Cet ouvrage se fait l’écho de journées d’étude sur le mémoire professionnel en formation d’enseignants (institut universitaire de formation des maîtres (IUFM) Créteil janvier 2003). J. Crinon, coordonnateur de l’ouvrage, rappelle l’hypothèse qui a présidé à l’instauration de cet écrit dans les IUFM : il permettrait la construction d’une dimension réflexive dans la pratique enseignante et l’insertion dans une dynamique de recherche au-delà du point précis exploré dans le mémoire. Les contributions des différents chercheurs se situent dans cette perspective, tablant sur la dimension heuristique de l’écriture – développée en particulier par I. Delcambre – sans éluder pour autant les effets de contexte qui peuvent faire du mémoire professionnel un simple écrit scolaire.

Les limites sont bien repérées par P. Rayou et J.-Y. Rochex : variations importantes entre formateurs sur le rôle du mémoire – du scepticisme affiché à la valorisation extrême -, accompagnement très variable, temps très court de la formation qui oblige à choisir un sujet qui ne correspond pas nécessairement à une vraie question pour le stagiaire. Le statut de cet écrit, formation professionnelle par l’initiation à la recherche ou formation professionnelle par l’élaboration d’une expérience pédagogique particulière, est encore en débat. La comparaison avec d’autres secteurs professionnels (étude de mémoires de travailleurs sociaux, présentée par M.-P. Mackiewicz) et l’analyse des obstacles à la publication viennent confirmer cette ambiguïté. Rien d’étonnant à ce que certains stagiaires s’acquittent de cette tâche comme d’un pensum obligatoire pour la validation.

L’intérêt du livre est bien pourtant d’expliciter la dimension formative que peut représenter le mémoire et de proposer aux formateurs des pistes de travail pour un meilleur accompagnement des stagiaires.

L’analyse de mémoires (M. Fabre, P. Rayou, J.-Y. Rochex) ou d’autres écrits d’étudiants (portfolio d’étudiants américains pour J. Crinon et E. Fersing, ou journaux de bord de stagiaires de l’IUFM de Montpellier pour D. Bucheton) pointe les obstacles rencontrés : simple narration d’expérience, sans recul, convocation d’écrits hétérogènes tous mis sur le même plan – la « théorie » rassemblant les IO, les témoignages, et quelques pages d’ouvrages didactiques -, évocation globale des élèves et centration sur l’action de l’enseignant… Ces obstacles sont heureusement souvent surmontés ; en témoigne le choix des mémoires édités par l’IUFM de Créteil sur lesquels reviennent P. Rayou et J.-Y. Rochex. Les mémoires deviennent véritablement à la fois témoignage d’un parcours personnel de formation et outil pour d’autres lecteurs potentiels intéressés par la même thématique. R. Étienne signale d’ailleurs l’importance du nombre de consultation des mémoires mis en ligne pendant deux ans à l’IUFM de Montpellier.

Dans un contexte institutionnel peu porteur (remise en question du mémoire évoquée par le ministère en 2003) l’évocation précise des facteurs favorables à une dimension formative de cet écrit prend valeur de manifeste pour une formation exigeante.

On peut ainsi voir deux grands domaines à travailler avec les futurs enseignants à travers l’accompagnement du mémoire : la lecture et l’écriture professionnelle d’une part, l’analyse des pratiques de classe d’autre part. Sur ce dernier point les auteurs montrent comment le mémoire peut aider le stagiaire à se décentrer d’une focalisation sur l’enseignant, tout à fait normale chez le débutant, pour s’attacher à ce qui résiste chez les élèves, et voir les difficultés précises qu’ils rencontrent. C’est ensuite l’occasion de chercher avec d’autres, et dans la littérature didactique, ce qui pourrait aider à prendre en compte plus efficacement les élèves réels, bien loin souvent des représentations d’un élève idéal, et ainsi à mieux articuler travail sur les contenus et gestion de la classe.

L’ouvrage invite par ailleurs les formateurs à ne pas négliger le travail institutionnel nécessaire. Plusieurs auteurs insistent sur la nécessité de sortir de l’ambiguïté (recherche/écrit professionnel, écrit certificatif/formatif) d’unifier les modalités entre filières, les procédures d’accompagnement, la soutenance, le devenir des mémoires…

Il intéressera donc au premier chef tous les formateurs IUFM, mais au-delà tous ceux qui s’intéressent à l’écriture en formation.

Marie-Thérèse Chemla