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Les portraits du jeudi, par Monique Royer

Les bonnes ondes de la radio scolaire

Gérard Colavecchio

26 mars 2015

La radio scolaire est une histoire ancienne sur laquelle le numérique a insufflé un renouveau pédagogique avec les webradios. Gérard Colavecchio, responsable du pôle web et audiovisuel du CLEMI, nous raconte les vertus d’un média où la rigueur fraye avec la créativité.


En pleine Semaine de la presse et des médias dans l’école, il rentre tout juste de Bayonne où une expérience de radio captée a été réalisée au collège Albert Camus. L’émission, consacrée aux usages d’Internet, est filmée par une caméra discrète. Elle est retransmise en streaming pour être suivie en direct par les élèves, les parents. Elle est encore visible sur le site Bahut Actu pour un public plus large. Autour d’une table ronde, installée au sein du CDI, des élèves et un enseignant de mathématiques et formateur en éducation aux médias, sont réunis. Les premiers interviewent le second, des jingles rythment les échanges illustrés par un micro-trottoir et des chroniques. Ce que les collégiens et les enseignants font avec Internet, quelles sont les précautions à prendre, quels sont les risques, qu’est-ce que le droit à l’image, le sujet est fouillé, traité avec sérieux. «  Parmi les élèves, certains sont en grande difficulté, et là, sur cette émission, il est impossible de les repérer  » souligne Gérard Colavecchio.

Une webradio de ce type est une affaire d’équipe où chacun trouve sa place dans la multitude de métiers réunis, de la technique à l’animation. «  C’est une ruche radiophonique où tout le monde travaille à un instant T pour un même objectif  ». La situation du direct renforce encore la nécessité de bien préparer. Des savoirs croisés sont mis en pratique. Il faut rechercher des informations, produire des écrits destinés à être oralisés, s’entraîner à les lire, assurer la technique, créer des jingles. «  Le direct va construire un objectif concret. Pour parler à un public donné, il va falloir faire tout cela dans un laps de temps donné.  » Dans cet élan collectif créatif, où le résultat est enregistré, écouté voire vu par un public connu et inconnu, le dépassement est quasiment la règle pour montrer le meilleur de soi-même.

La radio captée est l’une des formes de webradio, sans doute la plus aboutie et la plus ambitieuse. Depuis la petite station installée au fond de la classe avec un microcasque et un enregistreur jusqu’au studio, les possibilités sont vastes.

La libération des ondes au début des années 80 avait offert un premier regain aux radios scolaires. Elles nécessitaient une antenne sur le toit et une autorisation d’émettre avec des temps d’émission obligatoires qui alternaient programmes enregistrés ou en direct et playlist. Vingt sept avaient ainsi vu le jour. Aujourd’hui, une vingtaine de radios hertziennes émettent toujours. L’arrivée du numérique a généré un second élan, une nouvelle effervescence décuplée par la relative simplicité technique et la levée de la contrainte de déclaration. Seule désormais une autorisation du rectorat et de l’établissement s’impose.

Gérard Colavecchio a découvert le potentiel pédagogique de la radio lorsqu’il était professeur des écoles. Au départ, les enregistrements étaient faits sur des cassettes puis ils ont été transformés en podcasts et postés sur le site de l’école. Ils se sont enrichis de jingles créés par les élèves. Un partenariat est né avec le festival «  Blues sur Seine  » de Mantes-la-Jolie. Des sorties étaient organisées pour des visites, des expositions. Au fil du temps, la petite radio du fond de la classe est devenue un projet structurant et fédérateur. L’enseignant a appris, s’est passionné pour le média.

Un poste était libre à la Cité des Sciences. Sa candidature a été retenue pour participer à la belle expérience de la création du Carrefour du numérique. Là encore, la radio le rattrape avec des animations d’émissions enrichies par des chats pour relayer les questions des auditeurs auprès des invités. Alors naturellement, lorsqu’il y a huit ans, il est arrivé au CLEMI, il s’est emparé du sujet des webradios. «  Sur le terrain, il y a un travail exceptionnel. J’essaie de les accompagner au maximum, par exemple en rencontrant les directions informatiques du rectorat  ». Lever les obstacles, former, constituer un réseau pour démultiplier, rassurer, conforter, la mission est diverse.

Dix académies sont pilotes dans des projets de webradio en streaming, trente accueillent des projets avec la collaboration des équipes académiques du CLEMI. Partout en France, un réseau de quatre-vingts référents forme les enseignants et démultiplie les astuces et les conseils. Ils ont été repérés par les coordonnateurs du CLEMI en raison de leur appétence pour la radio. Ils ont suivi un cycle de formations pour à leur tour accompagner des projets et former des enseignants. Ils mutualisent des fiches techniques, des tutoriels.

Rencontres de l’ORME, Marseille

La facilité apparente du média est un atout mais aussi une faille. «  Avec les radios hertziennes, pour obtenir une autorisation, il fallait nécessairement une charte éditoriale, une grille de programme et pour trouver des fonds, un projet bien construit. Une réflexion en amont était indispensable.  » Aujourd’hui, la tentation est grande d’élaborer un projet au moment où l’idée se met en œuvre. «  On enregistre, on monte et hop on met en ligne  ». L’allègement des supports n’exonère pas la radio scolaire du respect des droits liés aux médias et à l’utilisation des voix des élèves. La webradio doit être conçue comme une véritable création sonore. L’éducation numérique, artistique, est aussi mobilisée pour que l’expression soit argumentée, documentée, illustrée par des sons, des reportages, pour qu’elle ne tombe pas à plat. Là, l’accompagnement et la formation sont des alliés précieux. «  La web radio est un formidable moyen de resserrer le fossé entre les pratiques scolaires et les pratiques médiatiques à la maison  ».

L’intérêt des pratiques radiophoniques à l’école rencontre un écho de plus en plus larges, des établissements scolaires aux ministères. Najat Vallaud-Belkacem inclut les radios dans les médias créés à l’initiative des établissements dans le cadre du parcours citoyen. Fleur Pellerin a annoncé quant à elle une contribution du Fonds de soutien à l’expression radiophonique en faveur de l’éducation aux médias. Et s’il fallait illustrer encore les beaux jours de la radio scolaire, il suffirait de regarder la liste des radios associatives et généralistes associées à la Semaine de la presse et des médias dans l’école.

Dans cet essor, Gérard Colavecchio voit dans la radio captée une étape nouvelle dans la diffusion des webradios. En s’adjoignant une vidéo comme support, elle rencontrera par la voie des réseaux sociaux d’autres publics et renforcera encore ce souci d’exigence qui rassemble dans un même projet une classe entière. «  La radio scolaire est une école de rigueur  » souligne-t-il. A voir l’émission des collégiens de Bayonne, pas une seconde nous n’en doutons.

Monique Royer

Le site Bahut Actu : http://www.bahut-actu.fr/spip/index.php
Le site du CLEMI : http://www.clemi.org/fr/
La webradio scolaire : http://www.clemi.fr/fr/productions-des-eleves/web-radios/
Le fil twitter de la radio scolaire : https://twitter.com/clemiwebradio

Sur la librairie

 

Les portraits de Monique Royer
Ils enseignent en classe d’accueil, au Liban, à des élèves handicapés. Ils utilisent un blog, de la couleur ou les volcans. Ils sont enseignants, chef d’établissement, journalistes. Ce sont dix-neuf portraits d’enseignants et d’acteurs de l’école que l’on découvre dans ce dossier

 

 

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