En mai 2016, l’Observatoire des pratiques en éducation prioritaire a publié un rapport sur Le travail des élèves en dehors de la classe[[Observatoire des pratiques en éducation prioritaire, Le travail personnel des élèves en dehors de la classe, Carep de l’académie de Créteil, 2016.]], dans lequel il énonçait douze recommandations. Dans le Dossier de veille de l’IFÉ paru en juin, Rémi Thibert investigue quelques-uns des travaux de recherche sur le sujet. Autant dire que le travail personnel est un sujet d’actualité qui pourrait donner lieu à une prochaine conférence.

On associe souvent le travail personnel de l’élève au travail réalisé à la maison. On évoque alors l’environnement familial de travail et la difficulté de certains élèves à faire leurs devoirs ; on répond à cette problématique par des solutions d’aide, de soutien ou d’accompagnement, dans l’école ou hors de l’école ; on doute de l’efficacité des devoirs sur les performances scolaires ; on s’interroge sur les bonnes raisons de faire faire des devoirs, notamment aux plus jeunes : rendre compte du travail accompli auprès des parents, maintenir la pression sur la nécessité de l’effort et du travail ou faire réviser les notions abordées dans la journée ?

Qu’est-ce qui constitue ce travail personnel ? S’il s’agit de travail à la maison, la circulaire de 1956 pour l’école primaire précise bien qu’il ne peut être question de travail écrit, mais bien de leçons à apprendre. S’il s’agit du travail qui peut être fait en classe, et qui finalement correspond au temps pendant lequel les élèves sont en activité, il peut se faire en groupe ou individuellement. Dans l’un et l’autre cas, on imagine bien la nécessité, évoquée par les chercheurs, les observateurs ou les responsables institutionnels, de se focaliser sur les apprentissages, sur l’explicitation de ce travail par rapport aux attendus. Cette explicitation passe par des consignes claires, pour faire comprendre les objectifs, pour favoriser l’autonomie des élèves ; lors du travail en classe, ces consignes doivent s’accompagner de temps de regroupement pour s’assurer que tous les élèves travaillent dans le sens souhaité. D’ailleurs, il serait intéressant de revoir l’articulation entre le travail individuel des élèves en classe avec le travail collectif, finalement très peu présent dans les salles de cours, afin de favoriser les interactions de chacun. Cela nécessite de sortir de la relation individuelle enseignant-élève.

Quel est l’intérêt ?

Les devoirs à la maison n’ont d’intérêt que s’ils permettent à l’enseignant de constater si l’élève a compris le travail amorcé en classe (et pas seulement s’il a fait ses devoirs) et de reprendre des notions qui n’auraient pas été comprises. La centration sur les apprentissages et la préoccupation des inégalités engendrées par la pratique des devoirs à la maison conduit à préconiser, plutôt qu’une externalisation, une internalisation dans l’école du travail de l’élève hors la classe. Outre l’aménagement d’espaces et de temps dédiés au travail personnel, le travail collectif des enseignants pour organiser le travail personnel de l’élève hors la classe est un facteur favorisant les apprentissages, dès lors qu’il y a échanges sur les difficultés rencontrées par les élèves (voir ce qu’ont écrit ­Séverine Kakpo et Patrick Rayou[[Séverine Kakpo et Patrick Rayou, « Contrats didactiques et contrats sociaux du travail hors la classe », Éducation et didactique, vol. 4, n° 2, 2010, p. 41-55.]] ou Rémi Bonasio et Philippe Veyrunes[[Rémi Bonasio et Philippe Veyrunes, « Activité collective et apprentissages dans la pratique des devoirs », Éducation & formation, n° 304-01, 2016, p. 73-86.]]). La coanimation a fait la preuve de son efficacité pour diagnostiquer les points de blocage et pour trouver comment y remédier.

Patrick Rayou a mis en avant la nécessité d’articuler simultanément trois registres dans les dispositifs d’aide aux élèves mis en place dans les établissements : le registre cognitif, bien souvent minoré autant par les enseignants que les élèves, car on se contente souvent de bachotage en vue de réussir le prochain devoir ; le registre culturel, essentiel pour faire les ponts entre les savoirs ; le registre identitaire-symbolique, pour travailler notamment sur l’estime de soi. Se contenter de travailler un seul de ces registres voue à l’échec tout dispositif[[Dominique Glasman et Patrick Rayou (dir.), Qu’est-ce qui soutient les élèves ? Rapport du centre Alain-Savary, ENS de Lyon, Institut français de l’éducation, 2015.]]. Quelle que soit l’organisation retenue, il est primordial que l’aide soit effectivement intégrée au fonctionnement de l’établissement.

La question du travail personnel de l’élève interroge in fine l’acte pédagogique lui-même, dans la classe. Comment mettre en activité les élèves afin qu’ils s’engagent dans les apprentissages ? La motivation n’est pas suffisante, voire elle nait de cette mise en activité. Ce qui se passe en classe, notamment en fin de cours, a une incidence indéniable sur le travail que l’élève va réaliser hors la classe.

Annie Feyfant
Chargée d’études et de recherche, service Veille et analyse de l’Institut français de l’éducation (ENS de Lyon)

Rémi Thibert
Chargé d’études et de recherche, service Veille et analyse de l’IFÉ (ENS de Lyon)


Pour en savoir plus
Rémi Thibert, « Représentations et enjeux du travail personnel de l’élève », Dossier de veille de l’IFÉ, n° 111, IFÉ-ENS de Lyon, juin 2016. En ligne : https://miniurl.be/r-16wa