Le 31 mai 2021, les équipes des classes coopératives du lycée Feyder d’Epinay (Seine-Saint-Denis), du lycée Louis-Armand d’Eaubonne (Val d’Oise) et du collège Édouard-Vaillant de Gennevilliers (Hauts-de-Seine) se sont rencontrées pour mutualiser leurs expérimentations des pédagogies coopératives. La journée s’est déroulée sous forme d’ateliers qui ont permis à tous de faire connaissance et de coopérer ensemble, car quoi de mieux que des enseignants qui vivent la coopération pour ensuite la faire vivre à leurs élèves ? À quoi ressemble concrètement une journée de coformation ? Voici quelques pistes explorées par ces équipes.

Nous avons commencé par un « quoi de neuf ? » qui a permis à chacun de se présenter puis nous avons fait émerger les questionnements suscités par la pratique de la coopération dans nos classes : « Je n’arrive pas vraiment à former des élèves tuteurs. » « Comment faire pour impliquer davantage d’élèves dans le conseil d’élèves ? » « J’ai du mal à gérer les écarts de niveaux dans un groupe. » Nous avons ensuite essayé de dégager de grandes problématiques à partir de ces premières questions afin d’organiser trois ateliers thématiques.

Pendant qu’un collègue finissait d’organiser les ateliers, les autres ont fait connaissance grâce à un jeu de bingo. Il s’agit de déambuler dans la salle muni d’une grille de bingo en cherchant des personnes qui correspondent aux indications contenues dans les cases, par exemple : « Connais-tu quelqu’un qui fait de la musique ? Qui habite dans la même ville que toi ? »,  etc. Ce petit jeu fonctionne bien en début d’année avec les élèves pour qu’ils commencent à créer des liens.

Réflexions collectives

Nous nous sommes répartis dans trois ateliers différents pour réfléchir et proposer quelques pistes concrètes aux thématiques définies par le partage de nos questionnements :

  • Comment organiser la coopération?
  • Comment impliquer tous les élèves?
  • Faut-il évaluer la coopération? Comment?

Un exemple de restitution d’atelier

Après ce temps en atelier nous avons fait un retour collectif pour partager nos réflexions. Nous avons réfléchi aux rituels de la coopération et à l’organisation de la coopération dans le temps, sur l’échelle d’une année scolaire, nous avons discuté également de l’implication des élèves dans les activités coopératives et plus largement de la question de la motivation, puis un autre groupe s’est demandé quelle était la place de l’évaluation dans les pratiques coopératives et comment on pouvait évaluer la coopération en classe.

 

L’après-midi nous avons démarré par un temps de présentation des trois projets de classes coopératives. Nous avions dix minutes pour préparer une affiche afin de nous concentrer sur l’essentiel. Il est intéressant de voir à quel point nos projets peuvent être à la fois semblables et différents. Nous partageons les mêmes valeurs, les mêmes dispositifs mais chaque projet a ses déclinaisons propres, nous n’évaluons pas de la même façon (notes, compétences, missions), nous menons des miniprojets différents avec nos élèves (théâtre, cinéma, solidarité etc.), certaines équipes ont mis l’accent sur un aspect particulier (inclusion, numérique, conseil de classe participatif…), ou se sont engagées comme l’équipe de Feyder dans le lien avec la recherche (LEA du lycée Feyder avec l’IFE).

Des pratiques coopératives sur le marché

Après ce temps de présentation, que nous avons voulu court afin de prendre du recul par rapport à nos expérimentations et favoriser les échanges sur des thématiques plus larges, nous avons mis en place un marché de connaissances. Ce dispositif issu des réseaux d’échanges réciproques de savoirs est fondé sur l’idée que « personne ne sait rien, personne ne sait tout ».

Quelques affiches de stands

Les collègues ont eu dix minutes pour préparer leur stand. Il s’agissait de présenter très simplement un outil ou un dispositif expérimenté dans sa classe : la classe puzzle, le conseil d’élève, les exercices autocorrigés, la formation à l’aide, la coopération en distanciel, le plan de travail… Nous avons partagé ensuite les collègues en deux groupes, un groupe de présentateurs et un groupe de visiteurs. Les visiteurs passaient d’un stand à l’autre pour écouter les présentations puis poser des questions.

