100 ans après le congrès de l’éducation nouvelle en 1921, retour à Calais pour les militants des mouvements pédagogiques ou d’éducation populaire se revendiquant de cette école de pensée et réunis au sein du collectif Convergence(s) pour l’éducation nouvelle, dont c’était le lancement en ce samedi 3 juillet.

À l’été 1921, Calais accueillit le congrès de l’éducation nouvelle, regroupant des participants venus d’une quinzaine de pays. La Ligue internationale pour l’éducation nouvelle (LIEN) y fut créée, notamment par John Dewey, Ovide Decroly, Jean Piaget, Maria Montessori, Beatrice Ensor, Adolphe Ferrière ou Elisabeth Rotten. Célestin Freinet les rejoindra deux ans plus tard.

Pour les associations à l’initiative de la création du collectif Convergence(s) pour l’éducation nouvelle, organiser cet événement de lancement à Calais en 2021, c’était l’occasion d’un retour historique sur ce congrès fondateur pour mieux se confronter aux défis du 21ème siècle et mener une révolution pédagogique.

Diapositive de Sylvain Wagnon

L’éducation nouvelle « est d’abord une opposition à l’enseignement traditionnel », comme l’a rappelé Sylvain Wagnon, historien et professeur en sciences de l’éducation à l’université de Montpellier. Elle prend racines notamment dans l’éducation libertaire et l’éducation intégrale du 19ème siècle, et s’est développée en Suisse, en Belgique, en France, en Angleterre, en Italie, aux États-Unis…

Il s’agit de prendre l’enfant comme il est, avec ses différentes facettes, y compris corporelle et artistique, et de postuler que tout enfant est éducable. Mais il ne s’agit pas d’une école de l’enfant-roi, rappelle Sylvain Wagnon, mais une école où l’on envisage l’enfant comme être social et où l’on recourt à des pratiques qui assurent son développement.

L’éducation nouvelle n’est pas hors-sol

Il souligne également que les participants du congrès de 1921 ont expérimenté leurs idées en pratique, en créant des écoles, et que ces pratiques ne sont pas restées marginales ayant été notamment reprises en France en 1947 dans le fameux plan Langevin-Wallon, destiné à reconstruire l’école après-guerre. Il s’agit bien pour les fondateurs de ce courant de rénover et de transformer le système public d’enseignement et non d’en rester à quelques écoles ou classes à part.

En 2021, de nouveaux défis se présentent à l’éducation nouvelle, pas si différents de ceux de 1921… Il s’agit toujours d’aller de la crise (guerre de 14-18 ou crise écologique et sanitaire), à l’espoir d’une ère nouvelle pour l’éducation. Dix défis ont été identifiés pour ce 21ème siècle : le défi écologique, une égalité de droits pour tous et toutes, la coopération et la construction de l’autonomie des jeunes, le développement de l’esprit critique et d’une démarche scientifique, la démocratie culturelle, l’opposition à la marchandisation du monde, un numérique au service de l’émancipation de tous et toutes, la résistance à la montée des idéologies identitaires et suprémacistes, l’édification de la paix dans la justice et une implication et une participation des citoyens et citoyennes.

Filant la métaphore du courant, Convergence(s) a présenté une infographie retraçant l’histoire de l’éducation nouvelle sous la forme d’une rivière, jalonnée par la création des différents mouvements et leurs rassemblements, comme récemment les deux Biennales internationales de l’éducation nouvelle, en 2017 et 2019, dont est né Convergence(s) pour l’éducation nouvelle.

Infographie à télécharger

Prochaines étapes : la rédaction d’un manifeste et l’organisation d’une nouvelle Biennale, en 2022, à Bruxelles. Le manifeste comportera dix chapitres et « affirmera les valeurs communes, les ambitions, les utopies concrètes, les références fondatrices de l’éducation nouvelle, sur les sujets qui mobilisent les mouvements ». Ce sera donc un manifeste résolument politique.

Cécile Blanchard

Convergence(s) pour l’éducation nouvelle regroupe huit associations : les Ceméa, le CRAP-Cahiers pédagogiques, la Fespi, la Ficeméa, la Fimem, le GFEN, l’ICEM, le LIEN, qui ont vocation à être rejointes par d’autres.

Vidéo de la journée du 3 juillet

À lire également sur notre site :
Quatre axes de tension et de débat au sein de l’éducation nouvelle, par Yannick Mével

L’espace scolaire est un espace politique, conférence de Michel Lussault à la deuxième Biennale de l’éducation nouvelle
« L’éducation nouvelle promeut le débat pédagogique inventif », conférence de Philippe Meirieu à la première Biennale de l’éducation nouvelle


Sur la librairie :

Hors-série numérique n° 52, L’éducation nouvelle

Coordonné par Sylvain Connac et Bruno Robbes
Une mise en perspective historique pour saisir les évolutions et la permanence des principes et revendications issues de ce mouvement, ainsi que l’émergence de débats et de controverses, notamment sur le sens à donner aux actions pédagogiques, entre des conceptions individuelles et d’autres plus collectives.