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École dehors : l’exemple écossais peut-il inspirer la France ?

Photo Dèlio Grach
Douglass Ross : En tant qu’élève, j’ai eu la chance de participer, dans les années 1990, à un séjour scolaire en plein air. Lors des débats autour du projet de loi porté par Liz Smith au Parlement écossais, j’ai évoqué mon expérience personnelle et les bénéfices que j’avais pu en tirer. De nombreux autres députés écossais ont également partagé leurs souvenirs et exprimé leur volonté d’offrir cette opportunité à davantage de jeunes en Écosse.
Liz Smith : En tant qu’enseignante dans une école indépendante à Édimbourg entre 1983 et 1998 (George Watson’s College), je faisais partie d’une équipe qui organisait chaque année, en mai, des séjours éducatifs en plein air pour des élèves de 14 et 15 ans. J’ai pu observer l’expérience que cela pouvait représenter, mais aussi leurs effets positifs sur l’ensemble de leur parcours éducatif et leur développement personnel. L’éducation en plein air est l’une des expériences d’apprentissage les plus précieuses et les plus enrichissantes que tout jeune puisse vivre au cours de sa scolarité.
Étant élue depuis 20071, j’ai constaté que trop de jeunes n’avaient pas accès à ce type d’expérience, ce qui me semblait injuste. Après la pandémie de covid, j’ai estimé que ces bénéfices étaient encore plus nécessaires, en particulier pour renforcer la résilience des jeunes.
D. R. : Cela peut recouvrir des réalités très diverses, mais la loi adoptée en Écosse garantit à chaque élève la possibilité de vivre une expérience d’éducation en plein air avec hébergement au cours de sa scolarité. Nous avons recueilli des preuves très nombreuses et solides des bénéfices de ce type d’éducation, ce qui explique le large soutien dont a bénéficié le projet de loi de Liz Smith, à l’intérieur comme à l’extérieur du Parlement. Nous suivrons attentivement la mise en œuvre de la loi, mais je suis très confiant quant au fait que tous les élèves qui y participeront en tireront des bénéfices.
L. S. : « Apprendre dehors » recouvre une grande diversité de situations : cela peut aller d’activités en extérieur dans l’enceinte de l’école à des séjours avec déplacement. La loi a été adoptée le 11 février. Sa mise en œuvre prendra du temps, mais toutes les autorités locales2 ont désormais l’obligation de proposer des séjours éducatifs à tous les jeunes, ce qui n’était pas le cas auparavant. La loi n’est pas encore pleinement mise en œuvre, donc son évaluation prendra du temps. Toutefois, les données internationales sont très convaincantes quant aux bénéfices, notamment celles de l’organisation caritative Outward Bound. L’éducation dehors contribue clairement à améliorer le bienêtre mental et à réduire les inégalités sociales. Ces bénéfices concernent aussi les enfants à besoins spécifiques3.
D. R. : Oui, les bénéfices sont nombreux, pour les élèves comme pour le personnel. Nous avons entendu de nombreux témoignages lors de l’examen du projet de loi. Beaucoup ont souligné l’importance de l’éducation dehors et son impact sur l’expérience scolaire globale des élèves.
D. R. : Dans le cadre de l’examen du projet de loi en commission, nous avons entendu certaines inquiétudes de la part d’enseignants et de syndicats. Celles-ci ont été prises en compte par Liz Smith, qui a travaillé avec le gouvernement et les autres députés pour répondre aux principales préoccupations soulevées.
L. S. : J’ai bénéficié d’un soutien très large, à l’exception des syndicats enseignants (préoccupés par des questions sur leurs contrats), de certaines autorités locales (déjà sous forte contrainte budgétaire) et du gouvernement écossais (qui jugeait la loi trop couteuse).Mais 96 % des plus de 500 contributions à la consultation étaient toutefois très positives.
D. R. : Lors de notre visite à Paris, en échangeant avec les députés Graziella Melchior, Jérémie Iordanoff et Florence Hérouin-Léautey ainsi que la sénatrice Colombe Brossel et des acteurs de l’éducation, nous avons constaté une réelle volonté de développer ces pratiques. J’espère que la loi écossaise pourra créer un élan en faveur d’initiatives similaires en France.
L. S. : D’après les échanges que nous avons eus à Paris, les obstacles sont similaires : couts, égalité d’accès, temps des enseignants et hétérogénéité des pratiques selon les territoires. Cependant, les projets de loi en préparation et les travaux engagés sont encourageants.
D. R. : Nous avons eu un programme très dense qui nous a permis de partager nos expériences et d’apprendre les uns des autres. Il existe une grande quantité de données et de ressources que nous pouvons mutualiser pour permettre à un maximum de jeunes de bénéficier de l’éducation dehors. L’analyse du projet de loi en Écosse m’a convaincu des bénéfices qu’une telle législation pourrait avoir à l’échelle européenne.
L. S. : Nous avons été ravis de notre visite à Paris. Les échanges au Sénat, à l’Assemblée nationale et au British Council ont été particulièrement riches et intéressants. Chaque pays reste souverain en matière de politiques éducatives, mais il existe un fort potentiel de coopération européenne. L’intérêt manifesté par l’Italie, l’Allemagne et la Belgique est très positif. Je me tiens prête à contribuer à ces dynamiques.
Une loi pour garantir l’accès à l’école dehors
Portée par Liz Smith, députée du Scottish Conservative and Unionist Party et ancienne enseignante, la loi sur l’éducation en plein air a été adoptée en Écosse le 16 décembre 2025.
Son objectif : garantir à chaque élève l’accès à au moins une expérience éducative en extérieur au cours de sa scolarité.
Concrètement, le texte prévoit que les établissements scolaires doivent, dans la mesure du possible, proposer ou organiser au moins un séjour scolaire, d’une durée équivalente à cinq jours et quatre nuits (consécutifs ou non). Ces expériences peuvent se dérouler dans différents cadres : centres de plein air, auberges de jeunesse, camps ou encore activités en mer.
La loi impose également aux ministres écossais de publier des directives à destination des établissements, afin d’accompagner sa mise en œuvre.
Sur le plan financier, un soutien public est prévu, mais une contribution des familles peut être demandée. Le dispositif repose ainsi sur une obligation de moyens et non de résultat : il s’agit de garantir l’accès, sans imposer un modèle uniforme.
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Notes- Le mandat de Liz Smith se terminera en mai 2026.
- NDLR : équivalentes aux départements en France.
- Voir l’étude Faire classe dehors en IME : inclusion, nature et santé mentale et aussi ces Ressources « Inclusion et classe dehors ».



