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Le portrait du jeudi, par Monique Royer

Des notes oui, mais de musique

Logann Vince

12 décembre 2014

Créativité, ouverture, curiosité, le triptyque pourrait s’inscrire au fronton des pratiques artistiques. Et si à l’école, leur enseignement était source de renouvellement pédagogique ? Rencontre avec un enseignant d’éducation musicale pour qui la richesse de son métier se nourrit d’une incessante découverte.


Logann Vince enseigne l’éducation musicale au collège Saint-Joseph de Ploudalmézeau dans le Finistère, dans la ville où il a grandi. « Cela a du sens d’être dans un environnement familier, en lien avec la dimension locale. » Un choix aussi d’être professeur dans un établissement scolaire plutôt que dans un conservatoire. « Je voulais être enseignant au sens large ». Depuis cinq ans, juste après son CAPES et son agrégation, il construit, essaie, expérimente une façon d’enseigner qui ouvre et relie au monde, à de multiples mondes. Pour lui, la musique est une chance, celle donnée aux élèves de produire quelque chose et de le montrer, le partager. Il s’étonne de la perception négative qui pointe derrière les questions posées sur son métier, légendes de la flute à bec à la clé. Bien sur, les 425 élèves des 17 classes du collège ne sont pas tous d’emblée motivés pour sa discipline, le plaisir nait des situations d’apprentissage proposées, où la mise en action est la règle commune. La musique est une invitation pour grandir et acquérir autonomie et sens de l’exploration. Pour l’enseignant, elle est propice à la créativité pédagogique. Le contenu des programmes d’éducation musicale, construit en compétences, la favorise. La culture de son établissement orientée vers l’art l’encourage ; le numérique lui offre des supports. Avoir accès, en quatre ans, à tous les styles de musique de l’antiquité au XXIe siècle, l’objectif est large et simple. Pour l’atteindre, l’enseignant choisit la voie de la pratique, « une pratique au service de quelque chose et pas pour la technique », une pratique qui permet à tous de toucher un instrument.

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A raison d’une heure par semaine, il serait fort ambitieux de transformer tous les élèves en d’habiles musiciens. Le but n’est pas là mais d’ouvrir les champs de la curiosité vers des univers que l’on ne fréquenterait pas, trop éloignés de son quotidien culturel ou simplement inconnus. Le chant, les instruments comme les claviers ou les percussions se pratiquent pour explorer les thèmes du programme : la pulsation, les rythmes ou encore les accords. Ils sont mis en valeur par des enregistrements et même parfois des clips en ligne ou des représentations en publics. La chaine Youtube a récolté déjà plus de 150 000 vues, dont 100 000 pour le Cupsong réalisé l’an passé. Ce défi musical a été vécu en collectif avec un grand cercle de 250 élèves rythmant leur chant en frappant des gobelets passant de main en main. Logann Vince explore une multitude de chemins pour que les élèves s’exemptent de la passivité. « J’ai l’impression que quand on met les élèves en situation de produire de la musique ou de la réflexion, il n’y a ni réticence, ni problème de comportement ». Il a adopté le principe de la classe inversée en proposant des supports en ligne avant le cours, pour le préparer et le consacrer aux activités. « Je n’ai pas l’impression d’avoir bouleversé les choses, j’optimise juste le temps en classe et les élèves savent à l’avance ce qu’il va s’y passer  ».

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Il utilise les réseaux sociaux pour « ouvrir la classe vers l’extérieur mais aussi faire venir la vie dans la classe ». Depuis le début de l’année, avec « Entrée des artistes », les classes entrent en contact virtuel avec des artistes, des institutions dans le domaine musical. Les premiers rendez-vous ont été balisés par l’enseignant mais depuis peu, les élèves recherchent avec le compte twitter de la classe l’intervenant qui viendra illustrer le thème traité ce jour là. Pour l’opéra, un jeune chanteur a répondu présent, échangé avec la classe via Skype, dépoussiérant l’image passéiste qui sied au genre. « Ce que dit le prof peut-être perçu comme vrai mais lointain, là les élèves entrent directement en interaction avec un artiste qui parle de son métier de façon normale, proche  ». Le contact ne s’arrête pas là, la classe envoie ensuite ses productions à l’interlocuteur, cette fois-ci des travaux sur Carmen de Bizet. L’échange ne prend pas beaucoup de temps, pas plus de 30 minutes, et apporte énormément par les horizons ouverts. « On n’est plus sur une réaction primaire j’aime ou j’aime pas ». Pour l’enseignant, l’objectif des ses pratiques pédagogiques est simple : « Si les élèves de 3e sont capables d’êtres pris par de nouvelles découvertes, alors le pari est gagné ». Les 5e explorent cette année les chants grégoriens en lien avec le programme traité en histoire. Depuis la classe de musique se déploient de multiples liens avec d’autres apprentissages, d’autres univers, dans le foisonnement de la curiosité qui fructifie. Et pour les créer, l’enseignant s’inspire des initiatives développées ailleurs, d’idées échangées notamment sur les réseaux sociaux.

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« Etre enseignant au sens large » signifie aussi s’investir dans la vie du collège en participant au conseil pédagogique ou en prenant la responsabilité d’un niveau de classe ; et puis de partager, de regarder ce que font les autres enseignants, quelle que soit leur approche. Logann Vince observe le développement des projets, des tâches complexes, du travail en ilot mené par ses collègues. «  Petit à petit, je vois que nous sommes de plus en plus nombreux à être convaincus qu’il faut donner de l’autonomie aux élèves et dépasser la crainte qu’ils n’en soient pas capables ». Dans l’équipe de 35 professeurs, tous n’ont pas adopté cette posture. L’enseignant « peste parfois » que cela n’aille pas plus vite mais voit dans la diversité des approches, dans le débat, une source d’apprentissage. « Le fait de travailler à plusieurs amène l’expression d’avis différents et c’est une chance. Je me nourris de cela car je n’ai pas toutes les solutions  ». Alors, Logann Vince partage et invite ses collègues à créer ensemble des passerelles, des projets entre les disciplines. L’idéal pour lui serait « d’éviter le saucissonnage des journées avec une approche interdisciplinaire ». Pour le moment, les expériences sont ponctuelles à l’occasion par exemple d’une séquence consacrée au cirque mise en musique, d’un slam écrit en cours de français. Elles sont riches et mériteraient de s’amplifier par une intégration anticipée dans des progressions pédagogiques concertées. Le numérique frappe à la porte de l’école, amenant avec lui d’autres façons d’appréhender le monde et de rendre proche ce qui paraissait inaccessible, à condition que les pratiques dans la classe l’apprivoisent.
« J’aime enseigner en collège car il y a plein de défis à relever  » nous dit Logann Vince. Et son chemin encore neuf dans l’enseignement est déjà orné de notes de réussite, celles déposées par ses élèves sur une portée en construction, la leur et la sienne.

Monique Royer

Le site de Logann Vince
http://logann-vince.e-monsite.com

Son compte twitter @logannvince
La chaine Youtube : www.youtube.com/user/musiquesaintjo

Voir en ligne : Le site de Logann Vince

Sur la librairie

 

Les portraits de Monique Royer
Ils enseignent en classe d’accueil, au Liban, à des élèves handicapés. Ils utilisent un blog, de la couleur ou les volcans. Ils sont enseignants, chef d’établissement, journalistes. Ce sont dix-neuf portraits d’enseignants et d’acteurs de l’école que l’on découvre dans ce dossier