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S’accrocher à l’école grâce à l’art-thérapie moderne
Pour favoriser l’inclusion et la persévérance scolaire tout en considérant la santé mentale des élèves, un dispositif autour de l’art-thérapie moderne a été expérimenté dans l’académie d’Orléans-Tours puis essaimé à l’échelle nationale. En s’appuyant sur un protocole rigoureux, cette approche place l’élève au cœur de son parcours, tout en renforçant les liens entre familles, équipes éducatives et partenaires culturels. Un moyen de lui redonner confiance et de poursuivre ses apprentissages.L’art-thérapie à l’école ? Oui, l’art-thérapie moderne. Et pour quoi faire ? Distincte de l’art-thérapie traditionnelle, elle vise à développer l’expression et le relationnel. Sans être une psychothérapie, mais avec un protocole bien établi, elle met en lumière les qualités des élèves, valorise leurs forces et leurs capacités en s’appuyant sur l’art et ses bienfaits. Elle est utilisée comme outil motivationnel, outil préventif d’accrochage et d’inclusion scolaire, de remobilisation scolaire et de bienêtre.
Et ce sont ses effets, sur l’enfant et sur l’environnement scolaire, que nous avons étudiés, durant neuf ans, en collaboration avec la cellule académique de recherche, innovation et expérimentation (Cardie) d’Orléans-Tours, puis dans sept académies, et avec le laboratoire Cesam de l’Association française de recherches et applications des techniques artistiques en pédagogie et médecine (Afratapem).
Cette étude, menée entre 2018 et 2025 auprès de 475 élèves, a suivi un protocole d’art-thérapie s’appuyant à la fois sur le cadre et les attendus institutionnels de l’Éducation nationale, mais également sur des données relatives au bienêtre et à la santé des enfants et des adolescents. Elle a donné des résultats fort intéressants.

Les enseignants ont observé une progression significative du gout de l’effort et du sentiment d’appartenance des élèves engagés dans le projet. Il semble que la formation à destination des personnels a permis d’optimiser l’implication générale des enseignants et enseignantes, y compris lors des évaluations : 72 % indiquent que les répercussions observables sont très positives. Et quasiment 43 % du personnel témoigne d’une plus-value importante voire très importante sur le climat scolaire.
Les élèves, de leur côté, expriment une meilleure perception de l’estime de soi : 85 % de leurs verbatims témoignent d’un effet positif sur la régulation des humeurs et sur la gestion des émotions face à des situations d’adversité scolaire ou sociale.
Les familles, quant à elles, font un retour positif en estimant que le bénéfice est important, voire très important pour leur enfant.
Ces avancées témoignent de l’efficacité d’une approche qui place l’élève au cœur de son parcours, en valorisant ses forces et en l’impliquant activement dans la construction de son projet. L’art-thérapie ne se contente pas d’agir sur les symptômes du décrochage ou de l’exclusion, elle offre aux élèves des compétences psychosociales transférables, essentielles pour leur épanouissement et leur émancipation. En s’appuyant sur un protocole rigoureux, alliant cadre institutionnel et approche pluridisciplinaire, elle parvient à créer un espace où l’expression artistique devient un vecteur de transformation personnelle et collective.

