’en suis jamais sorti si fatigué mais en même temps satisfait et plein d’énergie pour m’opposer aux violences culturelles et physiques que nos gouvernements opposent à n’importe quel effort d’émancipation.
Je rentre à Venise avec le désir de revenir vivre d’autres Biennales, en Europe, mais j’espère aussi en Afrique, en Amérique Latine, en Asie, pour partager d’autres points de vue et d’autres langues et culture.
À l’age de 78 ans, je me redécouvre curieux et désireux d’apprendre encore. Merci à cette Biennale qui m’a épuisé mais aussi rempli !
La prochaine fois, je prendrai les choses avec plus de calme et de souplesse, mais j’y serai encore ! Et si nous ne sommes pas en Europe, tant mieux. Pour reprendre un vieil adage : « Veronesi tutti matti » (« à Verone, tous fous ») ! Merci au Copil, aux Ceméa, au Pôle de la connaissance, au MCE.
Giancarlo Cavinato,
MCE (Movimento di Cooperazione Educativa)
Une Biennale de Convergence(s) à Vérone! Une ville magnifique et un endroit prestigieux, la Gran Guardia pour nos travaux. Quatre jours denses de retrouvailles, de nouvelles rencontres à travers des conférences, des témoignages, des ateliers pour expérimenter et des débats pour bousculer nos représentations et controverser dans le respect de l’autre.
Ce qui nous réunit au-delà de nos différences générationnelles, associatives professionnelles, linguistiques, géographiques, c’est l’ouverture, l’enthousiasme et la curiosité ! Toutes et tous porteurs d’utopies concrètes, car nous sommes convaincus que l’éducation comme paideia est fondamentale. Toujours grandir ensemble en humanité pour apprendre ce qu’est qu’être humain dans notre monde et notre planète en profond bouleversement…
Que de belles rencontres porteuses d’espoir en un avenir dans lequel l’humain est au centre ! Je reviens de la Biennale pleine de dynamisme et d’enthousiasme renouvelé ! Et je sais que je ne suis pas seule. Chaleureusement merci à tous et, bien sûr, aux organisateurs italiens !
Marlene Lebrun
GREF (Groupement des éducateurs sans frontières)
Le cadre : Vérone mosaïque de couleur. Des pavés luisants des façades aux tons oranges, jaunes, ocres, délavés et décadents. Des palais à couper le souffle, l’impression d’être hors du temps.
Même la Biennale se tient dans un palais, le Palazzo de la Gran Guardia, lieu majestueux, bien que peu adapté. En effet, mis à part l’auditorium moderne, les salles hautes de plafond ont une acoustique épouvantable !
La mosaïque des couleurs du dehors fait écho à d’autres mosaïques au-dedans : mosaïque d’associations et de mouvements pédagogiques, mosaïque de langues et de pays. Et pourtant, chaque débat, chaque témoignage montre que nos préoccupations sont partagées, le désir de permettre à tous les jeunes de réussir et d’être outillés pour prendre pleinement part, comme acteurs, à la société de demain.
Certains échanges permettent aussi de relativiser nos problèmes, car chez nous, les enfants ont tous accès à l’école alors que, dans certains pays, l’accès à l’école reste un combat.
Je garderai comme temps fort l’intervention de Teresita Garduño Rubio, fondatrice de l’Escuela activa paidos au Mexique, qui éduque les élèves au militantisme et à la révolution. Je me sens lâche, en miroir, de me sentir obligée de respecter une neutralité politique.
D’autres questions soulevées au cours de ces quelques jours : le militantisme empêche-t-il l’objectivité du chercheur ? L’expression et la discussion suffisent-elles à gérer sa colère ou à dompter sa peur et sa violence lorsqu’on vit sous la menace ? Toutes nos actions, ces gouttes d’eau, vont-elles un jour essaimer et transformer en profondeur l’école ?
Monica Levy
Professeure de mathématiques en lycée dans les Yvelines
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Notes
- [Avec une vingtaine pays représentés, et sept langues d’échange au moins (italien, français, espagnol, anglais, arabe, hongrois et allemand), des traductions coopératives ont été mises en place, parfois chuchotées, parfois à haute voix. Un participant ou participante parlant plusieurs langues peut se proposer pour ces traductions tout au long de la Biennale, et toutes et tous portent un ou des badges dont la couleur indique les langues qu’il ou elle parle.]










