Sur Educ’ARTE, la guerre en fiches et en vidéos

Comment utiliser les plus de 1500 vidéos de la plateforme Educ’ARTE ? Cyrille Litterst est professeur d’histoire-géographie au lycée Scheurer-Kestner de Thann, en Alsace. Il rédige des fiches pédagogiques pour aider d’autres enseignants de collège ou lycée à s’approprier les contenus. Il nous explique comment il produit ces ressources et présente une séquence en particulier.
En quoi consiste votre travail de production de ressources pour Educ’ARTE ?

Le début de la collaboration avec Educ’ARTE date d’un appel à projets, puisqu’ils cherchaient des enseignants pour expérimenter leur ressource, avec des lycées pilotes dans l’académie de Strasbourg avant le déploiement du lycée 4.0 dans l’académie. La ressource était gratuite pour les établissements « ambassadeurs », qui s’engageaient à produire du contenu pour eux. Par la suite, la région Grand Est a conclu un contrat avec Educ’ARTE pour mettre la ressource à disposition des élèves et des enseignants du Grand Est en l’intégrant dans les ressources numériques de l’espace numérique de travail. Je fais donc partie de l’équipe Educ’ARTE depuis quatre ou cinq ans pour proposer des vidéos et des fiches pédagogiques sur la plateforme. L’objectif est de concevoir des contenus réutilisables en classe, des séquences pédagogiques clé en main pour les collègues, mais qui doivent pouvoir aussi être fractionnables pour que chacun puisse s’approprier la fiche et la réutiliser dans sa propre progression, quel que soit le niveau des élèves.

Je produis environ deux à trois fiches par année et sélectionne des extraits vidéo pour la classe. Je les conçois en ayant plutôt en tête des lycéens, mais tout est transposable au collège.

Pouvez-vous nous donner un exemple ?

Un de mes derniers projets concerne l’enseignement de spécialité « Histoire-géographie, Géopolitique, Sciences politiques » (HGGSP) en terminale, et plus particulièrement le thème 2, « Faire la guerre, faire la paix », en m’appuyant sur l’émission « Quand l’histoire fait dates ». Les deux saisons de cette émission de référence sont disponibles sur Educ’ARTE. J’ai sélectionné plusieurs extraits et conçu une fiche pédagogique pour la spécialité HGGSP : « La guerre, ou la continuation de la politique par d’autres moyens ». Les deux extraits vidéo portent sur la Déclaration d’indépendance américaine (l’extrait évoque brièvement la Guerre de Sept ans) et sur la bataille de Borodino. En comparant ainsi les caractéristiques de la Guerre de Sept ans et celles des guerres napoléoniennes, je montre qu’on peut les utiliser pour mettre en évidence le passage d’une « guerre de cabinet », à l’ampleur limitée, à une guerre de nations en armes, se rapprochant du concept d’une guerre théorique pour Clausewitz, qu’il nomme « guerre absolue ».

De quelle manière cette proposition peut-elle se mettre en œuvre en classe ?

Concrètement, en classe, les élèves sont partagés en deux groupes qui travaillent sur des extraits de textes de Clausewitz et les extraits vidéos pour caractériser les deux types de guerres. Les élèves sont amenés à cette occasion à rédiger une réponse organisée soit sur la Guerre de Sept ans, soit sur les guerres napoléoniennes, qu’ils alimentent de passages des textes et de ce qu’ils ont retenu des extraits vidéos. C’est une organisation de travail classique, mais qui se poursuit d’une façon plus originale puisque les élèves produisent ensuite une capsule vidéo à la manière de « Quand l’histoire fait dates ». Ces vidéos portent sur le thème conclusif de l’enseignement de spécialité, « Proche et Moyen-Orient ». Les élèves consultent le cours en amont, une étape vérifiée par un QCM (questionnaire à choix multiples). Puis ils travaillent en classe par groupes de cinq ou six pendant six heures (soit une semaine de cours pour l’enseignement de spécialité) sur sept dates clé concernant la paix et la guerre (la venue de Sadate en Israël en 1977, le retour de Khomeiny en Iran en 1979, par exemple, ou encore le véto français à l’ONU en 2003). Leurs recherches autonomes les amènent à contextualiser et expliquer chacun de ces évènements. L’ensemble des vidéos produites, d’environ dix minutes chacune, était très riche.

Les critères d’évaluation portent sur le respect du temps, le scénario, les choix graphiques, le contenu factuel, la qualité de la voix (off ou directe). Les vidéos sont projetées en classe et évaluées collectivement par chaque groupe à partir de la grille d’évaluation. Il y a débat et harmonisation puisque chaque groupe propose une note justifiée.

Tout ce travail a été réalisé pendant l’année 2020-2021 et achevé juste avant le confinement. Il a été suivi d’une séance en visioconférence avec la productrice de « Quand l’histoire fait dates » et l’historienne Marie-Pierre Rey, qui a participé à l’apport scientifique sur Borodino, pour parler aux élèves des coulisses de l’émission, de l’aspect recherche documentaire et technique.

Propos recueillis par Alexandra Rayzal

Le canevas de la séquence se trouve sur le site d’Educ’ARTE (accès réservé aux abonnés).


Educ’ARTE et les Cahiers pédagogiques

Les Cahiers pédagogiques sont partenaires d’Educ’ARTE depuis son lancement en 2016. Il s’agit d’une ressource dédiée aux enseignants et à leurs élèves, quelle que soit leur agilité numérique. Elle donne un accès illimité à plus de 1500 vidéos issues du meilleur d’Arte, dans toutes les disciplines, du collège au lycée, ainsi qu’à des outils pour personnaliser les vidéos et les intégrer à des cours. Plus de deux mille établissements utilisent aujourd’hui ces ressources de par le monde.

Educ’ARTE est un service sur abonnement annuel de l’établissement et le tarif dépend du nombre d’élèves. Dans le cadre de notre partenariat, les établissements abonnés aux Cahiers pédagogiques bénéficient de 15 % de réduction. Pour tester gratuitement le service pendant 30 jours, rendez-vous sur https://educ.arte.tv/.

À lire également sur notre site :

« Chaque épisode est en fait écrit de manière à anticiper sur une déclinaison pédagogique possible », Entretien avec Patrick Boucheron

La Balade nationale, entretien avec Étienne Davodeau et Sylvain Venayre

« Faire un projet en histoire, ce n’est jamais banal. », Entretien avec les coordonnateurs du dossier, Benoit Falaize et Alexandra Rayzal

Le roman national, la barbe du Père Noël et la moustache de Clovis, Antidote n° 4, par Yannick Mével

S’approprier le questionnement historique avec des vidéos documentaires, par Laurence Cohen

Au lycée Jehan-Ango de Dieppe, tous poètes grâce à Educ’ARTE, par Ingrid Dedecker

Gauguin, les élèves et moi, entretien avec Émilie Dibb


Sur notre librairie

L’histoire à l’école : enjeux

Comment les élèves peuvent-ils construire un rapport apaisé, critique et intégrateur au passé de la société humaine et à l’histoire ? Une histoire qui prenne en compte le récit, l’histoire politique, économique, sociale, les représentations, les enjeux de mémoire, qui éveille l’esprit et qui crée du «  nous  ».