En outre, l’implication des familles, des équipes éducatives et des partenaires culturels, comme le musée des Beaux-Arts d’Orléans, renforce la dimension collective et sociale du dispositif. Elle illustre comment l’art peut créer du lien, tout en ouvrant de nouvelles perspectives thérapeutiques et pédagogiques.
Le protocole mis en place débute par une formation à destination des personnels. Il s’agit ici de sensibiliser au support art-thérapeutique et de favoriser la compréhension des enjeux en milieu scolaire. La formation leur donne aussi les outils pour agir rapidement en cas de difficultés, notamment en développant des compétences en secourisme en santé mentale, comme le recommande le ministère des Solidarités et de la Santé depuis 2022.
Une équipe pluridisciplinaire, constituée du chef d’établissement, de l’infirmière scolaire, du psychologue, du conseiller principal d’éducation et de l’art-thérapeute, va ensuite orienter vers le dispositif les élèves identifiés sur des critères liés au décrochage scolaire. Dans une approche à la fois psychologique et pédagogique, le lien entre réussite scolaire, bienêtre de l’élève et satisfaction des besoins essentiels sont envisagés comme des critères de raccrochage.
Le lien avec les familles est également mis en avant non seulement pour qu’elles consentent à la mise en place du protocole d’art-thérapie, mais aussi dans les retours qu’elles vont pouvoir faire aux équipes de l’évolution de la situation scolaire du jeune. De même, l’élève participe à la construction du projet qui lui est proposé, projet à la fois artistique et thérapeutique qui s’échelonne sur 12 à 14 semaines (six séances en individuel et jusqu’à huit séances en groupe).
Le projet se développe en deux phases d’intervention. Lors de la première étape, l’art-thérapeute commence par s’intéresser aux centres d’intérêt artistiques et préférences de l’élève, en cherchant à construire un lien de confiance et de motivation. Avant de passer à la seconde étape, est organisé un temps mutualisé sur une demi-journée où chaque adolescent choisit de présenter à l’oral une de ses réalisations devant d’autres participants et où chacun participe à la conception d’une œuvre collective.
L’objectif ici est de développer un sentiment d’appartenance, de percevoir les affinités pour constituer ultérieurement des groupes, et d’affiner les objectifs thérapeutiques. Ensuite est travaillé le développement de compétences psychosociales (confiance en soi, gestion des émotions) tout en cherchant à relier ces apprentissages fondamentaux à d’autres domaines, pour faciliter l’intégration et la généralisation des savoirs.
Pour finir, une exposition des travaux est organisée et permet à l’ensemble des acteurs, enfants, familles, équipes, art-thérapeute, partenaires, de se rencontrer. Cet évènement s’articule autour de trois temps : la découverte des productions de tous les élèves, l’animation d’ateliers de pratique artistique par les élèves ambassadeurs, où parents et enfants créent une relation particulière et où les compétences psychosociales acquises peuvent s’exprimer tout en étant accompagnées, et un temps convivial de partage autour d’un verre de l’amitié.

Dans l’académie d’Orléans-Tours, l’évènement de clôture s’effectue au musée des Beaux-Arts d’Orléans et intègre le concept de caring museum1 où le musée est interprété comme un potentiel espace thérapeutique, voire un espace de soin. Cette collaboration renforce l’accès à la culture, mais surtout développe un engagement particulier des élèves dans le dispositif et augmente le sentiment de fierté en fin de parcours. Contre toute attente, concernant l’évènement de clôture, nous avons déjà identifié qu’il pouvait susciter un regain d’anxiété pour les élèves extravertis participants (réminiscence de comportements d’agitation et d’excitation parfois improductifs), alors que les profils introvertis voient leur motivation augmentée avec une transformation significative des habiletés sociales (désir de prendre part oralement aux présentations, implication en tant qu’ambassadeur lors des ateliers parents-enfants, par exemple). Mais cette nouvelle orientation fait l’objet d’une étude qualitative et quantitative en cours qui donnera lieu à des compléments de résultats sur la plus-value du partenariat culturel.
Notre démarche et les résultats obtenus nous ont par la suite engagés dans la mise en place d’un nouveau protocole spécifique aux situations de harcèlement. Outre l’accompagnement de l’élève-cible (victime), trois interventions au sein de la classe, en coanimation entre enseignant, art-thérapeute et infirmière scolaire, sont mises en œuvre autour d’ateliers de photo-expression, d’écriture et de jeux de rôle. Le développement de postures empathiques est ici proposé.
Reste à généraliser ces pratiques, à les adapter aux spécificités de chaque territoire, et à poursuivre la recherche pour en affiner les modalités et en mesurer l’impact à plus grande échelle. L’art, sous toutes ses formes, a encore beaucoup à nous apprendre sur la façon d’accompagner les jeunes vers leur plein épanouissement.
Dans cette perspective, une convention cadre a été cosignée par l’académie d’Orléans-Tours et l’Afratapem autorisant le déploiement de l’art-thérapie dans les établissements scolaires et l’accueil de stagiaires (à la demande des établissements), ainsi qu’une charte déontologique et éthique.
Pour en savoir plus : https://art-therapie-tours.net/collaboration-afratapem-cardie-orleans-tours/
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