Tout le monde semble d’accord pour vouloir plus d’école : plus d’école encore pour parvenir à l’école idéale, idéalisée plutôt, dans laquelle des élèves studieux, bien formés par des parents responsables, seraient récompensés à proportion de leurs capacités scolaires, strictement scolaires, qu’ils exprimeraient en toute égalité des chances. Ce numéro de la revue Cosmopolitiques explore cette évidence.
Stéphane Beaud nous dit comment les discriminations positives opposées (Zep et grandes écoles) occultent l’échec généralisé des « bacheliers de la démocratisation » dans le premier cycle universitaire. L’école permet « des individus plus instruits, dans une reproduction sociale peu ébranlée », dit Marie Duru-Bellat (p. 48) et il conviendrait de repenser les rôles : une école juste ne peut produire une société juste, un marché du travail juste par exemple.
Les Zep devraient être la prise en compte des spécificités de la culture populaire des enfants du peuple, explique Gérard Chauveau, un juste retour à un fonctionnement normal de l’école. Or, cette culture du peuple est ressentie et présentée par les enseignants eux-mêmes comme déficitaire par rapport à un minimum requis par l’école pour y réussir. « Les élèves des Zep sont perçus comme relevant des réseaux d’aide AIS (adaptation et intégration scolaire) » (p. 32). Où est la pédagogie à la recherche d’une école du peuple ? « Jamais il ne viendrait à un conseiller d’orientation l’idée de démontrer à un jeune maghrébin des cités, qu’il a des qualités qui pourraient faire de lui un très bon militaire, un gendarme ou un cadre supérieur », nous dit Mohamed Madoui (p. 44).
Le discours des enseignants se structure sur trois lignes : des principes généraux, citoyenneté, laïcité, la dénonciation des publics issus de l’immigration (qui ne comprennent pas ces principes) et une critique du système scolaire (en tant qu’inadaptation de l’offre scolaire). Ce discours ethnicise les difficultés des élèves, comme compassion, ce qui est bien ambigu. Cependant, les enseignants méprisent les bricolages pédagogiques qui pourraient apporter des réponses finement ajustées à leurs élèves, car ce serait trahir l’esprit de la République.
Jean-Marc Nollet, qui fut ministre de l’Enfance de 1999 à 2004 en Belgique, nous parle, entre autres, de la différenciation du financement D+ (discrimination positive) : à la place de zones, chaque école est évaluée par une évaluation des « chances » de chacun de ses élèves et reçoit un financement différencié. L’application débute… À suivre. Il déclare avoir eu l’appui des enseignants belges !
Où sont les propositions pour changer l’école ?, questionne Daniel Le Bret, enseignant et ex-syndicaliste qui propose de mettre en œuvre une palette d’actions : un bon climat dans la classe, du temps de débat, de confrontation entre la parole des élèves et celle des enseignants, du travail d’équipe, les sept savoirs d’Edgar Morin plutôt que math et français, une évaluation interne qui permettent une rétroaction de l’école sur elle-même…
Le débat dans la revue s’élargit à des considérations écologiques, explore des dimensions anthropologiques ou traite de questions connexes. Par exemple, une analyse de « Loft-story », à contre-pied des présupposés d’un public « prisonnier » d’une télévision qui les surplombe : cette émission expose les préoccupations du moment au plus près de la perception de ces problèmes par ceux qui les vivent.
Excellent panorama de la politique scolaire par ceux qui, à tous les niveaux, la créent au jour le jour.

Roland Petit


Programmation 2014-2015

Programmation 2014-2015

Voir la présentation du numéro sur le site de Cosmopolitiques