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À quoi sert l’IA ?

Pour beaucoup d’enseignants, l’enjeu de l’IA est surtout celui de la triche. Mais on peut dépasser cette question en la considérant comme un révélateur de questions jusque-là implicites, jamais vraiment tranchées. À quoi sert d’apprendre ? À quoi sert de travailler, de faire des efforts, si l’IA peut les faire à notre place ?

L’IA replace le projecteur sur une question qui se pose à chaque bond technologique : au fond, à quoi servent nos conventions pédagogiques si le résultat attendu peut être fourni par un outil technologique ? Donne-t-on un travail par habitude, par conformisme, ou parce qu’il a un objectif d’apprentissage précis ? L’IA nous oblige à nous pencher sur le sens de notre travail.

Ses immenses possibilités sont tout aussi séduisantes pour les enseignants. Enfin un outil qui promet de faire gagner du temps pour concevoir les cours, les adapter, les personnaliser et même pour corriger les copies, ce travail de Sisyphe ! Mais alors comment éviter de tendre la perche à des décideurs politiques pour lesquels la tentation est grande de contourner l’enseignant, voire de s’en passer, pour réduire les couts ? Comment faire comprendre la valeur ajoutée de l’humain concepteur des apprentissages ?

Les risques liés à l’utilisation des IA sont désormais bien connus, qu’ils soient cognitifs, environnementaux, ou politiques par la dépendance à quelques grandes firmes aux objectifs à l’opposé de la philanthropie. Mais l’IA fait désormais partie de notre quotidien privé comme professionnel. Apprendre et enseigner comment l’utiliser est devenu essentiel.

Une génération grandit avec des outils qui répondent avant même que la question soit bien posée. L’enjeu pédagogique majeur pourrait être d’apprendre aux élèves la valeur du chemin : tolérer l’incertitude, formuler soi-même, rester dans l’inconfort d’une pensée incomplète. Pas contre l’IA, mais grâce à la conscience de ce qu’on lui confie.

Alexandra Rayzal

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Une du numéro 606, « Faire classe à l’ère de l’IA »