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Nouveau collège

De la pâte à tartiner à la mondialisation

Élodie Martin

5 juillet 2017

Tiens donc, un EPI dont le thème est la pâte à tartiner : nouvelle lubie grotesque de pédagogistes ? Et si, au contraire, à partir de ce prétexte, les élèves abordaient des questions graves autour de la santé, de l’environnement et du commerce équitable, en travaillant compétences et connaissances des programmes ?


À l’heure du bilan de notre EPI, quoi de mieux que partir des mots des élèves pour l’évoquer et expliquer comment la pâte à tartiner est devenue un objet d’apprentissage et de questionnement ?

Hayrunissa : « L’huile de palme est mauvaise pour la santé pourtant nous en mangeons tous les matins. »
L’an dernier (2015-2016), suite à quelques séances évoquant la déforestation, j’ai constaté que les élèves de ma classe de 5e ignoraient la composition de « la » pâte à tartiner (bien connue !) du commerce conventionnel. Mais aussi que, pour certains élèves, la consommation de ce type de produit était quotidienne voire pluriquotidienne. Après ce constat, une dégustation à l’aveugle de pâtes à tartiner plus « durables » et plus saines fut réalisée. La réaction positive et spontanée des élèves m’a poussée à envisager de faire de ce produit du quotidien un vecteur d’apprentissage.

Emma : « Certains professeurs nous ont expliqué cet EPI et il a commencé par un questionnaire sur notre consommation. »
Cinq disciplines (géographie, langues vivantes, mathématiques, français, EMC) sont concernées par ce projet, ainsi que deux autres intervenants : l’infirmière de notre collège, pour aborder l’équilibre alimentaire, et l’association Artisans du monde pour aborder le commerce équitable et sensibiliser les élèves aux choix de consommation.

Pour la géographie, qui est la matière principale de l’EPI, celui-ci s’est inséré dans trois thèmes du programme. En langue vivante, c’est l’alimentation qui est abordée : par exemple, la collation des écoliers allemands comparée à la collation « à la française ». La recette de la pâte à tartiner du commerce, l’étude d’une recette commune et une étude de marché ont permis de travailler en mathématiques les conversions, les proportionnalités et les statistiques. Les élèves ont aussi rédigé en Français une narration sur l’EPI – qui me permet de faire ce bilan aujourd’hui – et ils ont écrit sur leur sentiment, l’éveil de leur sens au moment de la dégustation.

L’objectif commun était d’amener l’élève à se questionner autour d’un besoin vital (s’alimenter) et d’un comportement du quotidien (consommer) pour devenir un citoyen responsable et conscient des enjeux de son époque, afin d’agir pour lui-même (sa santé), pour les autres (l’Humanité) et pour l’environnement (développement durable).

Mais c’est par une mise en situation plus « accrocheuse », un questionnaire individuel, que le projet a débuté, afin qu’il soit porteur de sens. Les élèves ont commencé à se questionner sur leur quotidien et leurs représentations sur ce produit, puis ont échangé. Certains connaissaient sa composition, d’autres moins, et ils ont spontanément réagi comme Samira qui a dit : « Mais, on nous ment sur l’étiquette, entre le dessin et la vraie composition ! »

Fama et Arthur : « Nous faire réfléchir, fabriquer sa pâte à tartiner sans huile de palme et moins de sucre. »
La finalité gustative était très attendue des élèves ! Seul(e) ou à deux, ils ont donc rapporté leur pâte à tartiner fabriquée à la maison, selon une recette qu’ils avaient à trouver ou inventer (faute de lieu où préparer la pâte à tartiner dans l’établissement). Les élèves ont beaucoup apprécié ce moment de dégustation et de partage, notamment avec ceux qui n’ont pu apporter de pâte à tartiner. Il y a eu beaucoup d’échanges (autour du goût, de la recette, de leurs impressions...) et les élèves se sont investis dans la dégustation de cinq pâtes à tartiner et leur évaluation. Pour les élèves, cela a été l’occasion de goûter aussi les pâtes à tartiner des intolérants au lactose. Les élèves germanistes ont même fait déguster leurs pâtes à tartiner à leurs correspondants en Allemagne.

Michelangelo : « Nous avons fait la dégustation et l’étiquette, quand il y avait les deux professeurs. »
En effet, la séance dédiée à la dégustation et celles de la conception de l’affiche-étiquette du produit se sont déroulées en coanimation par les professeurs de français et de géographie. L’observation d’étiquettes du commerce a permis de relever les informations à préciser. Puis, des critères d’évaluation des affiches ont été définis avec les élèves pour une évaluation commune. Nous avons aussi parfois utilisé des documents identiques afin de mettre en évidence les passerelles entre nos disciplines.

Faire vivre le projet

Ce projet serait encore plus fédérateur et marquant pour les élèves s’ils cuisinaient ensemble. Pour une classe de 5e, cela sera possible l’an prochain grâce à une visite au lycée hôtelier et donc un moment d’activités en commun avec des lycéens. La collaboration avec Artisans du monde a aussi été prolongée par l’exposition des affiches de nos élèves à l’occasion d’un marché solidaire et équitable à Metz.

« Des travaux manuels à faire », « intéressant et ludique », « amusant et constructif », « plein de choses que je ne savais pas », « d’autres sujets en rapport avec la pâte à tartiner »… Voici, pour conclure, les ingrédients d’un EPI selon les élèves de 5e de notre collège.

Élodie Martin
Professeure au collège Taison de Metz, formatrice à l’ESPÉ de Lorraine

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