Pour que ce dispositif fonctionne, il faut que les temps d’échange restent courts et que les personnes se déplacent d’un stand à l’autre afin de laisser la place aux autres. Nous avons ensuite inversé les groupes de présentateurs et visiteurs. Les échanges ont été nourris et nous avons remarqué que ce dispositif a été une grande source de motivation pour les collègues, qui, dès le retour en classe, ont expérimenté certains outils ou dispositifs découverts lors de cette journée : « Le lendemain j’ai essayé dans ma classe la “délibération intérieure” qu’un collègue a présenté sur le marché de connaissance. » « J’avais déjà beaucoup entendu parlé du “chamallow challenge” mais le redécouvrir dans ce marché de connaissance m’a motivé à le tester dans ma classe, ce que j’ai fait la semaine d’après. »

Un éclairage par la recherche

Des ressources pour aller plus loin

Nous avons terminé l’après-midi par un temps de discussion avec Sylvain Connac, enseignant-chercheur en sciences de l’éducation à l’université Paul-Valéry de Montpellier, qui nous a accompagnés durant toute la journée et nous a fait part de ses observations.

Il a pu nous apporter différents éclairages théoriques, en rappelant les résultats de recherche sur les pédagogies coopératives, en mettant en évidence certains points de vigilance quand on travaille sur la coopération en classe et en explicitant ce qui caractérise les équipes engagées dans des projets d’expérimentation pédagogique par l’intermédiaire d’un acronyme amusant : CHOUIA (Cohérence Humilité Ouverture Utile Irradiant Apprenant).

  • Pourquoi faire coopérer les élèves ? L’enjeu de la dimension sociale…
  • Comment déclencher la coopération ? Elle ne s’impose pas, elle se choisit…
  • Pourquoi s’investir dans une classe coopérative et ne pas se cantonner uniquement à développer les pédagogies coopératives dans sa classe? Pour lutter contre l’isolement professionnel…

Finir en images

À la recherche de l’image qui illustrera la journée de coformation

Nous avons clos cette journée par un photolangage, chacun a choisi une image posée au sol et a été invité à expliquer son choix. Cela a permis de poser des mots sur les émotions et de mesurer l’impact de cette rencontre. Globalement, la journée a été très bénéfique, nous nous sommes sentis remotivés, redynamisés, nous avons pu trouver certaines réponses à nos interrogations et partager nos doutes.

Cette journée nous a confirmé l’importance des rencontres pour renforcer nos pratiques en les faisant évoluer, pour éclairer certains dispositifs, partager nos valeurs et nos ambitions et mutualiser nos questionnements qui doivent nous pousser à avancer en sachant que rien n’est jamais acquis. Les échanges avec les autres permettent sans doute de travailler à conjuguer un peu mieux nos valeurs avec nos pratiques et nos connaissances, cela déstabilise parfois, motive souvent, contribue à faire de la pédagogie sans doute !

Cécile Morzadec et Laurent Reynaud

Membres du CRAP-Cahiers pédagogiques, et enseignants en classe coopérative

Témoignages de participants
« Ces moments de formation sont toujours un moment régénérant ! Cela nous permet de partager nos pratiques, nos tentatives, nos succès, nos échecs, et nous permet de nous enrichir de ceux des autres. Le fait de rencontrer des collègues d’autres établissements a permis de partager avec des horizons plus larges et donc de sortir de nos schémas habituels. »
Fanny
« Ce fut une journée de formation très stimulante et enrichissante. J’ai particulièrement apprécié le marché des connaissances qui m’a permis à la fois de partager mon travail et d’explorer les pratiques très diverses des collègues. »
Thomas
« Cette journée m’a rappelé combien ces moments m’avaient manqué depuis le début de la pandémie et combien il est essentiel de se retrouver entre collègues. Sortir de sa classe et de son établissement, échanger sur ses pratiques m’ont ressourcé intellectuellement et m’ont redonné envie de me replonger dans des expérimentations pédagogiques. »
Nathalie

Sur la librairie :

 

Oser les pédagogies coopératives, au collège et au lycée
Par Guillaume Caron, Laurent Fillion, Céline Scy et Yasmine Vasseur
Publié en partenariat avec ESF Sciences humaines
Dans l’esprit de ses fondateurs, l’École de la République ne devait pas seulement permettre à chacune et à chacun d’apprendre dans de bonnes conditions. Elle était une institution où toutes et tous devaient apprendre à « apprendre…

Préface et interview des auteurs